Compte-rendu : notre avis sur les spectacles de Broadway à l’affiche

Petit tour d’horizon des comédies musicales de Broadway une semaine avant les Tony Awards : retrouvez-ici notre avis sur les spectacles actuellement à l'affiche !

Il semble que la Métro Golden Meyer soit à l’honneur cette saison et tout particulièrement les œuvres mises en scène à Hollywood par Vicente Minnelli : la preuve en est après une tentative de version scénique de The Band Wagon dans le cadre de la série Anchors à City Center en novembre dernier et surtout l’arrivée triomphante d’Un Américain à Paris au Palace Théâtre (fort de son mois et demi de représentations à guichets fermés au Théâtre du Châtelet !).

Le Théâtre Neil Simon accueille maintenant Gigi après un "try-out" au Kennedy Center de Washington en janvier dernier. Dans le rôle-titre, tenu au cinéma par Leslie Caron, Vanessa Hudgens (High School Musical) se révèle plus que compétente aussi bien vocalement qu’au niveau de l'exécution des chorégraphies pourtant très techniques de Joshua Bergasse, révélé par la série "Smash" et qui vient également de régler les ballets de On The Town. Le reste de la troupe, composée de vétérents de Broadway comme Victoria Clark dans le rôle de Mamita, Dee Hoty dans le rôle de tante Alice et Howard McGillin dans celui de Honoré Lachaille (créé au cinéma par Maurice Chevalier) aux côtés du séduisant jeune premier de Newsies Corée Cott dans le rôle de Gaston. Le seul problème de cette production luxueuse est que l’œuvre raffinée de Alan Jay Lerner et Frédéric Loewe, élégamment mise en scène par Éric Schaeffer, risque d’être trop sophistiquée pour le jeune public attiré par le nom de la star de High School Musical sans doute peu familier avec le Broadway traditionnel.

Également inspiré d’un musical de l’âge d’or de la MGM, mais n’ayant pas été écrit pour Hollywood comme Gigi, On The Town fut créé à Broadway en 1944, adapté non pas d’un film comme la plupart des comédies musicales de Broadway mais d’un ballet déjà chorégraphié par Jérôme Robbins sur un musique de Léonard Bernstein. La version filmée ne retint pas la partition de Broadway jugé trop sophistiquée : elle s’avère pourtant aujourd’hui très accessible, riche en mélodie à fredonner (Lucky To Be Me, Lonely Town) et propice au développement chorégraphique. Le seul défaut de cette production exubérante est peut-être paradoxalement d'être un peu sur-chorégraphiée. Chaque chanson donne lieu à une danse toujours brillamment conçue par Bergasse et exécutée par un cast hors pair à la tête duquel on retrouve Tony Yazbeck, récemment vu dans Chicago, White Christmas et Gypsy reprenant le rôle de Gaby interprété par Gene Kelly dans le film. Il est vrai que tout comme son cousin de la MGM Un Américain à Paris, On The Town ressemble parfois plus à un ballet qu’à une comédie musicale tant la danse y est omniprésente mais qui s'en plaindra vraiment après toute ces décennies dominées par des musicals non-dansés !

Mis à part un brillant duo de danse russe, la chorégraphie est loin d'être l’élément dominant de Dr Zhivago, aussi inspiré d’un film de la MGM, cette fois-ci non-musical. S’apparentant plus aux super productions de Andrew Lloyd Webber et de Boublil & Schönberg, Dr Zhivago est agrémenté d’une partition forte et melodique de Lucy Simon qui nous donna The Secret Garden. Précédemment produit à San Diego puis à Sydney, Dr Zhivago est un musical sérieux opulent et parfois violent, brillamment mis en scène par Des MacKnuff, abusant légèrement comme de l’habitude à l’utilisation des vidéos. La force du couple phare, Kelli Barret dans le rôle de Lara et Tam Mutu, vu en début de saison dans City of Angels à Londres, dans celui du Dr Zhivago, et la célèbre chanson de Lara, reprise du film, n'a pas suffit pour faire survivre ce spectacle au-delà des premières semaines. Il a fermé ses portes le 10 mai, devenant ainsi officiellement le plus grand flop de cette nouvelle saison.

Le gagnant des Tony Awards de la saison dernière, A Gentelman's Guide to Love and Murder, marche encore très bien et bénéficie maintenant de la présence de Scarlett Strallen, star du West End de Singing In The Rain et A Chorus Line, dans le rôle de Sibella. La troupe de ce polar musical brillamment écrit par Robert L. Freedman (livret et mise en scène) et Steven Lutvak (paroles et musique) est tellement de haut calibre que, comme souvent le cas à Broadway, même les doublures, en l'occurrence Greg Jackson remplaçant Jefferson Mays dans les rôles multiples de la famille D'Ysquith, sont absolument époustouflantes. Basé sur un célèbre film avec Alec Guiness, ce musical ferait un malheur dans le West End, à moins qu'il soit peut-être trop britannique !

Something Rotten est également un musical qui pourrait marcher à Londres puisqu'il se déroule durant la renaissance au siècle de Shakespeare, mais il sera difficilement exportable ailleurs, tellement les clins d’œil à la culture Broadway y sont nombreux. La musique originale de Wayne et Karey Kirkpatrick, elle aussi est riche en référence à tous les classiques du musical. Casey Nicholaw, qui a gagné ses gallons avec The Drowsy Chaperone, The Book of Mormon and Aladdin fait une fois de plus preuve de son savoir-faire dans la mise-en-scène et la chorégraphie dans ce show hilarant du début à la fin, traitant finalement plus de Broadway que de Shakespeare, même si Christian Borle nous livre une désopilante interprétation du barde lui-même à coté de Brian d'Arcy James, vu dans Shrek et avec Christian dans la série "Smash", comme à l'habitude excellentissime. Something Rotten semble être un des favoris à la course au Tony avec 10 nominations.

Deux autres musicals originaux cette saison, It Shoulda Been You, une comédie, et The Visit, une drame musical, complètent cette riche saison. It Shoulda Been You est une farce très proche du théâtre du boulevard parisien avec une troupe remplie de noms connus, comme Tyne Daly, qui fut une des remarquable Mama Rose dans Gypsy ; Sierra Boggess, qui fut Ariel dans La Petite Sirène et Christine dans The Phantom of the Opera et Love Never Dies ; Chip Zien, qui était dans le cast original de Into the Woods ; Lisa Howard, vue dans Priscilla ; le mari de Neil Patrick Harris, David Burtka, connu dans des séries télévisées ; et Montego Glover, interprète principal du musical Memphis. Les chansons originales de Barbara Anselmi et Brian Hargrove sont plus fonctionnelles que mémorables, mais le livret de Hargrove est tellement bien écrit que la sauce prend très vite et cette comédie en un acte nous fait passer un réel bon moment.

Dans un registre plus sérieux The Visit arrive enfin a Broadway 14 ans après sa création et 10 ans après la mort de l'auteur du livret des paroles des chansons, le génial Fred Ebb, qui avec son acolyte le compositeur John Kander nous donna Chicago et Cabaret entre autres chefs-d’œuvre. . . C'est plus a leur dernier grand succès des années 90, Kiss of the Spider Woman, également avec Chita Rivera dans le rôle principal, que s’apparente The Visit ,à la fois musicalement et au niveau de la noirceur de son livret dénonçant la cupidité humaine.

Malgré son engagement politique cette adaptation musicale de la pièce de Frederich Durenmat, La Visite de la Vieille Dame est d'une facture très classique c'est pourquoi, avec tout le respect dû au travail de Graceliela Daniele, nous aurions préféré voir à Broadway la première version en deux actes, donnée à Chicago en 2001 et à Washington en 2008, chorégraphiée par Ann Reinking dans laquelle Chita dansait encore vraiment et dans laquelle elle avait en la personne de George Hearn un partenaire a sa hauteur ! L'excellent livret de Terrence McNally gagne par contre en intensité dans cette version raccourcie intelligemment et mise en scène par John Doyle. Alors ne nous plaignons pas c'est bien que ce show soit finalement sur Broadway et espérons qu'au moins pour la performance de Chita Rivera cette "Visite" qui hélas marque la fin d'un époque sera récompensée aux Tonys...

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