Critique : “L’Ultime Rendez-Vous”

L'Ultime Rendez-Vous
De Vincent Vittoz (textes, mise en scène) et Raphaël Théodore Bancou (musique et piano)
Avec Magali Bonfils, Isabelle Ferron, Alyssa Landry, Angélique Rivoux, Cathy Sabroux et Jocelyne Sand

www.lultimerendezvous.com

Note Musical Avenue : MMM

 

Une épaisse fumée se dissipe sur la scène, laissant apparaître trois lugubres silhouettes, bientôt rejointes par un quatrième fantôme. Le point commun de ces femmes ? Elles ont été les victimes d'assassins plus ou moins célèbres. Une opulente prostituée londonienne mutilée par Jack l'Eventreur (Cathy Sabroux, impeccable avec sa gouaille parisiano-tamisienne), une bourgeoise coincée victime de Landru (Jocelyne Sand, une chanteuse lyrique dans un rôle dévergondé), une communiste sud-américaine violemment tuée par un autre guérillero (Isabelle Ferron prisonnière d'un accent latino mais avec des répliques en or) ainsi que Desdémone, la victime d'Othello (Angélique Rivoux en précieuse diva nunuche et donc forcément hilarante)... On comprend progressivement qu'elles ne sont pas réunies par le hasard, elles doivent assister une future victime à mourir. Alyssa Landry est parfaite en arriviste odieuse et Magali Bonfils saisissante de vérité et d'émotion. On n'attend plus que le tueur et sa proie, mais attention aux surprises...

Un rendez-vous plutôt réussi

Dès l'ouverture, la musique opère. L'ambiance intrigante est soutenue par une partition tout à fait appropriée et très réussie. Jouant avec les registres très différents des interprètes, l'impertinence des airs entonnés fait merveille ! Entêtantes mais très simplement accompagnées d'un piano, les mélodies de l'Ultime Rendez-Vous en font sûrement une de ses principales forces.

Tant mieux, car elle rattrape un petit défaut de mise en scène. Est-ce un manque de dynamisme (surtout au début) ou une approche trop classique et conventionnelle ? Les interprètes excellent dans leur personnage bien distincts mais ne sont pas aidées par une mise en scène un peu lourde qui manque certainement un peu de sophistication. L'absence de décor et le manque d'invitenvité dans les costumes est peut-être à regretter. L'idée de la métaphore poétique avec les bandeaux rouges -- savamment arborés par chacune des interprètes (dans les cheveux, autour du bras, etc.) puis noués en baillon autour des yeux -- est par contre une bel exemple de ressort scénique qu'on aurait aimé voir développé.

On retiendra avant tout l'originalité du sujet et la maîtrise de l'intrigue. Y a-t-il une certaine inspiration dans Assassins de Sondheim ? En effet, alors que le musical du duo Sondheim/Weidman de 1991 posait la question des motivations des meurtriers des Présidents Américains assassinés (Kennedy, McKinley, Lincoln), L'Ultime Rendez-Vous prend un point de vue tout aussi intéressant ; celui des victimes féminines. Cette unité de lieu, de temps et de personnage permet même, en filigrane, de livrer un message féministe qui peut facilement réussir à toucher le spectateur.
Cette pièce à puzzle se laisse par ailleurs découvrir avec candeur et laisse le spectateur ravi. Les rebondissements en chaîne ne sont pas peut-être pas dignes du meilleur suspense hitchcockien mais permettent de faire évoluer une belle intrigue. Les personnages s'amusent et amusent, jeux de mots et répliques cinglantes étant de la partie.

L'Ultime Rendez-Vous est donc une petite production bien ficelée qui se bonifiera sûrement grâce à son succès. Une œuvre originale comme on souhaiterait en voir davantage.

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