Critique : “Gospel sur la colline”, le premier spectacle musical de la rentrée aux Folies Bergère

C'est avec une rentrée particulièrement chargée que la saison des spectacles musicaux à Paris débute cette année avec notamment au Théâtre des Folies Bergère, le premier spectacle musical gospel-jazz créée par Benjamin Faleyras, Gospel sur la colline. Musical Avenue est allé découvrir ce projet ambitieux avec plus de quarante-quatre artistes sur scène (comédiens, chanteurs, musiciens, danseurs) qui raconte l'histoire d'une communauté noire dans les années cinquante divisée entre le besoin de lutter contre la ségrégation raciale et le défaitisme de ce qui ont peur de perdre le peu qu'ils ont. Le tout, narré à travers une histoire d'amour contrariée et chanté au rythme du gospel, du blues et du jazz.
 

 
Tout d'abord, saluons l'initiative d'une création originale française avec des musiques et chansons originales en français. Nous savons tous l'exercice pas simple quand il s'agit de séduire un public parisien avec un spectacle musical, et la compétition en ce début d'année dans ce domaine est plutôt féroce. Gospel sur la colline se démarque par sa singularité de style musical. Ici c'est le gospel qui va vous raconter les aléas de la vie d'une petite communauté noire à la fois tiraillée par les opinions politiques et réunis par l'amour. Si l'histoire nous ramène quelques dizaines d'années en arrière, l'ambiance musicale est, quant à elle, très ancrée dans des arrangements modernes de gospel, de jazz, et de rythm'n'blues, voire rock'n'roll à des moments, soutenus par un orchestre live sur scène composé de cuivres, de percussions et de guitares qui arrose généreusement le public.
 
Les textes sont puissants de par leur simplicité, fidèle à un certain esprit gospel qui aspire tout bonnement à faire résonner les chants de l'âme et de l'Amour. C'est un enchaînement de sublimes tours de chant qui nous transporte entre l'espoir et le désespoir, l'optimisme et la désillusion, agrémenté de doses d'humour ponctuelles savoureuses. La troupe a d'ailleurs déjà enregistré un album des chansons du spectacle, disponible depuis début septembre dans les bacs.
Pour se permettre cette talentueuse troupe d'artistes, le décor, ainsi que quelques accessoires, ont été imaginés au plus simple avec comme principe de base un écran vidéo qui diffuse des images qui nous transportent d'une église, à un champ de coton, à également un cabaret haut en couleur. Les musiciens y sont intégrés de manière permanente tout au long du spectacle.
On regrette un peu ce rendu artificiel lié aux images de synthèse surtout quand le thème de l'égalité et de liberté se prêtent peut-être plus à une intention d'authenticité. Heureusement, cela s'intègre de manière harmonieuse avec des costumes d'époque aux couleurs ocre et pastel, très fleuris pour les femmes et élégants pour les hommes qui plongent le spectateur dans les années cinquante. Dommage que les musiciens n'aient pas eu le même traitement avec des costumes plus dans le thème, mais ces derniers étaient tout de même raccord avec les couleurs globales du spectacle.
 
Si les thèmes sous-jacents peuvent être particulièrement difficiles (la lutte entre les Noirs et les Blancs, l'exclusion, etc…), ici, on ne bascule jamais dans le pathos. Le parti pris est d'avoir une trame dramatique qui se concentre sur la construction d'une église pour tous, la naissance d'un amour contrarié et la réconciliation familiale. Des conflits plus "légers", malgré un fond déchirant, qui se résolvent très vite afin que le spectateur passe tout de même un bon moment, bercé par des vagues d'énergie, de douceur et de tolérance, sans tout de même oublier d'écouter le message d'espoir du spectacle énoncé par l'un des personnages principal : "Si tu ne peux pas changer le monde, change ta rue". Ici, l'ambiance reste à la fête et les personnages ne ratent aucune occasion d'y inviter le spectateur.
Ce dernier est d'ailleurs pris à partie tout au long du spectacle en commençant par l'introduction où l'un des personnages principaux, la très drôle Rebecca, interprétée par Firmine Richard, qui narre l'histoire et assure les transitions, s'adresse directement au public pour lui demander ce qu'il en pense. Le public devient petit à petit membre de cette petite communauté et est amené à participer aux numéros de chant d'église en tapant dans ses mains, à participer à la quête de la fabrication de la nouvelle église, à être mêlé aux danseurs ou chanteurs descendus prendre un bain de foule, pour devenir un véritable témoin de ce tournant dans la vie de cette communauté quand elle décide de se prendre en main pour obtenir les mêmes chances dans la vie que les Blancs.
 
Résultat, un spectacle plutôt spectaculaire qui réussit son pari d'allier au maximum une qualité artistique avec une démarche commerciale. Et encore une preuve de plus que la scène française sait écrire des spectacles musicaux de qualité qui n'ont rien à envier à nos voisins. En espérant que le public soit au rendez-vous de cette parenthèse musicale plutôt singulière au medley final qui reste encore dans toutes les têtes jusqu'à bien tard dans la soirée.
 
Crédit photo : Simon Hervé


Gospel sur la colline
 
Théâtre Folies Bergère
32 Rue Richer, 75009 Paris
 
A partir du 4 septembre pour 8 représentations
Et en tournée dans toute la France pour 31 dates
 
Créée par Benjamin Faleyras
Mise en scène par Jean-Luc Moreau
Directeur musical : Patrice Peyriéras
Produit par Thierry Berthier, Jean-Marc Bodereau et Silence! Production
 
Avec Firmine Richard, Dominique Magloire, Myra Maud, Ilan Evans, Jean-Luc Guizonne, Carla Estaque, Jean-Michel Vaubien, Marc Thomas, Philippe Vauvillé, Olivier Constantin, Manu Vince 

 

10 réponses

  1. Anonyme
    Vu hier soir dans une salle assez vide. Le gospel en français c'est assez surprenant et cela passe mal surtout quand le texte est aussi faible. C'est globalement en plus assez mal joué (mention spéciale pour le négrier ou Firmine Richard, qui doit se demander ce qu'elle fait là, vu qu'elle a bien du mal à bouger en rythme ou chanter). Bref un spectacle bien oubliable !
  2. Anonyme
    Vu dimanche dernier . Une salle comble. Quel entouthiasme ! Quelle joie ! De très bons chanteurs de super musiciens. Oui tu gospel en français et qui groove ! J'ai adoré ! Le public participe c'était franchement jubilatoire. Envie d'y retourner! En tout cas je fonce sur la bande son retrouver les. Chansons dec être très jouette comédie musicale !
  3. Anonyme
    Quelle énergie. Ce spectacle nous transporte par sa qualité des musiques et des chants. L'ambiance y est unique, tout le monde tape des mains et la salle se lève pour partager l'énergie dégagée par les chanteurs, acteurs, choristes et musiciens en live. Oui, ici on chante on danse on s'éclate!!!! Spectacle très original tant par la conception que le mélange des voix et musique. Le temps passe trop vite, on a envie d'y retourner. Alors n'hésitez pad à venir voir ce spectacle qui n'a rien à envier aux grosses productions impersonnelles....
  4. Anonyme
    Je suis absolument d'accord ! vu hier soir . Que de voix superbes !!! on passe par plusieurs sentiments, il y a beaucoup d'émotion, de joie, et c'est aussi drôle. c'est vrai, qu'au début, ça surprend un peu le gospel en français, mais ça a au moins le mérite d'être compréhensible par tous, et cela groove bien! Le public participe bien, c'était super. A voir absolument. Martine
  5. Anonyme
    Pourquoi tant de méchanceté ? Le spectacle que j'ai vu et entendu était plein de talent : tant pour les voix (extraordinaires) que la mise en scène ! Certes le gospel était chanté en français et les idées exprimées positives... Ce qui ne plaît pas aux "élites" de la rive gauche trop politiquement correctes. C'était un merveilleux spectacle.
  6. Anonyme
    Il faudrait mettre vos lunettes et rebrancher (ou changer les piles) de votre sonotone !
  7. Anonyme
    Pas facile d'être pris, en tant que spectateur, par un sujet dont le synopsis tient en une ligne et dont les dialogues sont très "premier degré" ! En plus de l'absence totale de dramaturgie, ce spectacle manque surtout d'une vraie direction d'acteur : le jeu des comédiens est plutôt médiocre et la mise en scène manque totalement d'énergie et d'originalité. Si on en retire les 20 chansons, il ne reste pas grand chose... Mais hélas, les chansons elles-mêmes sont très simplistes et manquent réellement d'un vrai talent d'auteur et de compositeur (2 métiers qui ne s'improvisent pas du jour au lendemain...). On n'a donc qu'une envie en sortant de la salle, c'est de se replonger dans les grands classiques du Gospel et du Jazz pour écouter enfin de vraies mélodies ! Bravo tout de même au chanteur Marc Thomas qui est le seul à se fondre vocalement dans l'orchestre et à nous envoyer du "SWING"; ses (trop rares) moments de présence vocale nous font beaucoup de biens aux oreilles. Quant à la "standing ovation" à la fin du spectacle dont parle les commentaires, elle a forcément lieu tous les soirs, mais de manière complètement faussée, et pour cause, puisque un des comédiens nous demande de façon très véhémente, en levant les bras au ciel tel un prêcheur, de nous lever pour danser (!?!)... donc le public obéit et se lève. Moi, je suis resté assis.
  8. Anonyme
    Vous avez tout à fait le droit de rester assis et de ne pas aimer le spectacle mais pas de mentir. Il y a une chanson intitulée leve toi au milieu du 2eme acte et il est vrai qu il est demandé à l'audience de se lever et de danser. Mais en aucun cas le public est sollicité à faire une standing ovation pour les saluts et contrairement à vos dires, elle se réalise spontanément tous les soirs!
  9. Anonyme
    Bien d'accord avec ce commentaire très réaliste et qui me semble beaucoup moins partisans que certains ici (ne viendraient-ils pas d'ailleurs de personnes de la production pour pouvoir affirmer ce qui se passe "tous les soirs" ?) C'est un ratage, il faut l'admettre et ce n'est pas bien grave.
  10. Anonyme
    Je suis de la production et je ne m en cache pas. Je suis désolé que cela ne vous ai pas plus et je respecte votre avis. En revanche je confirme qu il y a bien une ovation à la fin du spectacle et que nous avons prolongé de 15 jours suite au succès. Cordialement
  11. […] l'écriture du spectacle, le producteur du très bon Gospel sur la Colline a fait appel à l'équipe qui fait vivre le célèbre personnage dans le magazine Pomme d'Api, à […]
  12. […] joué le rôle de William en alternance avec Manu Vince en 2016, et de James Noah (Sister Act ; Gospel sur la colline) qui avait campé un Nelson Mandela plus vrai que nature. Une chose est sûre : l'esprit de […]

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