Critique : “Mes Elles” au théâtre Monte-Charge (Avignon Off)

Le théâtre Monte-Charge accueille jusqu'au 31 juillet le spectacle Mes Elles, de Marine André, après l'avoir également présenté en création lors de l'édition 2009 du festival Off d'Avignon. Ce spectacle musical fait le pari de nous raconter une histoire en s'appuyant sur un répertoire pour le moins éclectique, de Gainsbourg au musical Cabaret, en passant par les Frères Jacques. Un bon moment en perspective ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Mes Elles démarre sur les chapeaux de roue. Assis parmi les spectateurs, Etienne et son épouse commencent à se disputer sous nos yeux, et finissent par se séparer brutalement. Et c'est parti pour 1h20 de vaudeville sauce cabaret, durant lesquelles trois femmes se disputent l'amour d'un homme qu'elles finissent par assassiner. Ce spectacle musical s'appuie sur des numéros bien pensés, et dont le rendu est franchement très réussi. En particulier, le tableau des spermatozoïdes (sur la chanson « 300 millions » des Frères Jacques) est hilarante, et le final sur « Mein Herr » (Cabaret), extrêmement percutant, n'est pas sans rappeler l'ambiance jubilatoire et glauque chère à Rob Marshall (Nine, Chicago).

Construit autour de chansons plus ou moins connues dont les textes ont parfois été réécrits, le spectacle pêche malgré tout dans son livret peu étoffé, difficile à suivre et parfois incohérent. Marine André a choisi d'alterner flashbacks, scènes dans le présent et séquences cabaret avec une ligne directrice qu'on a parfois du mal à percevoir, ce qui fait de Mes Elles davantage une revue un peu déjantée que du pur théâtre musical. On peut donner l'exemple du très joli numéro sur A la Saint Medard, dont on peine à comprendre la place dans le fil narratif, et se demander comment le personnage de Léa décide de s'allier à ses deux compères pour l'assasinat.

Heureusement, les artistes déploient une énergie phénomènale pour emporter le spectateur dans leur univers. Leur talent est évident, et nous avons pris beaucoup de plaisir à (re)découvrir Dalia Constantin (Jonas), exceptionnelle en pianiste déjantée, Julien Husser (Pinocchio, Un violon sur le toit) dans le rôle du séducteur paumé, Aurélie Koenig (Souricolor, La Périchole) en meilleure amie jalouse, Jacqueline Berces (Titine et Poupoune) en jeune cuisinière romantique un peu naïve et Marine André (La Périchole) elle-même en nymphomane enamourée.

Mes Elles essaie de rapprocher les artistes et le public, afin de créer une certaine complicité. On sent que les comédiens recherchent cette interaction rendue difficile, car la salle du théâtre Monte-Charge est clairement surdimensionnée. On imagine sans peine la mayonnaise prendre encore mieux dans une salle plus petite, comme par exemple le théâtre musical Marsoulan de Paris où la pièce va s'installer pour une dizaine de dates à la fin du mois d'août.

Mes Elles est un spectacle très divertissant, où l'histoire racontée tient davantage du prétexte pour offrir au spectateur des numéros qui, pris séparément, sont la plupart du temps drôles ou émouvants, inventifs et réussis. Si on ne tient pas le spectacle musical de l'année, tous les ingrédients sont réunis pour passer un excellent moment à Avignon jusqu'au 31 juillet, ou au théâtre Marsoulan de Paris du 18 au 29 août 2010.


Mes Elles, de Marine André avec le concours de Carole Gayraud, Cloé Horry et Julien Husser.

Au théâtre musical Marsoulan (Paris XII) du 18 au 29 août  2010.

Mise en scène : Marine André, assistée de Cloé Horry et Anthony Michineau ; Chorégraphies : Johan Nus ; Direction musicale : Cloé Horry et Lionel Losada.

Avec en alternance Marine André, Laetitia Ayres, Jacqueline Berces, Dalia Constantin, Maureen Diot, Romain Fleury, Carole Gayraud, Cloé Horry, Julien Husser, Aurélie Koenig, Anthony Michineau, Zacharie Saal, et Esther Terraz. (en gras les comédiens de la représentation du 25 juillet 2010 critiquée dans cet article).

Réservations dans les points de vente habituels

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