Critique : "Broadway Enchanté" au Théâtre la Bruyère

Critique : "Broadway Enchanté" au Théâtre la BruyèreBroadway Enchanté est le nouveau spectacle d’Isabelle Georges, à voir jusqu’au 9 août au Théâtre La Bruyère.
L’idée est née lors du grand week-end "Mélodies du Bonheur" au studio 104. Isabelle Georges, la petite française tombée dès son plus jeune âge dans la marmite magique du Musical, ne pouvait qu’en faire partie. C’est alors que  Laurent Valière (42ème rue) et Bruno Bérenguer (Radio France) lui suggérèrent de monter une sorte de rétrospective.

Épaulée par une remarquable équipe de musiciens, pendant une heure et demie, la chanteuse-comédienne-danseuse nous plonge au cœur de Broadway à l’époque de l’âge d’or de la Comédie Musicale. Une heure et demie qui passe comme une brise. À l’image de ce répertoire plein de joie de vivre, l'interprète ne ménage pas sa peine pour nous enchanter ! Numéro de claquettes, gags, tubes de Broadway s’enchaînent sans le moindre répit. Isabelle virevolte d’une mélodie l’autre, de Cabaret à Mary Poppins, en passant par Victor Victoria sans jamais nous laisser reprendre notre souffle. En même temps elle interagit avec ses musiciens qui jouent, chantent, lui donnent la réplique et échangent même leurs instruments au gré des besoins du spectacle, preuve de leur  étonnante virtuosité! On ne s’ennuie pas une minute mais, au bout du compte, que reste-t-il ? 

"Broadway Enchanté" au Théâtre la Bruyère

Isabelle Georges, on la connaît. Elle s’est fait un nom avec Une étoile est née, son premier one-woman show, un spectacle écrit à la mémoire de son idole, Judy Garland. Avec sa voix richement timbrée, ses pas de claquettes et son inépuisable entrain, elle avait tout pour répondre aux exigences du répertoire de Broadway. Puis, elle a évolué hors de son terrain de prédilection, avec des incursions dans la chanson française d’après-guerre.
Ce fut alors Padam Padam, un show à la gloire d’un musicien juif qui écrivit des tubes  pendant la guerre, notamment pour Édith Piaf.

Avec Broadway Enchanté elle revient à ses premières amours mais on peine un peu à trouver le fil conducteur du spectacle. Par moment, il est thématique : "Qui était la plus grande ?" La question est posée.  Était-ce Judy (Garland), Julie (Andrews) ou Liza (Minelli) ? Les dissensions entre la chanteuse et les musiciens ne sont  bien entendu que ficelles pour introduire les standards du genre connus et moins connus, "ces mélodies qui accompagnent le livre de nos vie", comme dit joliment Isabelle. Parfois ces standards, "I could have danced all night" de My Fair Lady ou "Do,ré,mi…" de La Mélodie du Bonheur, sont chantés en français. C’est un peu déconcertant pour les puristes probablement nombreux parmi les fans d’Isabelle Georges. Dieu merci, elle a eu le bon goût de laisser "Somewhere over the rainbow" en V.O. !

"Broadway Enchanté" au Théâtre la Bruyère

Mais revenons au fil conducteur qui soudain devient chronologique avec une digression sur les premiers films parlant et chantant. Puis on arrive à la première comédie musicale de l’histoire, Showboat. C’est un pur moment de grâce quand le pianiste Frederick Steenbrink chante "Old Man River". Bien qu’il n’ait pas la voix de basse requise pour chanter ce morceau, il le chante à la perfection et c’est le moment le plus émouvant du spectacle.
Bien sûr, une retrospective de l’âge d’or ne pouvait faire l’impasse sur Hair, consécration du phénomène peace and love des années Vietnam et premier musical nu de l’histoire. Loin de choquer le public du Théâtre La Bruyère, "Let The Sunshine In" interprété par le guitariste Édouard Pennes, dont l’instrument lui tenait lieue de feuille de vigne, sembla beaucoup l’amuser.
Quand Isabelle Georges chante "Supercalifragilisticexpialidotious" on se dit qu’elle ferait une excellente Mary Poppins (juste au cas où le Théâtre du Châtelet aurait l’idée d'en lancer une production !). Indéniablement, ses qualités d’interprètes se confirment à chaque spectacle.

Si des réserves devaient être émises ce serait sur l’écriture. Broadway Enchanté manque un peu de structure. Peut être a-t-il été écrit trop rapidement et gagnerait à être retravaillé.
Quoi qu’il en soit les amoureux de la comédie musicale de la grande époque, immortalisée par Judy, Julie, Fred, Gene et les autres, ne seront pas déçus.


Broadway Enchanté, de et avec Isabelle Georges

Du 5 juillet au 9 août 2012
Du lundi au samedi à 20h30, matinées les samedis 21, 28 juillet et 5 août à 17h
Relâche exceptionnelle le 3 août 2012

Tarifs : 32€ - 26€ - 10€

Au Théâtre La Bruyère
5 rue La Bruyère - 75009 Paris
Métro St Georges

Arrangements : Yann Ollivo et Cyrille Lehn ; adaptations françaises : Pierre Delanoë, Stéphane Laporte, Henry Lemarchand, René Lucades, Josette Milgram et Jacques Plante ; scénographie : Nils Zachariasen ; costumes : Axel Boursier ; lumières : Doulas Kuhrt ; son : Xavier Ferri.

Avec : Isabelle Georges (chant & danse), Frederik Steenbrink (piano & chant), Jérôme Sarfati (contrebasse & piano), Édouard Pennes (guitare & contrebasse) et David Grébil (batterie jazz).

Commentaires

Si je peux me permettre....

Je viens de voir le spectacle... Du bonheur en barre! Allez-y, vous n'allez pas le regretter.... Si je peux me permettre quelques remarques sur l'article ci-dessus... Je ne partage pas complètement votre avis concernant le manque de structure... L'idée même du show d'Isabelle Georges est d'être une joyeuse chamaillerie entre copains.... on a tous connus ce genre de discussions, une jam avec des digressions, ponctué d'un peu d'historique du genre, mais dans une certaine mesure... Sérieusement.... Combien de personnes connaissent Try to Remember, hormis pour la pub? Combien savent que la chanson I am what I am provient de la Cage Aux Folles de Jerry Herman, et que cette chanson a aidé à faire progresser la mentalité américaine sur l'homosexualité? Des petites touches très subtiles et historicisantes, dans un énorme tourbillon de bonheur et de musique endiablée... MERCI Isabelle Georges et ses boys.... Et si je peux me permettre, Minnelli s'écrit avec 2 "n"... Un seul "n", je crois que ce sont les chaussures.... ;-( Enfin soyons un peu historiques... Show Boat n'est pas la première comédie musicale de l'histoire.... à Hollywood, c'est The Jazz Singer (1927) et à Broadway c'est The Black Crook (1866). Show Boat à Broadway n'arrivera qu'en 1927 sauf erreur...

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