Critique : “Cinderella” à la Salle Wilfrid-Pelletier de Montréal

C'est le mois des contes de fées à Montréal. Après Osez Rêver au Centre Bell la semaine dernière, c'est au tour de Cinderella de venir répandre sa magie à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Une grosse pointure dans l'univers des musicals, signée Rodgers et Hammerstein (La Mélodie du Bonheur), que la métropole montréalaise a le plaisir d'accueillir pour la première fois dans le cadre de sa tournée nord-américaine.

Un conte populaire remanié

Qui ne connait pas l'histoire de la jeune Cendrillon, traumatisée par sa vilaine belle-mère et condamnée à faire le ménage vêtue de haillons jusqu'au jour où sa marraine la Bonne Fée use de sa magie pour transformer sa destinée ? Ce conte de Charles Perrault ne semble cependant pas se démoder, malgré toutes les reprises qui en ont été faites. Année après année, quelque chose semble toujours fasciner le public pour cette histoire où l'amour triomphe au-delà des classes sociales.

Cinderella Montréal

Mais quand un conte est archi-connu comme celui-ci, sa trame narrative devient plus que prévisible. Heureusement, les créateurs du spectacle ont décidé d'y apporter quelques modifications qui sont les bienvenues. L'histoire classique de Cendrillon demeure, mais avec des retournements différents, des relations repensées, une bonne dose d'humour et une dimension sociale au centre de l'intrigue.

Basée sur le film pour la télévision de 1957 mettant en vedette Julie Andrews, cette nouvelle production créée à Broadway en 2013 et récipiendaire d'un Tony Award pour ses costumes s'est vue dépoussiérée grâce au nouveau livret de Douglas Carter Beane. Le somptueux bal, la pantoufle de verre, les douze coups de minuit... la plupart des repères du conte ont été conservés. La force du spectacle est de les utiliser comme références tout en complexifiant l'histoire. 

Une Cendrillon plus assumée

On a ainsi droit à un spectacle plus profond que le conte lui-même où l'on retrouve une Cendrillon certes soumise à sa belle-mère, mais en même temps revendicatrice. Sa relation avec le Prince ne se limite pas à une simple histoire d'amour rose bonbon comme dans le récit initial. Pour Cendrillon, c'est aussi l'occasion d'éclairer le futur monarque aux injustices sociales de son royaume. 

Cinderella Montréal

De jeune femme effacée et contrainte, Cendrillon apparaît ici comme une révolutionnaire au grand cœur. À la fin, elle parvient même à pardonner sa belle-mère qui regrette la manière dont elle l'a traitée. Contrairement au conte initial, ses belles-sœurs sont plus idiotes que méchantes. Cendrillon devient d'ailleurs complice avec l'une d'entre elles et va jusqu'à lui confier son secret. Son prince ne reste pas non plus confiné à son rôle initial, cherchant lui aussi à changer l'ordre des choses.

La magie toujours au rendez-vous

Si la dimension sociale et les nouveaux rebondissements de l'intrigue rendent l'histoire de Cendrillon plus captivante, la magie reste au centre du spectacle, autant dans les décors, les costumes et les éclairages. Certaines scènes sont particulièrement saisissantes comme lorsque Cendrillon se métamorphose sous nos yeux. Un véritable numéro de transformiste, reproduit pour le plus grand plaisir du public une seconde fois dans le spectacle. 

Cinderella Montréal

La colorée scène de bal fait également son petit effet, surtout lorsque Cendrillon fait son entrée, vêtue d'une magnifique robe de soirée blanche. Celle du mariage est on ne peut plus réussie, terminant le spectacle en apothéose. La lumière violette, les chandeliers et les étoiles dorées ajoutent encore plus de féerie au décor. Celui-ci change d'ailleurs à plusieurs reprises, de la forêt à la maison de Cendrillon en passant par le palais du Prince, toujours avec fluidité.

Une troupe à la hauteur

On ne retient peut-être pas tous les airs de Cinderella contrairement à d'autres chansons de comédies musicales qui deviennent vite des vers d'oreilles, mais durant le spectacle, la musique sert bien chaque tableau. Réglées au quart de tour, les chorégraphies s’enchaînent avec rythme. Les artistes ont le mérite d'être à la fois d'excellents chanteurs et danseurs, formant une troupe cohésive avec au centre une Cendrillon (Tatyana Lubov) attachante et un Prince Topher (Hayden Stanes ; Legally Blonde) amusant.

Cinderella Montréal

Les seconds rôles sont aussi délectables, comme Charlotte, la belle-sœur rigolote de Cendrillon campée par Joanna Johnson (Sister Act) ou Lord Pinkleton interprété par Vincent B. David (La Traviata) à la voix grave et puissante. Leslie Jackson (Ragtime) a également séduit le public dans son rôle de la Fée Marraine, cachée sous les traits de Crazy Marie. 

Bref, en se réinventant et s'actualisant, Cinderella permet d'encore plus apprécier ce célèbre conte qui demeure toujours aussi populaire. Drôle, magique et divertissante, on passe assurément un bon moment durant cette comédie musicale qui ne s'adresse pas qu'aux enfants !

Crédit photos: Carol Rosegg


 

Cinderella de Richard Rodgers (musique), Oscar Hammerstein (paroles et livret original) et Douglas Carter Beane (nouveau livret)

Du 18 au 23 octobre 2016

Une présentation d'evenko et Broadway Across Canada 

À la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts de Montréal

Mise en scène: Mark Brokaw ; Chorégraphies: Josh Rhodes ; Costumes: William Ivey Long ; Éclairages: Kenneth Posner ; Son: Nevin Steinberg ; Direction musicale: Charlie Reuter.

Avec: Tiffany Toh, Caity Skalski, Arnie Rodriguez, Emilie Renier, Nick Pelaccio, Lauren Monteleone, Ilda Mason, Johnny Link, Brian Liebson, Lilli Jacobs, AJ Hughes, Chloe Fox, Giovanni DiGabriele, Taylor N. Daniels, Rhaamell Burke-Missouri, Delphi Borich, Kelly Barberito, Chris Woods, Mimi Robinson, Ryan M. Hunt, Joanna Johnson, Vincent Davis, Sarah Primmer, Leslie Jackson, Hayden Stanes, Tatyana Lubov.

 

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