Compte-rendu : “Anne, le musical” au théâtre du Gymnase Marie-Bell le 30 janvier

L’émouvant spectacle de Jean-Pierre Hadida revient au théâtre du Gymnase Marie-Bell ce jeudi 30 janvier, à 20h30.

Anne, le musical. En parler "autrement"

Depuis sa création en juin 2007, la mise en musique du célèbre Journal d’Anne Frank a déjà fait revivre l’historique héroïne au Café de la Gare, au théâtre Essaïon, à l’espace Rachi, au théâtre Déjazet, à l’Espace Cardin ainsi qu’au Palais des Congrès de Strasbourg, toujours sous la direction de Pierre-Yves Duchesne.

Ayant été choisi en 2010 pour célébrer le  65ème anniversaire de la libération des camps, il a également été joué à Caen avec  la participation du chœur régional universitaire et en association avec l’exposition Anne Frank, une histoire d’aujourd’hui de la maison Anne-Frank d’Amsterdam. L’équipe nous a chaleureusement accueillis lors de ses répétitions et filages afin que nous puissions réaliser un reportage. Vous y trouverez en exclusivité des photos prises lors de ces répétitions.

L’histoire de la petite Anne revêt une signification bien plus universelle que celle d’un simple témoignage historique : elle décrit la complexité de l’être humain dans ses rapports à autrui et conte l’évolution d’une enfant devenant femme, et ce, ici, par une œuvre musicale.

« La musique au service de la Mémoire chante l'espérance »

Plus que celle de Dieu, c’est la foi en l’homme qu’Anne le musical évoque. Le courage de ne pas abandonner et l’espérance par-dessus tout. Les anciens décors reconstituaient la cachette et supposaient l’existence d’un extérieur en dehors de l’étouffante annexe. Leur suppression suggère un vide angoissant, le monde est rasé. La société leur est devenue étrangère, leur monde s’est réduit à cette partie cachée du 263 Prinsenschracht ; ils se renferment sur leur intériorité, d’où la profondeur de l’analyse de la petite Anne, interprétée par Cloé Horry.

Pour vivre tous les huit, certains - comme  Margot qui s’accroche à ses études -  se taisent pour maintenir la paix clandestine du foyer de fortune « il n’y a rien à dire sur Margot ».  Elle supporte l’amour de sa sœur pour Peter « les laisser s’aimer quand on est seule au monde », et lui sacrifie un bonheur qu’elle convoitait : Margot, c’est le courage, le calme malgré la douleur mêlée à une certaine sagesse qui la rapproche de sa mère. C’est ici Caroline Joubert qui endosse le rôle et parvient à faire ressortir le côté angélique et jeune d’une Margot souvent représentée comme une demoiselle extrêmement sérieuse.

Edith Frank, jouée par Laurence Cohen, tente d’éduquer ses filles mais se heurte à l’incompréhension de la cadette «  tu ne comprends pas », son instinct maternel ne parvient pas à créer l’harmonie avec Anne. Dans ce spectacle, l’auteur et le metteur en scène ont choisi de nuancer le rapport conflictuel entre la jeune femme et sa mère – censuré lors de la première publication du journal -, et d’infantiliser quelque peu Anne lors de la scène de la dispute. « Maman je ne te dis pas je t’aime mais tu sais que je t’aime quand même » : voilà quelque chose qui n’apparaît pas dans le journal d’Anne, c’est une des libertés que l’auteur a choisi de prendre.

Dans son journal, Anne relève en effet le mal qu’elle a à apprécier une mère qui tente maladroitement de se faire aimer d’elle, et explique à son père que l’amour ne se contrôle pas : Anne est entière et ne parvient pas à se montrer hypocrite, même pour faire plaisir à celle qui l’a mise au monde.

Le couple Laurence Cohen / Christophe Borie – Otto Frank - fonctionne à merveille, mais la tendresse entre Anne et son père est encore plus forte et tangible. Plusieurs scènes nous offrent de magnifiques tableaux de tendresse. Otto porte sur ses épaules le choix de cette solution de réclusion, et tente autant qu’il le peut de tenir son rôle d’époux et de père de famille aimant, rassurant et protecteur : ce que Christophe Borie nous fait ressentir avec finesse. 

Monsieur Van Pels souffre des bavardages de sa femme, jouée par Estelle Danière, qui apaise son angoisse en abrutissant les autres de paroles, et l’éclatement du couple semble proche « tu m’épuises, tu épuises tout le monde ! ». C’est Stéphane Métro qui tient ce rôle et propose un monsieur Van Pels muré dans sa pudeur et s’accrochant à ses cigarettes pour tenir. L’affection reste toujours là entre eux, malgré le fait qu’ils ne puissent plus s’aimer au grand jour.

Les défauts des uns et des autres s’exacerbent à cause de la promiscuité que leur condition leur impose et les personnalités se révèlent et évoluent « Anne, elle a sa petite personnalité » ; «  j’ai vraiment l’impression d’être devenue une femme ».  Comme évoqué précédemment, l’opposition entre madame Frank et sa fille grandit de jour en jour.  Anne ne souhaite pas ressembler à sa mère et la rejette. La différence entre la mère et la fille est d’autant plus criante qu’Anne n’a pas la possibilité de s’extirper du cocon familial.

Elle ne peut qu’écrire sa rancœur, mais ce spectacle n’appuie pas sur cet aspect négatif des relations familiales au sein de l’annexe. Il se penche davantage sur l’amour naissant entre Anne et Peter, joué ici par Kevin Lévy. Il présente comme un petit bijou le flirt des deux jeunes gens qui  pour eux sera le premier tout autant que le dernier. Peter, souvent présenté comme soumis et timide, et ici plutôt rebelle  « il fallait entrer en résistance » et chante son incompréhension « je ne comprends pas ». 

Le dentiste Fritz Pfeiffer, arrivé en novembre 1942 à l’annexe, traverse seul l’épreuve de la réclusion, séparé de sa fiancée Charlotte et du fils de celle-ci. Pierre Babolat incarne cet homme désemparé qui reste digne et s’accroche à sa foi. Miep, jouée par Céline Delaveau, apporte du dehors un peu d’air frais et des denrées rares (légumes, fromages…). Malgré la difficulté de sa propre situation, elle s’efforce de rapporter un peu de nouveauté et de joie à l’annexe.

« L’éternité s’accroche aux marges effacées »

L’équipe n’aurait su trouver mieux que Cloé Horry pour interpréter le rôle-titre, la beauté de son énergie et la grâce de sa voix transmettent la sincérité et l’intelligence d’une petite fille qui a réellement vécu, et un message d’espoir autant qu’une réflexion sur les plus belles valeurs de la vie « donner, partager ».  

Anne le musical nous présente des instants de vie pour nous faire mieux réaliser que c’est dans de sombres temps que la valeur de l’homme est la plus éclatante, dans des temps de guerre où nous sentons vraiment le poids de notre liberté. Aujourd’hui, demain et pour les siècles à venir. 


Anne, Le Musical, de Jean-Pierre Hadida

Au Théâtre du Gymnase Marie Bell, 38 boulevard Bonne Nouvelle, 75010 Paris

Le 30 janvier 2014 à 20h30

Avec : Christophe Borie, Pierre Babolat, Estelle Danière, Laurence Cohen, Céline Delaveau, Kévin Lévy, Cloé Horry, Caroline Joubert, Stéphane Métro

Musiciens : Raphael Théodore Bancou, Mathieu Serradell et Clara Zaoui

Musique et paroles : Jean-Pierre Hadida

Mise en scène : Pierre-Yves Duchesne

Site officiel : www.annelemusical.com

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