Critique : “Les Aventures de Tom Sawyer” au Théâtre Mogador

Les Aventures de Tom Sawyer regroupe tous les ingrédients qui en font une comédie musicale familiale que Broadway n'aurait pas reniée : mise en scène dynamique, mécanique bien huilée, chansons efficaces et distribution réussie… De quoi embarquer sans plus attendre pour un voyage réjouissant sur les bords du fleuve Mississippi !

Assurément, le Théâtre Mogador est bien devenu synonyme de qualité en matière de comédies musicales. Et cela vaut même pour celles programmées en matinée et destinées à un public plus jeune. Pour preuve, le spectacle Les Aventure de Tom Sawyer, programmé à Mogador depuis le 17 février dernier. Produite par Double D Productions (La Petite fille aux allumettes ; Hansel et Gretel) sur un livret de Ludovic-Alexandre Vidal et une musique de Julien Salvia (Raiponce ; Le Prince et le Pauvre), cette création française nous plonge avec brio au cœur de l'Amérique du 19e siècle et de la vie mouvementée du jeune Tom Sawyer, un personnage né sous la plume de Mark Twain en 1876 et dont les aventures ont ensuite été adaptées au cinéma et en dessin animé.

Dans sa version musicale, Tom Sawyer, jeune orphelin éperdu d'aventures et de liberté recueilli avec son frère Sid par sa tante Polly suite au décès de ses parents, assiste bien malgré lui à un meurtre dans un cimetière aux côtés de son ami, l'intrépide Huckleberry Finn. Suite à cet événement, dans la petite ville de Saint Petersburg située sur les bords du Mississippi, c'est l'effervescence ; le blâme est immédiatement jeté sur Muff Potter, l'alcoolique du village, alors que le coupable n'est autre que le redoutable Joe l'Indien. Dès lors, Tom n'aura de cesse de vouloir faire éclater la vérité au grand jour tout en essayant de sauver sa propre vie et de préserver son amitié entachée par ce lourd secret avec Huck et la jolie Becky Thatcher…

Une plongée réussie sur les bords du Mississippi

Le tout est délicieusement régressif et magistralement mené. Les décors minimalistes d'Eric Klatt, composés principalement de toiles peintes en fond de scène et de quelques panneaux de bois amovibles, ainsi que la mise en scène millimétrée et sans temps mort de David Rozen parviennent véritablement à nous plonger au cœur de l'ambiance colorée et rustique de cette Amérique de 1848, nous faisant passer aussi bien du radeau d'Huckleberry Finn voguant le long du Mississippi à la maison de Tante Polly en passant par l’Église du village, un cabaret, une sinistre maison hantée, un cimetière ou encore une grotte particulièrement réussie.

Côté musique, lorsque résonnent les premières notes, on se surprend à regarder où se trouve l'orchestre. Et pourtant, l'orchestration signée Larry Blank et Antoine Lefort enregistrée avec l'orchestre des Frivolités Parisiennes n'est diffusée que sur bande-son… Force est de constater que loin de faire perdre de la force au show, cela sonne plutôt très bien. De manière générale, si certains thèmes musicaux récurrents rendent parfois difficile la différenciation des morceaux, les sonorités "à la Broadway" sont efficaces et toujours fidèles à l'esprit et à l'ambiance entourant les aventures du jeune Tom. Quant aux chorégraphies de Johan Nus, elles sont habilement amenées tout au long de l'histoire et réalisées avec talent par toute la troupe, notamment lors des très entraînantes chansons d'ensemble.

En ce qui concerne enfin la distribution, son homogénéité est remarquable et les dialogues et gestes fusent avec fluidité entre chaque interprète. Mention spéciale à Harry Hamaoui et son interprétation touchante et brillante d'Huckleberry Finn, ainsi qu'à Marion Préïté (Next Thing you know), émouvante et vocalement bluffante en Tante Polly. Sans oublier Jimmy Costa-Savelli, qui campe un Tom Sawyer espiègle et pétillant.

Message universel

Lors de la générale de presse du 21 février dernier, tout le monde semblait captivé par cette histoire qui, loin que n'être qu'une fable légère pour enfants, embrasse des thèmes aussi touchants et universels que l'amitié, la différence, la liberté et le respect de l'autre. En suivant la quête initiatique du personnage principal, les nombreux enfants présents dans la salle n'ont pas manqué de réagir, y allant de leurs éclats de rire ou de leurs commentaires, curieux d'en savoir toujours plus sur ce Tom Sawyer que leurs parents ont l'air de connaître si bien… Mais le livret particulièrement fin et ciselé touche également les plus grands, dont certains n'ont d'ailleurs pas manqué de verser une petite larme lors du final. Le tout fait véritablement des Aventures de Tom Sawyer un spectacle grand public au sens le plus large et noble du terme. Les applaudissements à la fin du show ont d'ailleurs été très nourris et lors des saluts, de manière tout à fait spontanée, une voix enfantine s'est élevée pour lancer un tonitruant : "Bien joué !" Tout est dit.

Crédit photos : Maxime Guerville


Les Aventures de Tom Sawyer

Du 17 février au 6 mai 2018 au Théâtre Mogador
25 Rue de Mogador, 75009 Paris
Tous les dimanches à 11h, et du lundi au jeudi à 14h et le samedi à 11h pendant les vacances de février et d'avril.

Durée : 1h35

Musique : Julien Salvia ; Livret et paroles : Ludovic-Alexandre Vidal ; Mise en scène : David Rozen ; Orchestrations : Larry Blank et Antoine Lefort, Lumières : Alex Decain, Chorégraphies : Johan Nus, Son : Stéphane Goldszstejn, Orchestre :  Les Frivolités parisiennes ; Scénographie et accessoires : Juliette Azzopardi ; Décors : Eric Klatt et les Mécanos de la Générale ; Costumes : Jackie Tadéoni ; Maquillage et perruques : Caroline Bitu ; VIsuel : David Kawena

Avec : Jimmy Costa-Savelli, Olivia Masseron, Harry Hamaoui, Antoine Beauraing, Megan Bonsard, Vincent Escure, Joseph Laurent, Bastien Gabriel et Marion Préïté.

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