Critique : “Haunted Hillbilly” au Centaur Theatre de Montréal

Entre l’humour et l’horreur, la satire et le macabre, cette création locale adaptée du roman éponyme de l’auteur canadien Derek McCormarck par Graham Cuthbertson nous plonge dans un univers déjanté qui réussi l’exploit de nous donner la chair de poule tout en nous laissant le sourire aux lèvres.

Si le spectacle et le livre dont il est tiré s’inspirent de la vie tragique du chanteur country Hank Williams (Your Cheatin’ Heart ; Lovesick Blues…) qui décéda en 1953 à peine âgé de 29 ans, c’est uniquement pour se servir de certains éléments biographiques comme point de départ à une curieuse histoire ayant comme cadre Nashville.

On y retrouve Hyram Woodside, un jeune chanteur country naïf en quête de gloire, qui accepte l’aide de Nudie, un couturier qui est en réalité un vampire gay prêt à tout pour l’asservir. Plus Hyram devient célèbre, plus il se sent seul. Avec l’aide de l’effrayant Dr. Wertham, Nudie s’applique à éliminer toutes les personnes auxquelles il pourrait s’attacher, dont son épouse vengeresse et sa candide dulcinée.

Évoquant par moments l’ambiance glauque de Sweeney Todd ou les personnages bizarroïdes de The Rocky Horror Picture Show, Haunted Hillbilly surprend par ses répliques mordantes et sa musique de fausse country signée Matthew Barber et interprétée par quatre musiciens prenant aussi part à l’intrigue. Ce conte gothique prend vie dans un décor aux quelques fauteuils et ampoules suspendues au plafond, dans une atmosphère tamisée où les jeux d’éclairages participent habilement aux moments-clés de l’histoire. Le public se retrouve d’ailleurs même parfois en pleine obscurité, le temps que quelques lumières lui laissent découvrir subrepticement les scènes funestes du spectacle.

Matthew Raudsepp (A View From The Bridge) campe parfaitement un Hyram Woodside plein de charisme, mais aussi très vulnérable. Le jeune interprète montréalais n’a pas non plus peur de se dénuder en partie pour les besoins de la pièce, faisant preuve d’énormément d’aisance tout au long du spectacle. Erskine Mole, son rival musical, est pour sa part interprété par Daniel Brochu (The Leisure Society) qui nous livre des performances hilarantes, complètement transformé physiquement pour le rôle afin de nous rendre convaincant ce personnage grossier.

Quant au duo diabolique de l’histoire, il n’aurait pas pu être mieux choisi. Greg Kramer est délicieusement démoniaque en vampire haute couture. Ayant joué dans de nombreuses productions au fil des années, l’interprète, auteur et metteur en scène canado-britannique se glisse à merveille dans la peau de Nudie à tous les niveaux. Que ce soit dans sa manière de parler, ses gestes, sa façon originale de chanter et d'appuyer sur les mots ou ses regards machiavéliques, il fait littéralement frissonner le public. Son acolyte, tout aussi terrifiant, est interprété par Kyle Gatehouse que l’on peut aussi voir régulièrement sur le grand et le petit écran (Source Code ; Being Human). Malgré un rôle muet, le jeune acteur est transperçant sous les traits de Dr. Wertham avec sa stature de marbre et ses expressions faciales toujours bien dosées.

Ne ratez pas l’occasion de voir ce spectacle musical insolite, présenté jusqu’à 3 juin au Centaur Theatre du Vieux-Montréal !

 


Haunted Hillbilly de Matthew Barber (musique), Graham Cuthbertson (musique et adaptation) et Andrew Shaver (mise en scène)

Du 8 mai au 3 juin au Centaur Theatre de Montréal

Une production SideMart Theatrical Grocery

D’après le roman "The Haunted Hillbilly" de Derek McCormack

Mise en scène : Andrew Shaver ; Direction technique et son : Jesse Ash ; Décor et éclairages : Sarah Yaffe ; Costumes : Susana Vera ; Régisseur : Sarah-Marie Langlois.
Avec: Daniel Brochu, Graham Cuthbertson, Kyle Gatehouse, Greg Kramer, Matt Raudsepp, Katie Swift, Alexis Taylor.

Musiciens: Matthew Barber, Julian Brown, Joe Grass.

 

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