Critique : “Par-delà les Marronniers” au Théâtre du Rond-Point

Critique : "Par-delà les Marronniers" au Théâtre du Rond-PointJean-Michel Ribes propose dans son magnifique Théâtre du Rond-Point un nouveau spectacle original en forme d’hommage au Dadaïsme. Par-Delà les Marronniers, annoncé comme un(e) « Revu(e) » (sic), risque de dérouter et laisser sur leur faim les amateurs de théâtre musical.

Trois dandys Dada

Jacques Vaché, Arthur Cravan et Jacques Rigaut, trois énergumènes dandys nés au tournant du XXe siècle, sont au centre de cette œuvre étrange.
Le premier (Maxime d’Aboville), interprète entre les armées françaises et anglaises, fut l’inventeur de l’umour sans h, inspira à André Breton l’invention du Surréalisme, et mourut d’une surdose d’opium.
Le second (Michel Fau), de son vrai nom Fabian Lloyd, était boxeur, déserteur, éditeur d’une petite revue littéraire précurseur de Dada, et disparut au Mexique à bord d’une barque qu'il avait empruntée.
Le dernier (Hervé Lassïnce), auto-proclamé « raté-étalon » sans ambition, poète amateur de luxe et de rapidité, se tira une balle dans le cœur.

Trois drôles de personnages dont les textes absurdes, les idées noires et les élans poétiques constituent la majeure partie de la pièce.

Revue ?

À mille lieux de son René l’Énervé qui jouait sur les codes de l’opéra-bouffe déjanté, la nouvelle création du célèbre dramaturge emprunte à l’univers de la revue de cabaret. Point de narration, pas plus d’intrigue : Par-delà les Marronniers est un enchaînement de tableaux thématiques (La Guerre ; L’Amour ; L’Ennui ; La Mort) qui tentent de faire découvrir ce trio improbable perdu dans un monde où ils font figure d’extra-terrestres.

Le décor stylisé mêle avec une habileté certaine les codes du cabaret (structures imposantes, escalier éclatant) à des formes surréalistes qui rappellent lointainement Jean Arp ou Joan Miró. La scénographie ébauche ainsi une idée du grandiose sans jamais écraser l’élément central que constituent les textes coupés-collés qui forment la pièce.

Néanmoins, les élucubrations intellectuelles des trois protagonistes prennent à l’oral une lourdeur ampoulée qui n’est rythmée que de rares formules percutantes qui invitent à sourire.

De la revue, l’œuvre copie également les tenues chatoyantes héritées d’une autre époque, ainsi que les ponctuations musicales interprétées par un trio de girls joliment douées (Sophie Lenoir, Alexie Ribes, Aurore Ugolin) qui jouent également les femmes de Cravan et Rigaut. Leur interventions chantées, rares et anecdotiques, se perdent dans quelques rimes de mirliton données à capella ou sur des bandes enregistrées qui s’amusent à rendre le son kitsch des cabarets parisiens historiques.

La pièce n’a donc pas grand chose de musical, pas grand charme intrinsèque, et ne saura séduire qu’une infime partie de nos lecteurs amateurs de dadaïsme.


Par-delà les Marronniers, de Jean-Michel Ribes

Au Théâtre du Rond-Point
2 bis Avenue Franklin Delano Roosevelt 
75008 Paris 

Du 15 mars au 24 avril 2016
Du mardi au samedi à 20h30. Relâche les 20 et 27 mars. Tarifs de 12 à 38€.

Texte et mise en scène : Jean-Michel Ribes ; musique originale : Reinardt Wagner ; scénographie : Sophie Perez avec la complicité de Xavier Boussiron ; costumes: Juliette Chanaud ; lumières : Laurent Béal ; chorégraphie : Fabrice Ramalingom.

Avec Maxime d'Aboville, Michel Fau, Hervé Lassïnce, Sophie Lenoir, Alexie Ribes, Stéphane Roger et Aurore Ugolin.

Crédit photo : Giovanni Cittadini Cesi 

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