Critique : Le retour de “1789, Les Amants de la Bastille” au Palais des Sports de Paris

Après un arrêt 1789 Les Amants de la Bastilledes représentations suite à l'explosion au Palais des Sports qui a coûté la vie à l'un de membres de l'équipe technique de la troupe, le spectacle 1789, Les Amants de la Bastille est cette fois bel et bien de retour à Paris, et ce jusqu'à début janvier. Ce retour nous avait été annoncé avec une version spéciale "orchestre live" et une copie revue et améliorée. Nous sommes donc retournés voir le spectacle pour comparer et ainsi mettre à jour notre critique... qui restera finalement la même.
 

Tout d'abord, l'expression "orchestre live" semble bien alléchante. En effet, tous les passionnés s'accorderont pour dire que l'expérience d'un spectacle s'améliore au son d'un orchestre live. Et nous l'avons senti… sur les quelques chansons que reprenaient quatre musiciens perchés dans les gradins côté jardin. Ce n'est donc pas ici une véritable version live que l'on nous propose. A savoir, la bande son est toujours là, mais ponctuée de temps en temps, sur les chansons phares du spectacle, par une interprétation live. La différence se fait réellement sentir. Le public et le spectacle sont plongés dans une autre dimension très appréciable. On regrette juste que cela ne dure que quelques chansons et que les musiciens ne soient pas intégrés visuellement, comme sur scène, par exemple.

La mise en scène et l'ordre de certains tableaux ont été changés ("Pic et pic", "Les Mots qu'on ne dit pas", "Tomber dans ses yeux"…). On sent la volonté d'améliorer le livret et de mieux construire l'histoire d'amour entre les deux personnages Renan et Olympe. Malheureusement, cela ne change pas le problème global du rythme du spectacle : La première partie est toujours trop longue et paradoxalement les tableaux s'enchaînent trop vite. Le public n'a pas le temps de s'immerger dans une scène que déjà, une autre commence. On pense également à la fatigue des danseurs qui enchaînent les tableaux sans répit. Il est dommage de constater qu'aujourd'hui, de manière globale, il y a presque une peur du silence, de la pause, une "peur de prendre le temps de...", "de casser le rythme", d'y perdre l'attention du public. Pourtant le silence est l'un des ingrédients du rythme. N'importe quelle partition de musique en est la preuve.

Crédit photo : www.1789lesamantsdelabastille.fr

Autre effet de mode constaté ces derniers temps, et que l'on retrouve dans 1789, Les Amants de la Bastille : les blagues anachroniques. Il est, certes, important de savoir mettre en abîme l'histoire que l'on raconte sur scène avec le monde dans lequel on vit aujourd'hui. Il est même compréhensible que l'on veuille à la fois captiver le jeune public friand de ce genre d'effets et casser le rythme dramatique avec un peu d'humour pour soulager les cœurs. Mais trop c'est trop. C'est un effet qu'il faut savoir doser, le public souhaitant s'immerger dans un univers et non pas assister à un spectacle comique de stand-up.

La seconde partie, en revanche, est toujours aussi bien construite. Les tableaux sont somptueux, que ce soit en terme de décors, de mise en scène et de chorégraphies. L'ensemble est harmonieux, plus sobre tout en restant majestueux, à la hauteur du thème de l'histoire. On est toujours touché entre autres par les adieux de Marie-Antoinette, ou encore le final aux cris révolutionnaires. Le casting toujours d'une grande qualité, est rejoint dans ces nouvelles représentations par Willy Rovelli et Caroline Rose Sera dans les rôles respectifs de Ramart et de Solène.

Bien que nous n'ayons l'air que de relever ce qui nous semble être les défauts du spectacle, nous sommes bien conscients et proclamons haut et fort que le spectacle et de qualité. Nous ne pouvons qu'être admiratifs devant la volonté de l'équipe créative d'améliorer le spectacle. Elle a le mérite d'avoir osé se remettre en question, même en pleine exploitation (chose plutôt rare en France, bien que fréquente outre-manche) et proposé au public le meilleur spectacle possible.

Ce retour sur scène ne pouvait bien entendu pas se faire sans une petit hommage (au début et à la fin du spectacle) à Marcus Toledano, le directeur technique décédé dans l'incident.

De manière générale, 1789, Les Amants de la Bastille reste le meilleur spectacle que les producteurs Dove Attia et Albert Cohen nous ont présentés. Les qualités que nous avions vantées dans notre précédente critique sont toujours là. C'est pourquoi nous continuons à le recommander pour cette fin d'année. Et nous attendons le prochain projet de ce tandem avec impatience.


 1789 - Les Amants de la Bastille, de Dove Attia et Albert Cohen

Du 29 novembre au 5 janvier 2014
Au Palais des Sports de Paris
1 Place Porte de Versalles, 75015 Paris

Mise en scène et chorégraphie : Giulianio Peparini ; Livret : Dove Attia et François Chouquet ; Musiques : Rod Janois, Jean-Pierre Pilot, Olivier Schultheis, William Rousseau, Dove Attia ; Costumes : Frédéric Olivier ; Lumières : Xavier Lauwers

Avec : Louis Delort (Ronan) ; Camille Lou (Olympe) ; Rod Janois (Camille Desmoulins) ; Roxane Le Texier (Marie-Antoinette) ; Sébastien Agius (Robespierre) ; Caroline Rose Sera (Solène) ; Mathieu Carnot (Lazare) ; David Ban (Danton) ; Willy Rovelli (Auguste Ramard) ; Philippe Escande (Louis XVI) ; Tatiana Matre (Yolande de Polignac) ; Guillaume Delvingt (Jacques Necker) ; Cyril Romoli (Charles X de France)

1 réponse

  1. Sacha
    Est ce une différence de culture entre la France et les pays anglo-saxons qui transforment les comédies musicales en concerts animés ? 1789, comme Mozart et autres sont en effet des concerts chantés par une troupe avec de beaux décors, des superbes danseurs et quelques hits pour la radio, le tout prétextant une histoire... Les chansons devraient être la continuité des dialogues avec un rapport direct avec ce qui se passe et faire avancer l'intrigue. Les tableaux devraient avoir un lien... Et j'en passe... Pour ceux qui sont venus voir un beau spectacle avec de belles chansons et un joli décor, c'est réussi. Pour ceux qui désirent voir une comédie musicale avec une intrigue et des tableaux construits, des personnages qui évoluent suivant un arc dramatique, c'est raté.
  2. […] Cyril Romoli (Malcolm Beineke) et Dalia Constantin (Alice Beineke) : le couple Beineke sera interprété par deux artistes bien connus de l'univers de la comédie musicale. Dalia Constantin a notamment été à l'affiche de La Belle et la Bête, Bons baisers de Broadway ou encore The Full Monty, tandis que Cyril Romoli a joué dans Le Roi Lion, Chance mais aussi 1789, les Amants de la Bastille. […]

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