Critique : “Sauna” au Théâtre Clavel, à Paris

Critique : "Sauna" au Théâtre Clavel de ParisEntourée de spectateurs presque exclusivement masculins, je commence à me demander ce que je fais là. Et quand nous entrons dans cette petite salle déjà pleine de vapeur et de fumée et sommes accueillis d'un "Bienvenus au sauna !", le décor est vraiment planté.
Mais il suffit de quelques minutes avec l'apparition progressive des comédiens déambulant avec nonchalance au milieu du public pour que s'instaure une ambiance détendue, humoristique et presque bon enfant qui ne va pas quitter la salle durant tout le spectacle.

La relation avec le public s’instaure rapidement avec une voix-off qui va guider les pas du jeune Benjamin dans les méandres du sauna. Très (trop ?) présente au début, elle m'a un peu gênée pour rentrer dans le spectacle. Mais rapidement mieux dosée, et avec les interventions fréquentes du pianiste, elle permet d'instaurer un certain degré d’auto-dérision et de recul et une constante complicité avec les spectateurs.

Un spectacle faussement léger

A partir d'un livret qui s’appuie sans fausse hypocrisie sur les clichés les plus classiques du milieu gay, les deux auteurs américains Tim Evanicki et Esther Daack proposent un spectacle plutôt accessible à un large public (en tant qu’exemplaire hétéro et féminin je pense pouvoir le dire) et qui réussit le pari de ne jamais devenir racoleur ou revendicatif.

Une comédie légère donc, ou plutôt faussement légère, puisque derrière les apparences, le propos s’éloigne peu à peu du happy end auquel on s’attend. Les quatre personnages aux profils bien tranchés (le jeune ingénu, le cadre marié et "chasseur", le Mâle, la "folle") qui évoluent dans ce hammam y trainent un bagage affectif que le jeu des comédiens comme l’écriture contribuent à rendre crédible.

Pour une première adaptation solo, il fallait oser ce choix de spectacle. Le défi - lié à une langue française qui laisse peu de place à un vocabulaire cru sans tomber dans la vulgarité - est relevé. Si on pourra regretter quelques maladresses de style voire de grammaire comme par exemple sur la "Vaine chanson d'amour", le pari est tout à fait  réussi pour Baptiste Delval.

Une mise en scène minimaliste

Le spectacle qui se déroule en huis-clos et avec des costumes minimalistes n'offre pas une grande diversité visuelle. Cependant, la scénographie très étudiée fait bon usage des quelques éléments de décor, peu nombreux mais efficaces, des petites chorégraphies qui s'intègrent bien au propos et des idées originales de saynètes et de gags. Le résultat est un spectacle humoristique et qui varie les genres comme une revue.

Je n'ai pas été en mesure de vraiment comparer avec la scénographie originale, mais à partir des rares photos accessibles, il semble y avoir eu aussi quelques petites adaptations de mise en scène par Nicolas Guilleminot. Le "tango", scène incontournable d’un tel spectacle, aura, je pense, ravi les spectatrices  avec l’utilisation du quatuor qui permet une mise en regard entre la scène jouée et la scène dansée par le duo Julien Husser/Vincent Baillet. La partie dansée, qui dégage une puissante sensualité est signée du chorégraphe Johan Nus qui une nouvelle fois ne faillit pas à sa réputation.

Sur le plan vocal, Julien Husser et François Borand tiennent vraiment la troupe et sont suivis de près par Grégory Garell et Vincent Baillet qui pêchent juste par un petit manque de puissance. Tous les quatre offrent une interprétation très juste et évoluent sur scène avec une étonnante facilité. Les acteurs se sont vraiment imprégnés de leur rôle en assumant complètement aussi bien leurs personnages que la quasi-nudité et la proximité avec le public.

Au final il ne s'agit certainement pas d'un spectacle familial, mais le ton s'avère juste assez osé pour être intéressant sans tomber dans la vulgarité et juste assez frivole, sans pour autant être futile. Bref, une occasion de passer une bonne soirée dans une atmosphère... chaleureuse !


Sauna, le musical, de Tim Evanicki et Esther Daack - adaptation Baptiste Delval

du 11 janvier au 23 mars 2011

Théâtre Clavel
3 rue Clavel,
75019 Paris

Mise en scène : Nicolas Guilleminot ; Direction musicale et arrangeur vocal : François Borand ; Pianiste : Sébastien Ménard ; Chorégraphie : Johan Nus ; Décors : Guillaume Deviercy ; Costumes : Sonia De Sousa.

Avec Vincent Baillet, François Borand, Grégory Garell et Julien Husser. Et la participation de Jean-Marc Tintoret.

3 réponses

  1. Philippe G.
    Par pitié, l'utilisation du JE dans une critique est insupportable. Tout lecteur normalement constitué sait qu'il a à faire à un discours hautement subjectif. Le JE rejette tout envie d'identification aux idées de l'énonciateur ; on a même plutôt envie de le contredire à chaque prise de position. L'exercice doit, par un discours semi-généraliste, donner envie au lecteur d'aller voir ou non la pièce. Ici, le JE cristalise tout l'atttention et ne donne qu'une impression d'égocentrisme d'un esprit en mal d'existence (ce qui n'est certainement pas le cas). Tout rédacteur critique se doit de disparaître derrière ses arguments pour être efficace, sinon c'est un édito. Pardonnez ma franchse, chère Judith. Signé Philippe G, un confrère.
  2. La Rédaction
    <p>Bonjour Philippe,</p> <p>Merci pour vos conseils éclairés sur les codes à respecter lorsque l'on doit faire une critique... Si tant est que l'on est journaliste, ce que nous sommes loin de prétendre être.<br> Nous sommes une bande de passionnés qui essayons de partager notre passion à travers des articles qui sont fait avec le coeur, selon l'envie, et surtout, sans aucun code. C'est l'avantage du bénévolat, qui comporte par ailleurs bien des inconvénients.<br> C'est nous qui sommes navrés que cette critique vous soit insupportable, mais n'étant a priori pas vos "confrères", nous ne pouvons que vous promettre que nous continuerons à prendre du plaisir avec ce site. Quant à l'usage du je, c'est une affaire de goûts...</p> <p>Bien cordialement,</p> <p>L'équipe de rédaction</p>
  3. Philippe G.
    Chère équipe de rédaction, Je ne suis pas sûr que ce débat ait bien sa place ici, mais faute d'adresse courriel, je prends votre suite. A votre réponse que j'entends, je vous rétorquerais que peu importe le statut de journaliste ou non des rédacteurs, le lecteur ne devrait pas s'en rendre compte. Il n'est point question de prétention. Vous êtes une équipe de bénévoles dynamiques très au fait du théâtre (musical) et laissez-moi vous féliciter pour l'emsemble de votre travail excellement documenté et toujours pertinent. Il ne s'agit ici que de la rédaction d'un seul article qui attire mon attention et attise mes reproches. Lorsque je parle de confrère, j'en suis effectivement un puisque je travail pour une revue cinématographique de manière bénévole, le journalisme n'étant pas mon métier non plus. Votre situation ne m'est donc pas inconnue. Je comprends bien que l'absence de règles soit votre ligne rédactionnelle, mais elle peut parfois déservir le but rechercher : convaincre. Ce n'est pas la critique qui m'est insupportable, mais bien la manière dont elle est rédgée. Mais tout cela n'est pas grave... et je continuerai à lire vos articles avec intéret. Cordialement. Philippe G

Ajouter un commentaire

Vous devez être Connecté pour poster un commentaire. Pas encore inscrit ? Cliquez-ici.