Critique : “Baudelaire : la Garden Party des Fleurs du Mal” au Théâtre La Reine Blanche

A l'affiche du Théâtre La Reine Blanche depuis peu, la compagnie Vénus Bleue présente Baudelaire : la Garden Party des Fleurs du Mal, un spectacle onirique, musical et poétique qui célèbre l'oeuvre et la vie du poète français Charles Baudelaire. Musical Avenue a assisté à une représentation de cette invitation au voyage qui peine pourtant à nous enivrer comme l'exige le poète.

Là où tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Charles Baudelaire
LIII, L'invitation au voyage, Les Fleurs du Mal

ORDRE

Il ne s'agit pas ici d'un biopic sur la vie, dans l'ordre chronologique, du poète que fut Charles Baudelaire. Il n'y a pas de fait, pas d'anecdote, de péripéties dramatiques expliquant comment il est devenu l'artiste novateur mais décrié qu'il était à l'époque. Il s'agit plutôt d'un hommage poétique à l'auteur rendu sous la forme d'un rêve dont le fil conducteur est les saisons de printemps, d'été, d'automne et d'hiver que lui ont inspiré les femmes de sa vie, respectivement, Appoline Sabatier, sa muse, Jeanne Duval, le grand amour de sa vie, Marie Daubrun, sa maîtresse et enfin sa propre mère. Ce fil conducteur ne se dévoile qu'au fur et à mesure du spectacle et peut parfois troubler le spectateur dans sa balade dans ce cadre onirique, se demandant où on cherche à l'amener. La preuve : le parcours de ces femmes/saisons se termine dans un numéro final d'"Hallelujah" de Jeff Buckley, improbable tant presque sorti de nulle part, repris en chœur par les artistes de la troupe.

BEAUTE

Chaque tableau est composé d'extraits de poèmes de Baudelaire qui font souvent office de monologue ou de dialogue. Pas facile d'illustrer un propos ou faire avancer l'action, on se contente d'une réminiscences de nos cours scolaires de récitation. Fiers de reconnaître quelques vers parmi nos vieux souvenirs. Pour le coup, on ne peut pas dire que le texte n'est pas magnifique. Mais heureusement que ce dernier est accompagné de fragments qui contextualisent de temps en temps ce qu'on tente de nous raconter. Pour rendre hommage à la modernité de Baudelaire, ont été créées quelques chansons originales reprenant les thèmes des poèmes de Baudelaire, notamment Les Fleurs du Mal, mais pas que. Chansons originales aux sonorités parfois jazzy, parfois folk, parfois variété, parfois presque pop aux paroles légères, parfois surprenantes. La variété des styles musicaux et des styles de composition entre les poèmes et les chansons rendent parfois difficile le grand écart, le mélange ayant parfois du mal à prendre.

LUXE

Less is more. Ici on brille à la fois de sobriété de part la scénographie, l'absence de décor, et en même temps d'artifices, thème cher à Baudelaire, à travers un petit travail de lumière judicieux et de quelques accessoires et costumes. Le plateau n'est habillé que d'instruments de toute sorte. Le spectateur doit faire travailler son imagination.

CALME

Parfois trop. Il est d'usage de prendre son temps pour articuler chaque mot d'une phrase à laquelle on veut faire peser tout son sens à celui qui l'écoute. Mais pratiquer cela pendant une heure de spectacle peut rendre ce dernier lourd, récitatif et lui prêter, quand on cale des respirations à chaque vers, des intensions dramatiques, pleine de pathos, quand il n'y a rien dans l'action pour le justifier. On a l'impression d'avoir assisté à une messe quand on voulait juste qu'on nous raconte une histoire.  Cette lourdeur, voire lenteur, est accentuée parfois par un manque de mise en scène qui peut mettre mal à l'aise quand le spectateur sent que le comédien ou la comédien ne sait pas quoi faire de son corps, de ses bras ou comment occuper l'espace. 

VOLUPTE

Si les chansons originales ou reprises inattendues ne nous sont pas séduites, le travail porté sur les sonorités pour créer des ambiances musicales, a lui, porté ses fruits. Un moment la magie fonctionne quand nous sommes transportés sur les îles, ou d'autres univers. Une petite singularité qui fait toute la différence. La troupe est également composée d'artistes à multiples facettes qui peuvent enchaîner tour à tour différents instruments de corde à percussions tout en interprétant leur(s) différent(s) rôle(s). Un chapeau tout particulier à Fanny Paulka qui domine la scène avec une voix et une présence langoureuse et envoûtante dans rôle de Jeanne Duval. 

Le spectacle est une invitation au voyage qui peine à nous faire décoller mais dont on sent heureusement que le pilote est sincèrement passionné par son sujet. A l'affiche jusqu'à la fin du mois de juin, on espère que ce dernier trouvera assez vite, dans les kilomètres à venir, un équilibre dans les ailes et son rythme de croisière. 


Baudelaire : la Garden Party des Fleurs du Mal

Théâtre La Reine Blanche
2 bis Passage Ruelle
75018 Paris

Les mardis, jeudis et samedis à 19H00 jusqu'au 23 juin
A partir de 10€

De Tony St Louis
Avec Tony St Louis, Cyrille Froger, Fanny Paulka, Anaïs Bouchard

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire

Vous devez être Connecté pour poster un commentaire. Pas encore inscrit ? Cliquez-ici.