Critique : "Chance !" au Palais des Glaces

Critique : "Chance !" au Palais des GlacesChance !
Jusqu’au 26 septembre au Palais des Glaces, du mardi au sam (de 12 à 18€)


Le moins que l'on puisse dire, c'est que la reprise de Chance ! au Palais des Glaces, le spectacle aux 900 représentations qui a vu défiler la quasi-totalité des comédiens-chanteurs de Paris, a fait l'objet d'un débat animé au sein de la rédaction de Musical Avenue !
Quand le premier déteste, le second est un fan de la première heure.
Le point de vue de deux de nos journalistes : accrochez-vous, ça décape…

L'avis de Thomas

"- Bonjouuuuuuuuur, voulez-vouuuuuus duuu caféééééé ?
- Oui Merciiiiiiiiii, vous n'auriez pas vuuuuu ma clé usbéééééé ?
- Bonjouuuuuuuuur je suis la stagiaiiiiiiiire et j'ai une maladiiiiiiiiie morteeeelleuuuuu !
- Et moi je suis l'assistante, amoureuuuuuuuse du patrooooon, avocat de mes rêveuuuuuux !
- Bonjouuuuuuuur je suis le coursier, jouons tous ensemble au lotoooooo !"

Bref,  tout ce petit monde gagne des millions et décide d'ouvrir un cabinet d'avocats qui défend gratuitement la veuve et l'orphelin.
Rideau !

C'était Chance, actuellement au Palais des Glaces jusqu'à fin juillet, que j'ai eu l'occasion de découvrir fin avril.

Par où commencer...
Si je vous dis que j'ai cherché dès la dixième minute de ce spectacle une corde pour me pendre, vous comprendrez ma douleur au bout d'une heure quarante-cinq d'une succession de chansons dont la pauvreté d'écriture n'a d'égale que la médiocrité de la musique, véritable musique au mètre dont vous ne retiendrez pas un refrain ou un début de mélodie.

L'histoire est inexistante, rien n'évolue ni n'est développé du lever au baisser de rideau, tout est d'une linéarité insupportable, pas de livret, chacun chante sa chanson dans son coin, chanson qui par ailleurs ne fait pas non plus avancer le schmilblick. Tout pourrait s'arrêter à la troisième, mais non... Je passe sur un humour lourd, beauf, parfois à la limite du racisme (la femme de ménage, forcément espagnole, qui joue à la corrida avec l'achpirator. On n'a pas vu les poils sous les bras, mais c'était limite...). Quant aux prétendus clins d'oeil aux comédies musicales, l'auteur, Hervé Devolder, aurait mieux fait de s'abstenir; se moquer, entre autres, des paroles affligeantes de Roméo et Juliette est assez casse-gueule quand les siennes ne sont pas de meilleure qualité.

Passons sur les quelques moments dansés que l'on applaudirait bien volontiers s'il s'agissait du spectacle de fin d'année de notre petit dernier... Ce n'est malheureusement pas le cas ici, bien qu'on puisse effectivement se croire à la fête du village.

Le décor ressemble au bureau B 412 de la mairie du 18ème arrondissement; alors oui, c'est très réaliste ("Oh chéri regarde, on dirait mon bureau!"), mais c'est surtout très laid ! Il vaudrait mieux simplement juste une chaise, le spectateur aurait moins mal aux yeux, d'autant plus qu'il n'est pas aidé par les lumières sans doute réglées avec le régisseur après un déjeuner trop arrosé... Tout est rose vert jaune bleu, avec des étoiles, des coeurs, et des nuages... Le metteur en scène a dû dire "Banco" tout de suite afin d'aller faire la sieste. C'est immonde, même au quatorzième degré.

J'épargnerai ici les interprètes. D'abord parce-qu'ils jouent en alternance (ils sont 20 en tout) , et que vous ne verrez à coup sûr pas les mêmes que moi si vous faites le déplacement, et ensuite parce que s'il y a quelque chose à sauver ici, c'est encore la distribution.
Quand on pense que quelqu'un comme Fabian Richard replonge là-dedans après avoir connu Cabaret pendant 18 mois, on a mal pour lui.

L'avis de Samuel

Loin des super-productions musicales françaises traditionnelles, Chance ! est un spectacle simple, sans prétention, mais qui réjouit les spectateurs car "il n'apporte que des bonnes nouvelles", comme le précise justement le créateur. Le texte est direct, les chorégraphies efficaces, et les musiques sont variées, joyeuses mais néanmoins riches. En effet, loin de sombrer dans une certaine facilité, la complexité des mélodies et la difficulté vocale de l'oeuvre nous plongent dans un univers musical très consistant.
Hervé Devolder nous délecte notamment par sa maîtrise du chant à plusieurs voix, utilisé fréquemment et toujours à bon escient. Le résultat est agréable, et même totalement rafraîchissant. On réfléchit peu, on rit beaucoup, et ça fait un bien fou !

J'ai eu la chance d'assister à six représentations de cette comédie musicale, en comptant celle du 30 avril dernier. Inutile de préciser que je fais partie des amoureux du spectacle, et que j'étais très excité à l'idée de le découvrir dans une salle de plus grande envergure.
Quelle déception que cette production au Palais des Glaces ! Premier élément, la durée du spectacle a été réduite, sans doute à cause des contraintes horaires imposées par la salle parisienne. En résulte un grand nombre de coupes dans le texte qui nuisent terriblement au rythme de la narration, mais également une sensation désagréable d'urgence tout au long de la représentation. C'est simple, il n'est même pas possible d'applaudir plus de 2 ou 3 secondes à la fin d'un tableau...

Les lumières, si importantes au Méry, sont complètement ratées.
Evoquant ici la deuxième représentation du spectacle au Palais des Glaces, il est possible que tout n'ait pas été totalement en place, et le jeu de lumières s'améliorera probablement au fur et à mesure des représentations.
Enfin, troisième reproche, et non des moindres : le choix des artistes. Sur le papier, le casting est prometteur : Julie Victor, Franck Vincent, Yoni Amar, Edouard Thiébaut, Catherine Arondel et Chloé Pimont. Si Julie Victor, créatrice du rôle d'Agnès, est exceptionnelle, Yoni Amar, excellent (encore meilleur qu'au Méry !), Chloé Pimont très convaincante, je ne peux pas en dire autant des autres.

Ma plus grosse frustration vient de Franck Vincent, dont j'attendais beaucoup, l'ayant tant admiré dans Le Violon sur le toit ou d'autres spectacles plus modestes (War, Lancelot). Le rôle du boss requiert une voix de baryton, dans un style très lyrique, dont Jérôme Pradon, créateur du rôle, est la parfaite incarnation.
Heureusement, le fameux concept de troupe tournante va s'appliquer avec notamment Aurélien Berda, Hervé Lewandowski, Grégory Juppin, Julie Wingens, Stéphane Métro, Laurent Bàn ou encore Léovanie Raud qui prendront la relève au fur et à mesure des représentations.

Au final, pour les nouveaux spectateurs, le spectacle constitue un moment très agréable. La salle a semble-t-il été séduite par ces six personnages farfelus, riant aux éclats et offrant à Hervé Devolder et ses complices des applaudissements nourris à l'issue de la représentation. Si vous n'avez pas encore eu l'opportunité de découvrir Chance !, courez-y !

Commentaires

rectifications

cher Samuel,

que j'ai eu la malchance de te décevoir dans chance n'est pas bien grave, j'en suis désolé pour toi, et on ne peut pas plaire à tout le monde. ceci dit, je souhaite juste faire deux petites rectifications concernant ton article (les autres sont du ressort du metteur en scène, et je ne me permettrai pas de parler en son nom). tu m'as apprécié dans un violon sur le toit, je t'en remercie, ainsi que dans "War" et "Lancelot". ces deux derniers n'étaient pas des spectacles, mais des shows cases, présentant des projets de spectacles se nommant respectivement "War 39-45" et "Brocéliande". ce n'est qu'un détail mais il est bon de ne pas confondre spectacle et show case, surtout vis à vis d'un public qui lui aussi pourrait ne pas différencier les deux et ainsi se méprendre sur ce qu'est réellement un spectacle musical. la seconde rectification est moins anodine: le créateur du rôle du boss n'est pas Jérome Pradon, mais Hervé Huygues. il a crée ce rôle au Déjazet, j'ai repris le rôle en alternance avec lui au Lucernaire, il a quitté l'équipe, et Jérome est ensuite arrivé pour reprendre l'alternance avec moi. rendons à Hervé ce qui lui appartient. amicalement. Franck VINCENT

Cher Franck, Merci de ce

Cher Franck,

Merci de ce commentaire...
Je sais que War 39-45 et Brocéliande étaient des show-cases, et même quasiment des lectures (en particulier Brocéliande). Je n'ai pas jugé nécessaire de préciser ce point, car il ne me paraissait pas essentiel pour mon message. Mais tu as raison, soyons précis. Malgré ce statut de simple show case, je t'ai trouvé formidable dans Brocéliande, dans lequel tu as selon moi porté la représentation dans ce difficile double rôle de conteur et de Merlin. Par ailleurs, dans War 39-45, tu étais formidable en nazi, rôle difficile si l'en est (ce qui ne manquait pas de contraste à côté du juif Tevye :-)...).
Concernant enfin la création du rôle du boss, je l'ignorais, je n'ai pas trouvé d'information à ce sujet, j'ai donc supposé que Jérôme Pradon, ayant été choisi sur l'enregistrement officiel du spectacle, en était le créateur. Il demeure en tout cas la seule référence "publiée" pour le spectacle (hormis les quelques éléments médias sur le site de Chance, qui ne permettent pas de se faire une opinion)... D'où ma lamentable erreur. Et merci pour cette correction.
Permets-moi enfin d'insister sur le fait que tu demeures à mes yeux un artiste hors pair, dont je rate rarement les sorties (à part sur Rabbi Jacob, mais je n'ai pas pu assister aux représentations). Tu ne m'as pas vraiment "déçu" dans Chance, ce n'est pas le bon terme. Etant un admirateur, j'attendais beaucoup de voir ce que tu allais donner dans ce rôle. Il apparait, en tout cas à mes yeux, que celui-ci ne te convient pas aussi bien que d'autres, en particulier vocalement. Ca n'a rien à voir avec la performance intrinsèquement, qui fut très bonne. Et peut-être qu'à force d'écouter le CD, j'ai du mal à prendre du recul...
Mais ça n'enlève en rien tes qualités évidentes, et j'espère ne pas t'avoir blessé par ces quelques lignes dans ma critique. J'ai été obligé de réduire au maximum mon texte, perdant forcément en subtilité dans mon analyse... Et clairement, je me suis mal fait comprendre !
En te souhaitant bonne continuation, j'espère pouvoir me rattraper dans un de tes prochains spectacles, que j'espère aussi brillants que les précédents.

Samuel Sebban

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