Critique : “Les Misérables” de Tom Hooper, au cinéma le 13 février 2013

Critique : "Les Misérables" de Tom Hooper, au cinéma le 13 février 2013La sortie en France en ce début 2013 de la version cinématographique de la comédie musicale Les Misérables est un événement. Quelques 23 années après les premières représentations parisiennes de la pièce musicale – entièrement chantée – de Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil, c'est le réalisateur anglais Tom Hooper, récemment courroné du succès du Discours d'un Roi, qui a le privilège, aussi immense que les espérances provoquées, de signer cette adaptation tant attendue.

[ Pour lire notre entretien avec Cameron Mackintosh, producteur de l'adaptation cinématographique des Misérables et de nombreuses comédies musicales à travers le monde, cliquez ici ]

"Les Misérables" de Tom Hooper, au cinéma le 13 février 2013

Associé aux Misérables, le réalisateur ne reste néanmoins qu'une signature marketing. En effet, Tom Hooper n'est crédité sur l'affiche du film que par la mention anonyme "par le réalisateur oscarisé du film Le Discours d'un Roi". On sait que le projet d'adaptation de la comédie musicale basée sur le roman de Victor Hugo, dans les cartons depuis 1988, sous l'impulsion d'Alan Parker, est passé de mains en mains et a finalement réussi à voir le jour sous la production de Cameron Mackintosh. À grand renfort d'effets visuels spectaculaires (la scène du bagne, les vues des toits de Paris, les barricades...), la réalisation s'attache à capturer l'essence des personnages et se caractérise par quelques plans séquences poignants.

"Les Misérables" de Tom Hooper, au cinéma le 13 février 2013

Dès l'ouverture, qui marque la première confrontation entre Valjean et Javert, le ton magistral du film est donné. Décors, mouvements de caméra, son étourdissant, tous les éléments semblent réunis pour réussir ce passage sur pellicule. Les difficultés sont pourtant nombreuses, la première étant sûrement la forme du musical, qui a été respectée à quelques libertés près. La partition, presque opératique tant les thèmes sont récurrents et les airs aussi longs que des dialogues chantés, a connu des modifications que l'on pourra qualifier de mineures. L'intégralité est ainsi quasiment restituée et même si les puristes noteront quelques inversions, ils salueront sûrement l'effort de préserver l'œuvre initiale de coupes trop franches comme c'est très souvent le cas pour les besoin d'un format cinématographique.

"Les Misérables" de Tom Hooper, au cinéma le 13 février 2013

L'émotion, presque intacte, est donc au rendez-vous. Pourtant, Hugh Jackman (X-Men ; Le Prestige), habituellement aussi parfait dans des rôles d'action que dans des personnages plus nuancés (on se souvient de sa flamboyante interprétation sur scène dans The Boy From Oz ou son Curly très convainquant de Oklahoma!) ne parvient pas à créer le Valjean que l'on pourrait attendre de lui. Si physiquement et dans son jeu l'acteur australien bluffe par tant de métamorphoses, c'est dans son chant que l'on perçoit une technique surprenante tendant à allonger de manière exagérée chaque fin de vers, l'accompagnant systématiquement d'un agaçant vibrato... N'est pas Colm Wilkinson ou John Owen-Jones [NDLR : respectivement créateur du rôle en anglais en 1985 et plus jeune interprète à l'avoir endossé en 1998 ] qui veut. Jackman retombe cependant dans une certaine sobriété pour l'émouvante ballade écrite spécialement pour le film, "Suddenly". La surprise vient donc des autres interprètes qui incarnent parfaitement les personnages emblématiques de cette saga.

"Les Misérables" de Tom Hooper, au cinéma le 13 février 2013

Anne Hathaway (Princesse malgré elle ; Le diable s'habille en Prada) est sublime. Elle fait une Fantine des plus touchantes. La ballade "I Dreamed A Dream" est une véritable leçon de chant et de comédie. En une seule séquence, en plan très rapproché, l'actrice parvient à faire passer un sentiment progressif qui fait peut-être de la tragique déchéance de Fantine un des plus beaux passages du film. En inspecteur Javert, Russel Crowe (Gladiator ; Un Homme d'exception) parvient également à tenir le haut de l'affiche avec talent. Souligné par de vertigineux angles de caméra sur la pointe des toits de Paris, son solo "Stars" est une totale réussite.
Le jeune premier Marius est également une des surprises de la distribution : Eddie Redmayne passe grâcieusement du théâtre au cinéma musical. Loin des têtes d'affiches hollywoodiennes, les seconds rôles, interprétés pas des artistes du West End ou de Broadway, comme Samantha Barks en Eponine ou Aaron Tveit en Enjolras, respectent le cahier des charges à la perfection et sont sans conteste les meilleurs chanteurs de la distribution. Les Thénardier, incarnés par le couple très "Sweeney Toddesque" Sacha Baron Cohen (Borat ; Bruno) et Helena Bonham Carter (Fight Club ; Harry Potter), forment, comme dans le musical, le seul ressort comique de l'œuvre et s'amusent sûrement autant qu'ils nous amusent. La crudité de certaines scènes dans l'auberge des Thénardier souligne la violence graphique générale du film, dans lequel le réalisme de la maladie, de la saleté et de la souffrance en général est poussé à son comble et n'est nullement édulcoré pour le grand écran.

"Les Misérables" de Tom Hooper, au cinéma le 13 février 2013

D'une fidélité appréciable et malgré une distribution inégale, cette adaptation est comme une luxueuse brochure souvenir pour les amoureux du célèbre musical. On doute, en revanche, qu'elle permette de conquérir un nouveau public. Les curieux, les amateurs de littérature ou d'Histoire risquent d'être troublés dans leurs répères face à cette œuvre musicale épique. Difficile en tout cas de ne pas quitter la salle les yeux humides en fredonnant "Do you hear the people sing..."


Les Misérables, de Tom Hooper

Musique : Claude-Michel Schönberg, paroles : Alain Boublil, Herbert Kretzmer.

Production : Tim Bevan, Eric Fellner, Debra Hayward, Cameron Mackintosh

Scénario : William Nicholson, Alain Boublil, Claude-Michel Schönberg, Herbert Kretzmer

Cinématographie : Danny Cohen, montage : Melanie Ann Oliver, Chris Dickens

Avec : Hugh Jackman, Russel Crowe, Anne Hathaway, Amanda Seyfried, Sacha Baron Cohen, Helena Bonham Carter, Eddie Redmayne, Aaron Tveit, Samantha Barks, Daniel Huttlestone

Durée : 158 mn

2 réponses

  1. Chris
    J'ai vu le film mercredi. Pas simple de ne pas comparer avec les 2 versions sceniques si marquantes mais je vais essayer. Si je ne juge que le film en tant que tel c'est un très bon film. Pour moi ça ne vaut pas les versions scene mais ça je m'en doutais. Je pense que ça n'est pas un chef d'oeuvre mais un très bon film. Les plus : Hugh Jackman (hormis une chanson), Anne Hathaway, l'ouverture plutôt réussie même si on entend pas le début des bagnards, le final, le soliloquy de Valjean, Do you Hear the people sing, Gavroche est plus présent que sur scene, le Confrontation Valjean Javert. Et la révélation du film : Eddie Redmayne qui est très très bon (la production du film aurait du le pousser davantage pour une nomination aux oscars. Il ne l'aurait pas volé !) J'y suis allé avec une appréhension sur ce qui a fait tant parler : les gros plans pendant les solos. Je n'ai pas vu où etait le problème. Ils ne sont pas si flagrants que ça hormis sur I dreamed a dream et 3 ou 4 chansons et surtout ne m'ont pas genés. Tout au plus 1 ou 2 autres plans sur Hathaway durant IDAD n'aurait ps ét de trop. J'ai trouvé le film très bon jusqu'au début du "2ème acte" (Do you hear the people sing) Les moins : après "Do you hear the people sing", il y'a le passage des barricades qui est un peu cheap et helas trop long . Il faut dire que cette partie des Misérables n'a jamais été ma préférée. Bref en gros la dernière heure du film est un peu poussive malgré quelques bon moments. Dans les moins il y'a aussi le Bring Him Home de Jackman auquel je n'ai pas trop accroché. enfin je suis assez reservé sur Russel Crowe malgré quelques moments honorables de sa part ce qui est très dommage car sans un grand Javert il manque quelque chose au film. Que dire d'autres : One day more est moins puissant mais provoque toujours tout de même quelque chose. Certaines critiques disent "mise en scene étriquée" : sur la première moitié du film ça n'est pas ressenti. Sur la seconde, mouai un peu mais enfin bon... Pour conclure : allez y ! Et si vous detestez les comédies musicales n'y allez pas ou alors avant d'aller voir le film, écoutez un peu sur le net des versions des Misérables, je pense que c'est mieux.
  2. Phantomette
    Malheureusement, je ne partage absolument pas le point de vue du commentaire précédent. J'ai été vraiment très, très déçue en allant voir ce film hier soir. L'attendant depuis un an et demi, j'étais pourtant enthousiaste et conquise d'avance. Mais j'ai vite déchanté (c'est le cas de le dire): je n'ai rien à reprocher à la musique qui reste la partition qu'on connaît. Mais quelle idée de faire chanter "en direct" les acteurs?? Absolument aucune émotion ne s'en dégage, en particulier pour le "I dreamed a dream" d'Anne Attaway. Russel Crowe récite bien sa leçon, et ferait sensation au spectacle de fin d'année de l'école, mais enfin Javert, un peu de conviction!! Et que dire de cette façon de filmer horripilante: M. Tom Hooper ne sait-il pas se servir de sa caméra pour dézoomer, ou veut-il faire un making off spécial points noirs? Que c'est agaçant, voire frustrant, de ne voir que le visage des personnages pendant 2h, quand on pense aux millions qu'ont du coûter les décors. Heureusement Samantha Barks et Edy Redmayne remonte le niveau, mais trop tard! Selon moi, une comédie musicale fait passer les sentiments par les voix et les chants, qui ne sont pas du tout au niveau ici, et ce n'est certainement pas ce film qui va faire aimer au public français les comédies musicales, et je le regrette sincèrement. Si vous appréciez déjà ce musical, épargnez-vous la peine d'aller voir ce film, qui n'est que brouillon et gâchis, et repassez-vous plutôt le CD de la version broadway.

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