Critique : “The Wild Party” à Londres

Pour l’inauguration du Saint James Theatre, récemment acheté par Andrew Lloyd Weber et rebaptisé The Other Palace, une œuvre inédite en Europe de Michael John Lachiusa nous est présentée dans une version toute nouvelle, brillamment mise en scène et chorégraphiée par Drew McOnie (In The Heights).

The Wild Party est basé sur une série de poèmes de Joseph Moncure March.  Ses poèmes narratifs sont, tellement controversés qu’ils ont été bannis dans certaines parties des États-Unis.

Un spectacle sur la décadence et la prohibition

Traitant de la décadence pendant la prohibition à travers un kaléidoscope aux multiples personnages, le livret de George C. Wolfe s'articule autour de la désintégration d’un couple qui organise une "party" autour d’un baignoire et de la promiscuité sexuelle, où le gin et la cocaïne sont en abondance, et où l’orgie qui en découle se termine en tragédie. 

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Un échec à Broadway en 2000 puis Off-Broadway avec Idina Menzel

La production originale de The Wild Party à Broadway en 2000 a eu pour tête d’affiche le grand Mandy Patinkin (Sunday in the Park with George à Broadway, Homeland à la télévision et Yentl au cinéma) , la merveilleuse Toni Collette (Murielle) et la légendaire Eartha Kitt. Malgré des nominations dans la plupart des catégories, il n'a remporté aucun Tony Award et il a fermé ses portes au bout de 36 avant-première et seulement 68 représentations.  La chorégraphie et la mise en scène étaient alors signées Joey McKneely, actuellement responsable de la chorégraphie de West Side Story à travers le monde. 

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Ironiquement, une autre version musicale avait aussi ouvert Off-Broadway durant la même saison, avec une jeune Idina Menzel (Wicked ; Rent) wr une partition de Andrew Lippa. Malgré un similaire échec, des extraits de The Wild Party sont très souvent repris notamment par des artistes de cabaret à travers le monde. La compagnie 27 Saville présentera d'ailleurs sa version française en avril prochain à Paris.

Et la version West End, que vaut-elle ?

Même si, à l’instar de Chicago, le musical est présenté comme une série de sketchs de « vaudeville », les chansons de Lachiusa sont moins faciles à sortir de leur contexte que celles de Lippa. Dans cette nouvelle production londonienne, elles prennent une dimension envoutante, constituant une rare exemple d’une partition de Broadway contemporaine authentiquement "jazzy".   

Les décors de Soutra Gilmour, les costumes supervisés par Chris Cahill et les lumières de Richard Howell contribuent à l’aspect hypnotique et toujours esthétique de cette "party" décadente.  La richesse de ce spectacle est telle qu’un regard égaré en dehors de l’action vous fera découvrir d’autres choses intéressantes dans l’ombre, notamment les duos chorégraphiés à la Bob Fosse des D’Armano Brothers, interpretés par Gloria Obianyo et Genesis Lynca dont l’identité sexuelle reste vague.

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Une distribution londonienne irréprochable

Tiffany Graves sort du lot de cette distribution impressionnante dans le rôle de Madeleine, une lesbienne dont l’objet de ses désirs semble détaché de la réalité.  Dex Lee est également impressionnant dans le rôle de Jackie même son personnage est moins clairement défini, et l’excellente Vitoria Hamilton-Barritt (tête d'affiche du premier Flashdance à Londres et vue récemment dans Gypsy, A Chorus Line et In The Heights) campe une irrésistible Kate. 

Simon Thomas est d’une grande séduction dans le rôle de Black, et John Owen-Jones (le plus jeune acteur qui a joué Jean Valjean dans Les Misérables à 26 ans) succède avec succès a Patinkin dans le rôle de Burrs, non sans rappeler le personnage de Mr Cellophane de Chicago.
Mais les deux stars de la soirée sont indiscutablement Frances Ruffelle,la toute première Fantine dans Les Misérables, interprétant le rôle principal de Queenie (qui n’est pas sans rappeller Roxie Hart qu’elle a joué longtemps dans Chicago), et la légendaire Donna McKechnie (la toute première Cassie dans The Chorus Line) qui reprend le flambeau d’Eartha Kitt dans le rôle de Dolores Montoya, l’amie rivale vieillissante de Queenie. S’appropriant entièrement le rôle, elle tient le public dans la paume de ses mains durant ses deux solos, « Moving Uptown » et « When It Ends ».

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Sa présence cautionne la continuité entre l’âge d’or et le nouveau Broadway, tout comme le fait la choréographie et la mise en scène intelligentes de Drew McOnie qui, à l’occasion d’une version de Chicago à Leicester, nous avait déjà montré à quel point il excellait dans le vocabulaire jazz des années 30.

Même si le livret de George C Wolfe n'est pas toujours clair et si l'action narrative se concentre plus sur le second acte, cette "Wild Party" n'est a manquer sous aucun prétexte, ne serait-ce que pour sa distribution brillante, la richesse de la partition et l"inventivité de la chorégraphie. Si la vocation de The Other Palace est de présenter des oeuvres nouvelles ou anciennes que les impératifs commerciaux empêchent d'avoir une vie dans le West End, cette oeuvre est décidément un très beau choix d'ouverture à consommer sans modération jusqu'au 1 avril.

Crédit photos : Scott Rylander


The Wild Party

À Londres au The Other Palace
Jusqu'au 1er avril 2017

Mise en scène et chorégraphies : Drew McOnie

Avec : John Owen Jones, Frances Ruffelle, Victoria Hamilton-Barritt, Donna McKechnie

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