Critique : “Urbex Romance” au Théâtre Essaïon

La cave du Théâtre Essaïon est depuis quelques dimanches la porte d'entrée des catacombes (et un ascenseur vers les toits parisiens) grâce à un spectacle musical discret au parti pris original. Une petit surprise charmante en forme de conte pour adultes !

Urbex Romance

Urbex (pour urban exploration), c'est l'activité qui consiste à explorer des lieux construits par l'homme, en général interdits d'accès ou tout du moins cachés.
Romance, c'est celle qui va naître de la rencontre de deux oiseaux de nuits qui vivent à des altitudes diamétralement opposées.
Zig Zig Zebra (Agnès Sighicelli) est cataphile : elle s'est réfugiée dans la profondeur des catacombes il y a treize ans, suite à un meurtre qu'elle croit avoir commis, laissant derrière elle deux enfants placés par la DDAS chez un couple vénal. Sous-terre, elle est la patrone d'une taverne clandestine qui lui permet de gagner sa vie.
Neck Mergitur (Guillaume Edé) est toiturophile : il vit sur les toits de la capitale, et travaille pour Javert, un entrepreneur de la nuit prêt à tout pour récupérer le troquet de la marginale.
Neck doit la vie à Zig. Zig s'apprête à retrouver ses enfants, qui fêtent leur majorité. Javert donne les pleins pouvoirs à Neck pour déloger Zig.
Leurs destins sont liés, et tout va se jouer en une nuit de course-poursuite à travers les lieux insolites du Paris secret.

Guillaume Edé et Agnès Sighicelli dans

Guillaume Edé et Agnès Sighicelli dans "Urbex Romance"

Un conte moderne

Passée une chanson introductive perplexante, on découvre une œuvre séduisante aux multiples qualités. Les personnages sont embarqués dans une histoire écrite avec beaucoup de maîtrise, et qui réjouit par sa capacité à saisir notre intérêt et notre imagination ! Alors que de nombreux autres spectacles n'essaient même pas de nous tenir en haleine, Urbex Romance réussit l'exploit de nous offrir de véritables enjeux : une action captivante, qui nous entraîne des tréfonds du sol parisien aux sommets des toitures de zinc, le tout culminant avec une exploration haletante des travées des catacombes où l'intrigue se dénoue.

Si les thèmes et l'univers de la pièce sauront d'avantage parler à un public adulte, ils satisfont néanmoins à tous les codes qui font la réussite des contes traditionnels de Perrault ou Andersen : un cadre propre à développer des images oniriques ; des personnages bons aux prises avec de terribles circonstances ; un méchant qu'on aime détester ; des touches de fantastique, et un dénouement plein de poésie.
Pour étoffer leur texte, les deux interprètes-auteurs l'ont émaillé d'anecdotes et histoires réelles traitées comme des légendes urbaines modernes fantasmées : il est question de rave-parties, de stars du show-biz qui s'offrent le frisson des soirées clandestines, d'enfants devenus bien trop matérialistes, et même d'œuvres de Banksy…

Agnès Sighicelli dans

Autant que les thèmes qu'ils abordent, livrets et paroles de la pièce sont résolument modernes : le vocabulaire est urbain, les images sont ancrées dans la ville et notre époque, dans une forme poétique qui rend hommage au Paris qu'on ne voit pas. Le texte parlé flirte régulièrement avec le spoken word (cousin du slam), et certaines chansons bénéficient à ce titre de paroles superbes qui nous démontrent, une fois de plus, qu'une petite salle et une troupe méconnues peuvent offrir de magnifiques moments de théâtre musical.
Deux musiciens (JeanLou Descamps et Yann Lambotte) se partagent guitare, basse, violon et percussions pour donner vie aux atmosphères musicales et à une partition rock qui se teinte de consonances orientales.
Les voix sont jolies, et collent parfaitement à ces personnages farouches éprouvés par l'existence.

Agnès Sighicelli et Guillaume Edé dans

Agnès Sighicelli et Guillaume Edé dans "Urbex Romance"

Si l'on pourrait reprocher à la mise en scène de rester trop statique (la narration, comme dans de nombreux contes, l'emporte sur l'action), elle est néanmoins servie par une scénographie simple qui crée de belles images à l'aide de moyens limités, avec le soutien de quelques vidéos.

Faites comme Zig Zig Zebra, entraînée sur l'affiche du spectacle par Neck Mergitur dans une course effrénée au faîte des immeubles, et allez découvrir Urbex Romance. Nous vous le promettons : c'est une comédie musicale qui émerveillera toutes celles et ceux qui ont gardé l'âme rêveuse.

Photos : Jean François Deroubaix

Réserver


Affiche de Urbex Romance, de et avec Agnès Sighicelli et Guillaume Edé

Du 2 octobre au 18 décembre 2016
Théâtre Essaïon
6 rue Pierre au Lard
75004 Paris 

Tous les dimanches à 18h30 

Livret et paroles : Agnès Sighicelli et Guillaume Edé ; musique : JeanLou Descamps et Yann Lambotte ; mise en scène et collaboration à la dramaturgie : Youlia Zimina ; scénographie : Liina Keevallik ; lumière : Félix Gane ; vidéo : Ugo Gasiglia.

Avec : Agnès Sighicelli et Guillaume Edé.  Musiciens : JeanLou Descamps et Yann Lambotte.

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire

Vous devez être Connecté pour poster un commentaire. Pas encore inscrit ? Cliquez-ici.