Critique : “Cirkopolis” au Théâtre Maisonneuve de Montréal

Acclamée en Europe et aux États-Unis, la nouvelle production du Cirque Éloize arrive enfin au Canada, prenant d’assaut le Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, qui célèbre justement ses 50 ans d’existence. Un spectacle où les arts du cirque sont bien sûr à l’honneur, mêlés au théâtre et à la danse qui occupent aussi une place de choix.

Depuis sa création aux Îles-de-la-Madeleine en 1993, le Cirque Éloize a parcouru le monde avec comme mission de réinventer le cirque en lui donnant une voix nouvelle. Cirkopolis accomplit brillamment cette quête, dépassant les prouesses acrobatiques pour prendre une forme artistique à part entière. Certes, les numéros de roue allemande, jonglage et corde aérienne fascinent toujours autant, mais deviennent vraiment intéressants dans la réinterprétation qui en est faite. Car Cirkopolis utilise les disciplines du cirque comme vecteurs de fantaisie et d’amusement ; des arts libérateurs face à une vie monotone.

Dans la ville austère et impersonnelle du spectacle où les travailleurs sont à l’image des engrenages géants projetés sur scène, l’ambiance est bien grise et triste. Puis, comme une incursion inattendue dans ce monde sans surprises qui n’est pas sans rappeler celui du film Metropolis, des brins de folie font leur apparition. Peu à peu, la ville-usine vole en éclats ; l’intrépidité et les émotions prennent le dessus avec des tableaux pétillants et pleins d’humour.

Le travailleur solitaire et désabusé du début se retrouve entouré par ses camarades, chacun excellant à dépasser les limites de son corps, à travers les chorégraphies saisissantes de Dave St-Pierre. Le jeune fonctionnaire est lui-même entraîné vers des situations cocasses, comme dans le numéro du porte-manteau où il s’entiche d’une robe suspendue à un cintre.

La sensualité et la candeur trouvent aussi leur chemin dans ce monde mécanisé. Véritable virtuose de la roue Cyr, l’artiste américaine Angelica Bongiovonni est épatante, toute vêtue de rouge. Et que dire de la contorsionniste Myriam Deraiche, soulevée par les hommes de la troupe, dans un numéro très émouvant et impressionnant ! C’est simple, à lui seul, il permet d’éclipser certains moments du spectacle moins réussis, comme la séquence finale trop appuyée.

La musique, parfois agressante pour servir le propos, participe à d’autres moments à la frénésie recherchée ou le romantisme onirique de la pièce. Quelques chansons ont aussi été sélectionnées pour accompagner les numéros. Belle surprise par exemple d’entendre Pascale Picard chanter "Stronger Every Day" de Stéfan Boucher !

Hymne à la liberté et à l’humanité, Cirkopolis est un spectacle enlevant, dont l’émotion et les acrobaties poétiques sont le point fort pour exprimer cette individualité trop souvent broyée par l’uniformisation de nos sociétés. À voir jusqu’au 7 décembre prochain !

Crédit photos : Valérie Remise


Cirkopolis du Cirque Éloize

Du 13 novembre au 7 décembre 2013 au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts  de Montréal

Mise en scène : Dave St-Pierre et Jeannot Painchaud ; Chorégraphies : Dave St-Pierre ; Directeur artistique : Jeannot Painchaud ; Scénograhie, illustrateur et co-concepteur des images vidéo : Robert Massicotte ; Compositeur : Stéfan Boucher ; Concepteur acrobatique : Krzysztof Soroczynski ; Costumes : Liz Vandal ; Éclairages : Nicolas Descôteaux.

Avec : Maude Arseneault, Angelica Bongiovonni, Dominique Bouchard, Mikaël Bruyère-L’Abbé, Ashley Carr, Samuel Charlton, Myriam Deraiche, Lauren Herley, Reuben Hosler, Ugo Laffolay, Yann Leblanc, Frédéric Lemieux-Cormier, François Saussus.
 

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