Critique : “La Fabrique” au Vingtième Théâtre jusqu’au 28 juillet 2013

Critique : "La Fabrique" au Vingtième ThéâtreUne usine, des travailleurs attelés aux tâches les plus absurdes, zéro dialogue, des bruits et de la musique pour rythmer leur labeur : La Fabrique joue avec talent la carte du spectacle d'humour musical qui déroute, fascine et décoince les zygomatiques.

[ critique initialement publiée lors des représentations de décembre 2012 et janvier 2013 ]

En quelques praticables de hauteurs diverses et habiles jeux de lumière qui dessinent une chaîne de montage et le bureau d'une directrice acariâtre, La Fabrique plante le décor d'une usine à rien où s'enchaînent les jours farfelus d'une dizaine d'ouvriers rompus à l'art du vélo-boulot-dodo.

L'accueil y est assuré par un horloger hindou enrhumé, ami des bonsaïs et ennemi juré d'une mouche increvable qui le fait tourner en bourrique. Dans ce rôle drôle et touchant, Kevin Dargaud ouvre la pièce et conquiert le public en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. 
Son "Coucou" retentit, et la Fabrique s'anime, enchaînant sur un rythme infaillible les numéros inclassables.

"La Fabrique" au Vingtième Théâtre

Ce spectacle musicalo-clownesque emprunte autant aux percussions atypiques de Stomp qu'aux délires de Jerry Lewis (dont la réinterprétation du "Blues in Hoss Flat", du film Le Zinzin d'Hollywood, constitue ici l'un des points culminants de la représentation) ou à l'humour anglais d'un Mister Bean et des Monthy Pythons.
La musique, en fil rouge, constitue la raison de vivre de ces ouvriers et leur offre quelques instants d'évasion au milieu d'une existence terne.
Car derrière l'humour et la fantaisie, Hugo Horsin – créateur de La Fabrique – parsème son histoire de thèmes bien réels comme la solitude, le chômage, les délocalisations et la mondialisation (les personnages sont tous d'une origine différente, et leur brouhaha polyglotte, qui mêle italien, chinois, anglais et russe, donne un côté universel à la pièce).

"La Fabrique" au Vingtième Théâtre

Cependant, la bonne humeur l'emporte toujours, le spectacle piochant allègrement dans le répertoire populaire des girls bands, des westerns, des films Disney ou de la musique disco pour offrir des numéros entraînants et surprenants, avec une économie de moyen qui met en valeur le talent du metteur en scène et de ses interprètes.
Recrutés dans les rangs du Cours Florent (le spectacle y est né à l'occasion des Travaux de Fin d'Année), ils et elles démontrent tous et toutes d'une formidable prédisposition à faire rire et émouvoir en dépit de la jeunesse de leur talent. Même lorsqu'ils s'expriment dans une langue étrangère (Marie-Alix Coste de Bagneux dans le rôle de la mamma italienne désenchantée, Wohan Azzam dans celui de l'ouvrier chinois danseur hors-pair), la force de leur interprétation est incroyablement parlante et ils ne partagent qu'un même langage : celui du mime et de la musique.
Florent Chesné, dans le rôle central d'un ouvrier qui vit clandestinement dans la Fabrique, campe un clown fabuleux qu'on a plaisir à retrouver au fil de la pièce. Malheureusement, les personnages issus de la galerie imaginée par l'auteur ne bénéficient pas tous du même développement et on aurait aimé que les plus discrets d'entre eux aient aussi leur heure de gloire.

Loin des machines à rêves pleines de paillettes qui attirent sans difficulté les foules, La Fabrique n'en est pas moins un spectacle brillant. La troupe déploie une créativité folle pour donner vie à un véritable bijou de poésie sur la scène du Vingtième Théâtre. 
Les comédiens s'en donnent à cœur joie, et le public s'amuse comme des gosses. Courez sans tarder les découvrir en famille !


La Fabrique, d'Hugo Horsin

Au Vingtième Théâtre jusqu'au 28 juillet 2013
7 rue des Plâtrières – 75020 Paris

Du mercredi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h00

Avec : Wohan Azzam, Étienne Belin-Debray, Marie-Alix de Bagneaux, Clément Brondel, Florent Chesné, Kevin Dargaud, Pauline Deshons, Hugo Horsin, Julie Lavergne, Morgane Nairaud, Camille Bernon
En alternance : Alexandre Faitrouni, Tatiana Spivakova, Laura Turcatti, Eva Zink.

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