Critique : « Frankenstein Junior » à l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

Pour célébrer Halloween, l’Opéra-Théâtre de l'Eurométropole de Metz proposait la semaine dernière une comédie musicale dans le thème de l’épouvante : Frankenstein Junior. L'œuvre adaptée du film de Mel Brooks, par le réalisateur lui-même, s’est ainsi jouée en français pour quatre représentations dans la capitale lorraine. D'après l’adaptation de Stéphane Laporte de 2011, cette version dix ans après met de nouveau en scène Vincent Heden dans le rôle-titre et Valérie Zaccomer en Frau Blücher (hennissement), ainsi que les danseur.se.s et le chœur de l’Opéra de Metz.

Sous fond de parodie de cinéma d’horreur, Frankenstein Junior (ou Young Frankenstein) raconte l’histoire du Docteur Frederick Frankenstein, petit-fils du savant fou du même nom. Celui-ci ne veut rien avoir à faire avec les expériences de son ancêtre, il se dit être un scientifique respectable. Il hérite néanmoins du château familial en Transylvanie et doit s’y rendre pour régler la succession. Il va finalement s’intéresser au travail de son prédécesseur puis tenter lui aussi de ramener un cadavre à la vie.

La dernière folie de Mel Brooks à Broadway

Après son coup d’éclat avec Les Producteurs en 2001 (prévu au Théâtre de Paris en fin d’année), Mel Brooks (La Folle Histoire de l'espace ; Sacré Robin des Bois) remet le couvert en adaptant un autre de ses films. Une nouvelle fois, le réalisateur s'associe avec le librettiste Thomas Meehan (Annie ; Hairspray). En 2007 ouvre Frankenstein Junior à Broadway avec un casting de haut vol : Sutton Foster (Thoroughly Modern Millie ; Anything Goes), Andrea Martin (Pippin ; Candide), Megan Mullally (Will & Grace ; How to Succeed in Business Without Really Trying) et Roger Bart (The Frogs ; Desperate Housewives), vu également dans Les Producteurs.

Le premier essai à Broadway de Mel Brooks avait remporté un grand succès, qui s'était traduit par le record encore actuel du plus grand nombre de victoires aux Tony Awards (12 trophées en tout). Frankenstein Junior, quant à lui, peine à atteindre le même niveau d’enthousiasme général. Il reste cependant un musical drôle et dingue, à l’image de son créateur. Et ce n’est pas rien de le dire car, effectivement, qui dit Mel Brooks dit aussi son bon lot de blagues aux tendances racistes, sexistes, homophobes… Soyez prévenu.e.s !

Frankenstein est vivant à Metz !

Après My Fair Lady en 2015, l’Opéra-Théâtre de Metz offre à son public une autre comédie musicale de Broadway. Le théâtre a créé une nouvelle production de toute pièce en collaboration avec le prolifique Stéphane Laporte (Exit ; La cigale sans la fourmi). Les chanteur.se.s et danseur.se.s maison ont été mis.es à contribution pour participer au spectacle. Sur scène, la troupe comptabilise 40 artistes, en plus de la dizaine de comédien.ne.s de la distribution principale. Celle-ci est menée par Vincent Heden (Love Circus ; Salut les copains) qui incarne le rôle du jeune Frankenstein à merveille !

Il est accompagné notamment des excellent.e.s Lisa Lanteri (Gershwin Dance ; Le Petit Prince), Gregory Juppin (Chance ! ; La Vie Parisienne ...ou presque) et Valérie Zaccomer (Oliver Twist ; 31), dans une mise en scène et des chorégraphies signées respectivement par Paul-Emile Fourny (Les contes d’Hoffmann ; Faust) et Graham Erhardt-Kotowich (Paradisco ; Casse-Noisette). Les décors somptueux ont été confiés à Emmanuelle Favre (Jesus ; Priscilla, folle du désert).

Le théâtre messin gâte réellement ses visiteurs avec une production d’envergure. Outre les défauts des œuvres de Mel Brooks cités plus haut, on passe un excellent moment. L’institution a mis les moyens pour sa création avec un immense ensemble et des décors grandioses. Le laboratoire du Docteur Frankenstein est à couper le souffle.

Tout de même, une légère faiblesse à soulever qui va avec le lieu de représentation : étant une salle d’opéra, avec un chœur et un ballet prévus pour des opéras, cela se voit. Les talents des chanteur.se.s et danseur.se.s étant portés d’habitude par les œuvres lyriques, on perd parfois le côté Broadway qui cède la place au style ballet. Cela devient vraiment dommage par moments, surtout sur un numéro de claquettes typique de la grande avenue new-yorkaise comme la chanson phare du musical « Puttin’ It On The Ritz ».

Nous saluons tout de même toute la troupe qui nous offre une production formidable, d’une grande qualité. C’est une valeur sûre à aller voir si elle s’exporte dans un autre théâtre ou se rejoue à Metz. Une création « super duper » comme dirait si bien le monstre de Frankenstein. A noter : les musicals live à la télé ont toujours la côte de l’autre côté de l’Atlantique. ABC a annoncé début 2020 sa version de Frankenstein Junior ; à l’instar de La Petite Sirène en 2019 ou Rent la même année sur Fox et Jesus Christ Superstar l’année précédente sur NBC. Pas de date ni de distribution n’ont été révélées pour l’instant.


Frankenstein Junior de Mel Brooks et Thomas Meehan

Du 28 au 31 octobre 2021
à l’Opéra-Théâtre de l'Eurométropole de Metz
1 place du parlement de Metz, 57000 Metz

Livret : Mel Brooks et Thomas Meehan ; Musiques et paroles : Mel Brooks ; Adaptation : Stéphane Laporte ; Direction musicale : Aurélien Azan Zielinski ; Mise en scène : Paul-Emile Fourny ; Chorégraphie : Graham Erhardt-Kotowich ; Décors : Emmanuelle Favre ; Costumes : Dominique Louis ; Lumières : Patrice Willaume

Avec : Vincent Heden (Dr. Frederick Frankenstein), Jean-Fernand Setti (Le Monstre), Grégory Juppin (Igor), Lisa Lanteri (Inga), Léonie Renaud (Elizabeth Benning), Valérie Zaccomer (Frau Blücher), Laurent Montel (Inspecteur Hans Kemp / Dr. Victor von Frankenstein), Christian Tréguier (L’ermite), Paul Bougnotteau (Ziggy), le chœur et le ballet de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz et l’Halloween Orchestra.

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