Critique : “Carmen la Cubana” au Théâtre du Châtelet jusqu’au 30 avril 2016

Critique : "Carmen la Cubana" au Théâtre du Châtelet jusqu’au 30 avril 2016Le Théâtre du Châtelet propose, comme il l’annonce, la "première comédie musicale cubaine" : Carmen la Cubana, coproduit en première mondiale avec la société allemande de spectacles BB Promotion (qui avait coproduit West Side Story, et qui produit également Ballet Revolucion actuellement à Paris). L’œuvre est une adaptation de Carmen Jones, le musical d’Oscar Hammerstein, lui-même adapté de l’opéra de Georges Bizet. Le spectacle est en espagnol avec surtitres. 

Carmen, l’un des opéras les plus joués dans le monde, fut créé en 1875 à Paris à l’Opéra Comique, sur une musique de Georges Bizet, un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy (à l’époque les spécialistes de l’opérette) qui s’inspire de Carmen, une nouvelle écrite par Mérimée. 
 
On ne reviendra pas ici dans les détails du récit de Carmen, la roturière bohémienne qui dans l’opéra de Bizet travaille dans une cigarière du côté de Séville. Se faisant arrêter suite à une querelle, elle promet son amour au brigadier Don José, fiancé à Michaela, s’il lui permet de prendre la fuite. Retrouvant Carmen un peu plus tard, José qui a désobéi à la loi pour Carmen est de plus en plus dévoré par son amour et sa jalousie. Mais Carmen entre temps a déjà trouvé son nouvel amant, le torero Escamillo. Désespéré et meurtri, José poignarde Carmen qu’il ne peut se résoudre à voir dans les bras d’un autre. 
 
Le musical écrit par Oscar Hammerstein replace la même trame durant la seconde guerre mondiale, où Carmen travaille dans une fabrique de parachutes et séduit un militaire, mais finit dans les bras d’un boxeur célèbre. La musique du musical est une tentative d’évolution de la musique de Georges Bizet. 
 
Le nouveau spectacle proposé par le Théâtre du Châtelet est une nouvelle adaptation qui replace l’action à Cuba. L’usine de parachutes est alors redevenue une usine à cigares, mais l’on garde le boxeur de la version américaine, en replaçant le tout non pas lors de la seconde guerre mondiale, mais au moment de la révolution cubaine. Là encore, la musique est une réorchestration de celle de Georges Bizet. Toutes les lignes mélodiques sont conservées, avec des rythmes qui deviennent syncopés, des instruments à corde remplacés par des cuivres, et une avalanche de congas, bongos, et autres percussions à connotation cubaine. 
 
 
Il faut toutefois saluer l’excellent travail du chorégraphe Christopher Renshaw et des danseurs qui offrent un spectacle de danses cubaines époustouflant durant plus de deux heures. La prestation de Luna Manzanares en Carmen est à la hauteur, avec une voix et un charme qui ne laissent pas indifférent. Les deux rôles masculins interprétés par Joel Prieto (José) et Joaquin Garcia Mejias (El Nino) donnent le change. Mais en dépit de leurs qualités vocales, on regrette que leurs récitatifs soient les plus mal adaptés au répertoire cubain avec un décalage trop souvent marqué entre leurs voix lyriques et les réorchestrations. Certains arias, ou chansons, donnent parfois un sentiment désagréable de concert d’une salade opéra-variété à la "sauce André Rieu". 
 
Le fameux Andante écrit par Bizet est fidèlement retrouvé à l’acte un et tout au long de l’œuvre. Cependant ici, il ne parvient pas à faire naître le sentiment de tristesse et de fatalité qu’on retrouve dans l’opéra à la fin, et la scène de meurtre qui nous est proposée entre deux salsas a du mal à nous émouvoir un tant soit peu. L’opéra de Bizet, malgré tous les arias enjoués et rythmés, joue habilement de la fatalité imposée à José pour apporter de l’émotion au second acte, alors que celle-ci disparaît dans le musical cubain. De la même façon, la tentative de représentation de la Révolution Cubaine dans le livret à l’ouverture du second acte, sensée sensibiliser le public, ne s’intègre pas du tout dans l’œuvre, et c’est plutôt un simple rappel historique par projection vidéo qui est servi sans aucun impact sur l’histoire ou les personnages. 
 
Nous sommes restés dubitatifs devant cette version de Carmen. Un spectacle divertissant, des artistes au grand talent, une troupe à l’énergie débordante, desservis par une musique qui tente d’adapter des mélodies connues de tous à un nouveau répertoire cubain en y ajoutant ci et là percussions et cuivres, et par un livret qui perd en substance, et pioche des idées dans la version française et américaine de cette histoire, sans oser livrer de message sur la culture cubaine. Il ne fait aucun doute qu’on suit les chorégraphies avec un grand plaisir, mais on regrette une alchimie malheureuse qui ne parvient pas à nous émouvoir, et à faire de ce spectacle une véritable création à part entière. 

Carmen la Cubana
D'après Carmen de Bizet

du 12 Avril au 30 Avril 2016

Au théâtre du Chatelet
Place du Chatelet
75001 Paris

Direction musicale : Manny Schvartzman, Orchestration et arrangements : Alex Lacamoire, Conception et mise en scène : Christopher Renshaw

Avec Luna Manzanares, Joel Prieto, Albita, Raquel Camarinha, Joaquín García Mejías, Eman Xor Oña, Eileen Faxas, Nyseli Vega, Tony Chiroldes, Cedric Leiba, Jr.

 

0 réponses

  1. […] Bergère, et Flashdance fait une halte parisienne au milieu de sa tournée. Nous voyons pour vous Carmen la Cubana au Châtelet, ainsi que L'Opéra de Quat' Sous en tournée à travers la France. Signe que l'année […]

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