Critique : Magali Ripoll dans “Départ 08h08” à l’Apollo Théâtre

Magali Ripoll s'installe sur la scène de l'Apollo Théâtre et nous offre, dans un grand pot-pourri musical, une histoire fantasmée des cent dernières années.

Prisonnière d'un hall de gare où le temps s'est figé pour l'éternité à 08h08, Magali est un fantôme musicien qui voit défiler les voyageurs et les décennies. Avec la complicité du public, elle se rêve en chansons une vie rocambolesque qui l'entraîne dans un tour du monde improbable, côtoyant les plus grandes figures historiques et artistiques — Pablo Escobar, Neslon Mandela, Jean-Luc Godard… — et menant mille vies toutes plus extraordinaires les unes que les autres.

Chanteuse multi-instrumentiste bien connue des téléspectateurs de France 2 (on la retrouve quotidiennement dans l'émission N'oubliez pas les paroles présentée par Nagui), Magali Ripoll se lance dans l'exercice périlleux du seul en scène musical. Elle s'entoure pour cela de Gérard Pullicino (réalisateur de l'émission qui l'a révélée au grand public) et Zoe Pullicino, duo auquel on doit la version française de Forever Young, et s'attache la complicité de Michel Jonasz dont la voix intervient au début et à la fin du spectacle. 

Si l'on découvre tout d'abord une scénographie séduisante qui nous dépose sur le quai d'une gare dans les années 1940, on réalise bien vite que le voyage musical promis n'aura pas le charme escompté…
Les différentes vies fantasmées de Magali s'enchaînent dans une linéarité dépourvue de tout enjeu. On essaie de se laisser embarquer, mais on reste à quai : les séquences se succèdent sans nous toucher, et en ne nous décrochant qu'à de rares occasions un sourire. Le principal ressort comique du spectacle consiste à montrer cette jeune femme énergique dans des styles musicaux aussi éclectiques qu'incompatibles.

Magali Ripoll dans

De vie en vie, l'artiste enchaîne les medleys fourre-tout dans lesquels les chansons ne sont que l'illustration très convenue de thèmes génériques et banals. Sans étincelle créative, ces successions de chansons françaises (empruntant à Jean-Jacques Goldman comme à Patrick Sébastien) et de tubes internationaux (de ABBA au trop entendu "Despacito") opèrent au détriment du rythme et de la musicalité dans des compilations souvent maladroites.
On est en réalité face à une revue jukebox gauche qui relève plus du karaoké que du spectacle. Bien que Magali Ripoll s'accompagne (avec brio) au clavier et à l'accordéon, les arrangements sont plombés par des bandes sons préenregistrées d'assez mauvais goût. L'effet karaoké est si total qu'une partie du public, qui prend néanmoins un plaisir sincère à entendre tous ces airs bien connus, reprend de lui-même certains d'entre eux à l'unisson avec l'interprète.

Départ 08h08 se termine malheureusement sur une note crispante, quand les deux auteurs abordent, au travers d'un revirement de l'intrigue sans surprise (on le voit arriver de loin), le sujet délicat de la déportation… une faute de goût qu'on ne leur pardonne pas tant le registre grave de ce thème, amené sans subtilité et sans construction dramatique pertinente, entre en conflit avec la légèreté et la gratuité de tout le spectacle.

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Départ 08h08 (Magali Ripoll)Départ 08:08, avec Magali Ripoll

À l'Apollo Théâtre
18 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris
Du  12 septembre au 27 décembre 2017
Le mardi à 21h30 et le mercredi à 20h00

Avec : Magali Ripoll et la voix de Michel Jonasz.

Livret : Gérard Pullicino & Zoé Pullicino ; mise en scène : Marie Guibourt et Gérard Pullicino ; arrangements musicaux : Magali Ripoll et Antoine Mollard ; costumes : Isabelle Pasquier.

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