Critique : "La Mauvaise Voie" au Théâtre Pixel

Critique : "La Mauvaise Voie" au Théâtre PixelJouée pour la première fois l’été dernier au Festival d’Avignon Off 2011, puis accueilli en résidence au théâtre Pixel à Paris, à l’automne 2011, cette comédie musicale pop jazz a recueilli d’excellentes critiques.

C’est l’histoire assez classique d’un promoteur prêt à toutes les bassesses pour expulser tous ceux qui se mettent en travers de son chemin (en l’occurrence, une autoroute, la première de France). Le vilain promoteur est une promotrice, la vénéneuse Vémina. Les autres personnages sont les occupants du cabaret Macadam, situé sur le tracé de la future autoroute et donc pris dans le collimateur de Vémina. Comme toujours, dans ce genre d’histoire, on rencontre aussi des édiles et autres fonctionnaires bourrés de tics et corrompus jusqu’à la moelle.

Bref, La Mauvaise Voie compte environ une douzaine de personnages, interprétés par 6 comédiens. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le fait que chaque comédien tienne plusieurs rôles est plutôt amusant. On essaye bien de les reconnaitre mais en vain : ils se transforment d’un rôle à l’autre au point d’être méconnaissables.
Mais ce qui fait l’intérêt de ce spectacle sont les vrais, beaux numéros musicaux composés par Juliette Prime et Emmanuelle Zagoria.

Tous les airs sont bien écrits dans un style personnel et très varié. Le terme "pop jazz" utilisé  pour décrire leur style musical est presque réducteur. Par moment, on entend des dialogues chantés qui rappellent Jacques Demy. Des duos, et surtout un magnifique trio, sont des grands moments musicaux. Et vers la fin il faut bien écouter le dernier air de Bartholomé (l’assistant souffre douleur de la promotrice) qui a des façons de Kurt Weil.

Les arrangements ont été confiés à Thomas McFarlane : cet "Américain à Paris", installé chez nous depuis 3 ans, accompagne le musical au piano et réussi par son jeu incroyablement créatif et ses improvisations à donner l’illusion d’être un orchestre à lui tout seul. Pianiste accompagnateur, ténor, coach vocal, aussi à l’aise pour chanter les grands rôles des opéras Wagnériens que dans les airs de Broadway, ce remarquable musicien a également dirigé la troupe sur le plan musical et vocal.

Cette comédie musicale a pris naissance en 2007 dans la tête de Juliette Prime, une jolie jeune femme, diplômée de Sciences Po, titulaire d’un Master en Japonais et formée à la comédie musicale. Habitée par sa passion du musical des années 50, Juliette Prime a voulu se lancer dans le métier en devenant auteur compositeur. Ce qu’elle a co-écrit avec Emmanuelle Zagoria n’est pas franchement évocateur de la tradition de Broadway. Le résultat est plutôt très français, sans que cela soit une critique car il existe aujourd’hui un mouvement français de théâtre chanté de qualité. Pour une première tentative, on peut dire que La Mauvaise Voie est une pièce musicale pleine de promesse, qu’elle doit beaucoup à la richesse des personnages et à la qualité des interprètes.

Dans le rôle du maire véreux et de la patronne de cabaret hystérique, Hélène Pointurier est ébouriffante sans sombrer dans l’exagération. Quant à Laura Woody, une américaine de Broadway, elle campe admirablement le personnage de la promotrice, profondément maléfique, mi-plante vénéneuse, mi-nymphomane hystérique. Sa voix aussi bien que son jeu sont dignes des grandes scènes de Broadway. Le reste de la troupe est également excellent notamment dans le domaine du jeu. Plusieurs des membres de la troupe ont été formés à l’école Jacques Lecoq qui semble leur avoir donné une grande maitrise de leurs capacités théâtrales. Tous, il est vrai, n’ont pas une véritable formation de chanteur.

Actuellement, la Mauvaise Voie est en attente d’une nouvelle programmation. Dès qu’elle sera fixée nous vous l’annoncerons : il faudra se dépêcher d’y aller .


La Mauvaise Voie, de Juliette Prime et Emmanuelle Zagoria

Présenté par la compagnie Mamalette.

Écrit et composé par Juliette Prime et Emmanuelle Zagoria ; direction musicale : Thomas McFarlane ; mise en scène : Simon Pons-Rotbardt ; décors : Patrick Miriel ; chorégraphie : Justine Nouveau.

Avec Leslie Chantraine, Marion Gouvernet, Tolgay Pekin, Hélène Pointurier, Sabrina Thouroude, Laura Woody.

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