Critique : "Jonas, la comédie musicale" au théâtre Saint-Léon de Paris

Le 13 octobre dernier, Musical Avenue a pu assister à une des représentations de Jonas, la comédie musicale, dont nous avons chroniqué l'album il y a quelques semaines. Etienne Tarneaud et sa troupe nous ont donc conté l'histoire du prophète Jonas au théâtre Saint Léon.

Jocelyne et Etienne Tarneaud ont choisi d'introduire le spectacle en replaçant Jonas dans le contexte des trois grandes religions monothéistes, et en donnant les tournants clés de l'intrigue pour aider le spectateur à s'y retrouver. C'est une précaution étonnante, car l'histoire est très facile à suivre sur scène.

Le spectacle nous raconte l'histoire de Jonas, envoyé par l'ange Gabriel à Ninive ("Va à Ninive") pour annoncer sa destruction. Méprisant les Ninivites, Jonas refuse et s'enfuit à Tarsis. Durant le voyage, son bateau essuie une tempête due à la colère divine consécutive à sa désobéissance. Les matelots jettent Jonas par-dessus bord ("Jetez-moi à la mer") et la mer s'apaise. Après avoir été menacé par des requins ("Les requins"), il est recueilli dans le ventre d'une baleine ("La baleine"), qui le recrache ensuite sur le rivage ("Au bord de la plage"). Jonas raconte son histoire à des bédouins qui l'ont recueilli ("Jérusalem"), et part ensuite annoncer la destruction de Ninive à ses habitants. Cependant, ces derniers, à commencer par la famille royale ("Sous le sac et sous la cendre") décident de jeûner et de se repentir ("Avant que tu n'arrives"), faisant céder Jonas qui épargne finalement la ville.

Des costumes époustouflants, une mise en scène inégale

La force première du spectacle se perçoit immédiatement : elle tient à la qualité et à la diversité des costumes, très soignés et colorés, avec une mention spéciale à la robe portée par Stéfanie Robert pour incarner la baleine. La peau de bête qui vêtit le prophète est également magnifique, pour ne citer que ces deux exemples parmi tant d'autres. L'impression visuelle qui en résulte est ravissante et sert parfaitement la mise en scène assez minimaliste qui a été imaginée par Sophie Tellier. Elle a en effet choisi une approche très abstraite, avec des décors suggérés et une sobriété relative dans les accessoires.
Ce n'est pas très étonnant puisqu'elle a notamment travaillé sur Camille C. avec Jonathan Kerr, qui semble être un fervent partisan de ce type de mise en scène. Ce choix est souvent payant dans Jonas, comme par exemple sur le prologue ("Va à Ninive").

Le principal reproche que l'on pourrait faire à Jonas concerne la direction d'acteurs, quasiment inexistante. En particulier, la séquence des requins, qui ne nous avait déjà pas emballés sur le disque, ne fonctionne absolument pas. On comprend bien que le passage est plutôt destiné aux enfants, mais les à-peu-près dans le jeu des acteurs laissent une sensation désagréable d'inachevé. La scène aurait probablement profité d'une mise en scène plus poussée, voir même d'une chorégraphie.

Plus généralement, l'accent est clairement mis sur le chant au détriment du jeu d'acteurs, et on a parfois le sentiment d'assister à un concert en costumes, et non plus à une comédie musicale. En effet, les interprètes chantent la plupart du temps face au public, n'ont que peu voire pas d'interactions entre eux, et surtout, ils sont assez immobiles. A ce titre, le personnage de Jonas est souvent figé ou désœuvré, et l'idée géniale qui consiste à le figurer combattant les flots avec une étoffe noire fait partie des rares moments forts de mise en scène.

Quelques dialogues de théâtre fort judicieux ponctuent le spectacle. La scène initiale entre Jonas et sa mère introduit l’histoire et les premières chansons avec efficacité. Par exemple, sans doute une discussion similaire, chantée ou non, serait utile sur le tableau "Avant que tu n’arrives",  pour illustrer le changement d’attitude des Ninivites lorsqu’ils font pénitence ?

Une troupe au diapason

Nous avons découvert une troupe inédite, Etienne Tarneaud mis à part. Composée de cinq comédiens, elle se montre très performante vocalement. Outre Etienne Tarneaud (Jonas), dont on avait déjà découvert la jolie voix sur le disque, nous avons eu un vrai coup de cœur pour Grégory Benchenafi, qui allie puissance et émotion. Stéfanie Robert et Marie-Suzanne Lacroix (Marsu) ont moins de puissance, ce qui déséquilibre légèrement les chansons de groupe, mais elles dégagent une justesse et une émotion extraordinaire dans les temps plus calmes. On citera en particulier "La baleine", "Au bord de la plage" et la poignante "Sous le sac et sous la cendre". Maxime Grellier, qui n'est de toute évidence pas un véritable baryton (contrairement à Stéphane Métro du cast original qu'il remplace), s'en sort malgré tout mieux qu'avec les honneurs, même s'il semble logiquement un peu moins à l'aise, en particulier sur les notes graves.

Suivant la logique de mise en scène plus axée sur le chant que sur la comédie, l'accent a naturellement été mis sur des artistes davantage chanteurs qu'acteurs, Stéfanie Robert mise à part, qui nous a proposé un peu plus de jeu que les autres. Pour autant, il ne manquerait pas grand chose pour que les tableaux, déjà très beaux deviennent grandioses. On pressent un potentiel énorme, une émotion profonde, comme sur "Jetez-moi dans la mer", et sur "Jérusalem", probablement la plus belle chanson. Enfin, le final est enthousiasmant, et le faire en rappel comme une conclusion du spectacle a enchanté la salle, les spectateurs frappant des mains, visiblement ravis.

Une bande son riche mais un théâtre peu adapté

Sur le principe, on pourrait regretter que les comédiens chantent sur une bande son mais on ne peut pas nier que la richesse des instrumentations apporte un vrai plus au spectacle, qui ne serait pas le même avec un piano seul, comme c'est souvent le cas sur les productions de petite envergure. Le choix apparait donc judicieux, et nos principes cèdent volontiers !

Enfin, le spectacle gagnerait à se jouer dans un cadre plus intimiste, car le choix assumé d'utiliser peu de décors et de comédiens donne une impression de vide sur scène, et le théâtre Saint-Léon semble un peu disproportionné, de part sa hauteur du cadre de scène. Quelques problèmes techniques liés aux micros ont par ailleurs émaillé le premier acte, mais ont heureusement disparu dans la seconde partie, la rendant bien plus plaisante et plus rythmée.

Conclusion : Un bon spectacle familial

Au final, Jonas est une comédie musicale très agréable, et très enrichissante. Le travail colossal des Tarneaud sur le livret, riche de nombreuses références culturelles et de symboles, est un modèle de pédagogie pour petits et grands, et on ne peut que saluer l'intention de faire de la quête d'identité du prophète une histoire universelle (en passant par une fin un peu modifiée). Malgré les quelques points d'amélioration évoqués plus haut, Jonas est un spectacle qui fera passer une bonne soirée à toute la famille.


Distribution des 13 et 20 octobre :

  • Etienne Tarneaud : Jonas
  • Grégory Benchenafi : l'ange Gabriel, le capitaine, un requin, le chef de la caravane et le roi de Ninive
  • Maxime Grellier : l'Israëlite, le matelot, un requin, un bédouin, le fils du roi.
  • Marie Suzanne Lacroix, dite Marsu : la femme Israëlite, la gitane Carmen, la requine, la créature des eaux, la bédouine au bébé, Lilah la fille du Roi de Ninive.
  • Stéfanie Robert : Hanna mère de Jonas, la gitane Loli, la baleine, la bédouine à la cruche, la mendiante.

Prochaines représentations publiques à partir de décembre 2009. Toutes les informations pratiques sur le myspace du spectacle : http://www.myspace.com/jonasshow.

Le CD est disponible au téléchargement ou à la vente à l'adresse suivante : http://joymusic.fr/12-la-comedie-musicale-3760040710693.html.

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