Critique : “La vie parisienne”, au théâtre Antoine de Paris

La vie parisienne est probablement l'œuvre d'Offenbach la plus connue. Alors quand un metteur en scène du talent d'Alain Sachs s'attaque à ce monument des opéra-bouffes avec l'intention affichée d'en proposer une nouvelle mise en scène, c'est avec curiosité que nous redécouvrons les frasques du baron de Gondremarck dans ce merveilleux cadre que constitue le théâtre Antoine.

 

Une mise en scène originale et ébourriffante

Si Alain Sachs voulait destabiliser les spectateurs dès le lever de rideau, le pari est complètement réussi. Le régisseur du théâtre occupe une scène vide si ce n'est quelques chaises et un piano, et accueille onze comédiens venus auditionner dans un silence assourdissant. Il propose alors la partition de La vie parisienne à ces artistes qui vont constituer une troupe improvisée, interprétant spontanément chaque personnage. Petit à petit, le spectacle prend forme : quelques éléments de costumes et de décors, des instruments de musique, un régisseur et une habilleuse qui se prennent au jeu et progressivement, tout en respectant scrupuleusement la partition originale, c'est un déluge de couleurs et de musique qui finit par s'imposer.

Si l'on ajoute à cela une volonté délibérée de s'éloigner de l'interprétation traditionnellement lyrique à outrance, c'est bien une vraie nouvelle version de l'œuvre d'Offenbach qui nous est proposée. Mises à part quelques baisses de rythme occasionnelles, cette montée en puissance pour finir en apothéose a quelque chose de jubilatoire. On en serait presque à regretter que la mise en scène n'inclue pas davantage cette mise en abyme des artistes tant les situations comiques qu'elle engendre sont cocasses...

Une troupe talentueuse au service du spectacle

Les artistes sont au diapason et affichent leurs multiples talents de chanteurs, danseurs, comédiens et musiciens tout au long du spectacle. David Alexis, génial interprète du baron et danseur de french cancan à ses heures, nous a confié qu'Alain Sachs et Patrice Peyriéras, directeur musical, ont choisi de construire le spectacle autour des artistes et de leurs univers. Ainsi, ce sont les comédiens qui composent un orchestre plus ou moins fourni en alternance, affichant leur talent insolent, de la harpe au violon en passant par la flûte traversière et la trompette. Et ils passent presque tous derrière le piano à un moment ou un autre !

La bonne surprise vient incontestablement de la performance d'Hervé Devolder, brillant créateur de Chance !, qui nous prouve qu'il est aussi à l'aise sur scène que derrière son piano. Emmanuelle Bougerol a fait honneur à son Molière reçu en 2005 (révélation théâtrale), et Sarah Tullamore nous a enchantés, tant à la flûte traversière que dans son rôle de l'excentrique baronne. Si nous ne pouvons pas tous les citer, bien qu'ils le mériteraient, nous tenons également à saluer la performance de Thomas Dalle, percussionniste de formation et qui faisait ses premiers pas en tous points réussis en tant que comédien.

Il est certain que ceux qui recherchent ici La vie parisienne dans la plus pure des traditions des opéra-bouffes risquent d'avoir du mal à rentrer dans l'univers d'Alain Sachs. Pour les autres, c'est une occasion de (re)découvrir cette œuvre majeure d'Offenbach et de la culture française en général dans un contexte moderne et rafraîchissant. Et c'est un réel plaisir, alors ne vous privez pas !

Le site du théâtre Antoine : http://www.theatre-antoine.com/


La vie parisienne, de Jacques Offenbach

Livret : Henry Meilhac et Ludovic Halévy - Adaptation et mise en scène : Alain Sachs, assisté de Corinne Jahier - Orchestrations et direction musicale : Patrice Peyriéras - Scénographie : Alain Sachs et Philippe Quillet - Costumes : Marie Pawlotsky - Chorégraphies : Patricia Delon - Lumière : Philippe Quillet.

Avec David Alexis, Adrien Biry, Emmanuelle Bougerol, Stéphane Corbin, Thomas Dalle, Noémie Delavennat, Hervé Devolder, Isabelle Fleur, Anna Lafont-Jouan Marie-Charlotte Leclaire, Marion Lépine, Clément Pouillot et Sarah Tullamore.

Théâtre Antoine
14 Bd de Strasbourg 75010 Paris

Du 3 décembre 2009 au 31 janvier 2010
du mardi au vendredi 20h30
samedi 17h et 21h
dimanche 15h30 (relâche lundi)

Réservations dans les points de vente habituels

1 réponse

  1. Anonyme
    grand n'importe quoi ! Offenbach c'est le Second Empire , si on gomme l'époque (décors, costumes) il ne reste que la musique , autant l'écouter chez soi , ça coute moins cher !!!
  2. […] sont déjà essayés au genre de la comédie musicale : notamment l'excellente Emmanuelle Bougerol (La Vie Parisienne) et Christophe Canard (Spamalot). Le livret, la musique et les paroles sont signées par Nicolas […]

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