Critique : "Cabaret" au D.B. Clarke Theatre de Montréal

Critique : "Cabaret" au D.B. Clarke Theatre de MontréalIl y a des œuvres qui traversent les époques sans prendre une ride, attirant toujours les spectateurs désireux de les revoir. C’est le cas de Cabaret qui depuis 1966 a été repris d’innombrables fois, traduit et adapté à souhait, comme dans cette nouvelle version produite par Music Theatre Montreal présentée jusqu’au 7 juillet.

Bienvenue au Cabaret !

Le spectacle s’ouvre sur le maître de cérémonie du Kit Kat Klub qui nous accueille au sein de sa boîte de nuit berlinoise où évoluent des danseuses charmant le public avec leurs regards coquins et leurs déhanchements sensuels. Sur fond de tenues et d’éclairages rouge et noir dans un décor épuré, leurs chorégraphies signées Anne-Flore de Rochambeau ne tombent jamais dans l’excès, la vulgarité cédant plutôt le pas à l’érotisme et la volupté. Le metteur en scène Jonathan Keijser semble en effet avoir pris le parti de rendre l’atmosphère du Kit Kat Klub certes aguichante et légère, mais tout en subtilité et avec beaucoup d’humour. Les scènes avec Helga (Kenny Wong), le jeune danseur travesti, sont d’ailleurs très cocasses, ajoutant un brin de folie supplémentaire à l’ambiance frivole de cette boîte de nuit.

Un maître de cérémonie tonitruant

Dans son tuxedo avec son visage poudré et son accent allemand plein de volutes rigolotes, le sombre maître de cérémonie sera le point d’ancrage de toute l’histoire, nous entraînant dans un univers de décadence qui contraste avec la rigidité environnante. Shayne Devouges (Alta Boyz ; Jekyll and Hyde) l’interprète tel qu’on se l’imagine, mais en y apportant aussi des touches personnelles qui nous font redécouvrir ce personnage pourtant célèbre. Il est ainsi arrogant et plein d’aisance, assumant une sexualité débridée, mais aussi clairvoyant et provocateur ; transformant des situations d’intolérance sociale en numéros amusants, comme lors de sa danse avec un gorille dans "If You Could See Her" qui fait allusion aux liaisons interdites de l’époque. On le suit avec plaisir, même s’il nous dévoile à travers ses yeux bleus perçants certaines facettes de la réalité allemande au moment de la montée du nazisme que même les personnages de l’histoire n’osent pas voir.

Alisha Ruiss, éblouissante en Sally Bowles

C’est notamment le cas de l’insouciante Sally Bowles qui se sert de la boisson et des fêtes pour masquer les changements politiques qui guettent la population, préférant s’évader que faire face au réel. La jeune chanteuse et interprète canadienne Alisha Ruiss la campe avec beaucoup de fraîcheur et de sensualité. Son énergie débordante et son jeu oscillant entre les aspects candide et assumé propres à son personnage trouvent appui dans une performance vocale exceptionnelle digne de Broadway, dont le point culminant est sans doute son interprétation de la chanson culte "Cabaret" qu’elle chante à la fin du spectacle. Elle brille dans chacune de ses prestations, parvenant toujours à créer une complicité avec les personnages avec qui elle partage la scène, dont Chris Hayes dans le rôle de Clifford Bradshaw.

Un amour impossible au temps du nazisme

Cette alchimie est également palpable chez Herr Schultz et Fräulen Schneider, interprétés par Kenny Stein et Diane Hébert, qui sont à la fois touchants et hilarants notamment lors de la pièce "It Couldn’t Please Me More" où un simple ananas contribue à les rapprocher. Dans le rôle du jovial vendeur de fruits de confession juive, Stein rend très bien ce personnage débonnaire qui rit de bon cœur et nous gâte même d’une culbute, pendant que son acolyte livre une performance émouvante, tant du côté vocal que dramatique, en propriétaire d’hôtel dont la raison l’emporte sur le cœur.

Entre les frivolités, les histoires d’amour inachevées et le contexte social et politique toxique, on ressort du spectacle avec un goût amer dans la bouche, signe que cette production de Cabaret a bien réussi son pari. Un divertissement qui fait réfléchir et qui vaut le déplacement !


Cabaret de Joe Masteroff (livet), John Kander et Fred Ebb (Paroles et musique)

22, 23, 28, 29 et 30 juin à 20h
23 et 30 juin à 15h

Prolongations les 5, 6 et 7 juillet à 20h, et le 7 juillet à 15h

D.B. Clarke Theatre, 1455 de Maisonneuve Ouest, Montréal
Réservations : http://www.musictheatremontreal.com/

Mise en scène : Jonathan Keijser ; Direction musicale : Matt Brounley ; Chorégraphies : Anne-Flore deRochambeau ; Décor : Jan Venus ; Costumes : Josée Couture ; Éclairages : Malorie Casey ; Assistante à la direction musicale : Vanessa Coderre

Avec : Shayne Devouges (Emcee), Alisha Ruiss (Sally Bowles), Chris Hayes (Clifford Bradshaw), Kenny Stein (Herr Schultz), Diane Hébert (Fräulein Schneider), Maggie Owen (Fräulein Kost), Brandon Adam (Ernst Ludwig), Michele DesLauriers (Roise), Dayane Kamana Ntibarikure (Lulu), Marjorie Grégoire (Frenchie), Nicole Rainteau (Fritzie), Victoria Maher (Texas), Kenny Wong (Helga), June Lam (Bobby), Marc Duscin (Victor), Xavier Gauthier (Herrmann)

Musiciens : Bethany McKenna, Audrey Paquette, Veronica Schnitzer, Emily Gray, Joanna Papamihelakis, Matthieu Bourget, Felix Del Tredici, Kiel Howden, Samatha Sobol, Jen Baltuonis, Meiying Li, Avery Bonair-Cyrus, Jonathan Kaspy, Patrick Bigelow, Peter Colantonio, Anna Huettel et Natalia Tishina

Commentaires

Poster un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ ne sera pas montré publiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage

CAPTCHA
Cette question nous permet de vérifier que vous êtes un lecteur afin d'empêcher l'envoi de messages indésirables automatiques (spams).
Image CAPTCHA
Saisissez les caractères affichés dans l'image ci-dessus, sans espace.