Critique : “Firmin et Hector – Chroniques d’Outre-Tombe” au Funambule Montmartre

Deux croquemorts un peu dandys qui chantent avec ferveur l'amour de leur beau métier et les affres de leur existence : il fallait oser ce cabaret funèbre, étrange parti-pris gothico-musical entre humour noir et chanson vieillotte.

Un drôle de duo

"Firmin et Hector sont deux croque-morts. Six pieds sous terre : c'est leur affaire."
Laurel a son Hardy. Hector (le petit accordéoniste) a son Firmin (le grand à la voix d'outre-tombe).
Les deux sont frères et assurent la continuité d'une dynastie de thanatopracteurs dont ils ont hérité bien malgré eux. Le premier, maniaque rigoureux, rêvait d'être marin (sans en avoir le pied). Le second, rêveur devant l'éternel, se voyait femme (ou du moins travesti) en dépit de la destinée familiale et des octaves caverneuses de son organe vocal.
Ils ont été choisis pour être les ambassadeurs de ce métier très utile bien qu'incompris, et sillonnent les routes afin de présenter un spectacle qui aidera les vivants à mieux l'apprécier.

Alors évidemment, on retrouve tout ce qu'on est en droit d'attendre de ces deux artistes funéraires : des lumières crépusculaire, le son d'un harmonium inquiétant, de l'humour noir, une pelle, des légendes de cimetière, et la réponse à la question éternelle : les croque-morts croquent-ils vraiment les orteils des trépassés ?

Guillaume Schleer (Hector) dans

Guillaume Schleer (Hector) dans "Firmin et Hector – Chroniques d'Outre-Tombe" au Funambule Montmartre

Cabaret funèbre

Ces Chroniques d'Outre-Tombe se veulent drôles et poétiques, déroulant une douzaine de chansons pour la plupart originales.
Les deux interprètes, Guillaume Schleer (Hector) et Valentin Stoeffler (Firmin), sont les auteurs et compositeurs de la majorité d'entre elles. L'une raconte la légende du Roi des Croque-morts, l'autre évoque avec humour la nécrophilie, ou bien encore les pieds. Si le postulat de départ de chaque chanson est inédit, on ne se laisse pas vraiment emporter par des textes sans réelle progression ni conclusion, dans lesquels ont cherche parfois la rime. Les compositions des deux comparses tirent joliment parti de leurs talents de musiciens, mais on ne ressort pas particulièrement éblouis par les mélodies ou leur interprétation.

Les deux séquences mémorables du spectacle se fondent sur deux reprises de chansons plus ou moins connues : la première, "Mais où est-ce qu'on les enterre ?" de Marie-Paule Belle, est une chanson drôle et intelligente qui nous rappelle que la mort tend à faire oublier les travers de ses victimes ; la seconde, "I Will Survive", connaît une interprétation burlesque amusante, avec faux accent Russe et rythme slave.

Valentin Stoeffler (Firmin) dans

Valentin Stoeffler (Firmin) dans "Firmin et Hector – Chroniques d'Outre-Tombe" au Funambule Montmartre

L'humour intervient par touche entre les numéros musicaux. Les calembours en constituent l'essentiel, et n'arrivent malheureusement pas à nous faire oublier que le fil rouge du spectacle est bien maigre. Comme pour les chansons, on ne sait pas très bien d'où l'on part, ni où l'on va. À peine aura-t-on appris à connaître les deux héros, sans que la pièce ne leur donne pourtant l'occasion d'évoluer ou nous toucher. 

L'entreprise est louable, mais les deux musiciens s'attèlent à une tâche un peu trop lourde pour leurs épaules : jouer la comédie, danser, se prendre pour une femme… Leurs talents de comédiens, tout comme la structure du spectacle et leurs chansons, mériteront de faire l'objet d'un travail poussé pour aboutir ce concept riche et prometteur de duo de fossoyeurs goth sortis d'un autre temps.

Photos : Igor Bartz

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Affiche de Firmin et Hector – Chroniques d'Outre-Tombe, de et avec Guillaume Schleer & Valentin Stoeffler

Du 18 octobre au 7 décembre 2016
Théâtre Funambule Montmartre
53 rue des Saules
75018 Paris 

Les mardis à 21h00 et les mercredis à 19h30 

Livret, paroles et musiques : Guillaume Schleer & Valentin Stoeffler ; mise en scène : Marco Locci ; costumes, scénographie : Camille Audouard ; lumières : Suzon Michat ; son : David Schweyer.

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