Critique : “Seasons the musical” au Théâtre des Feux de la Rampe

A l'occasion du Festival Paris Fringe qui s'est joué à Paris ce mois-ci, nous avons pu découvrir Seasons, un musical écrit et composé par les américaines Elaine Pechacek et Katie Hammond. Il s'agissait de la première française du spectacle, grâce à une co-production de Broadway au Carré avec le Squeaky Wheel Theatre d'Orlando. Ce que nous en avons pensé ? Soyons francs, le résultat final nous a laissé quelque peu sur notre faim...

Une création intéressante mais qui souffre trop d'un manque de livret

A première vue, Seasons avait toutes les clés en main pour nous offrir un spectacle digne d'un très bon spectacle d'Off Broadway. Un théâtre convivial, un décor ingénieux, un thème attrayant et contemporain, des noms à l'affiche qui ne nous sont plus inconnus... Le tout, sans compter la présence sur scène du virtuose John Florencio au piano, un des points forts du spectacle.

Mais là où le bât blesse vraiment, c'est au niveau du livret. Seasons ressemble parfois davantage à un "song cycle" (un concert à thèmes avec une succession de chansons) qu'à un musical dans lequel le spectateur s'attache à l'évolution des individus. Difficile dans ces circonstances d'avoir de l'empathie pour ces quatre personnages qui vivent pourtant des moments compliqués à "un tournant de leur vie" ("Just One Moment"), mais l'absence de scènes jouées et les nombreuses ellipses n'aident pas le spectateur à créer une véritable connexion avec eux.

   

De jolies mélodies au service de chansons trop mélodramatiques

La gravité des sujets abordés (une mère et sa fille confrontées au cancer et un jeune couple qui s'apprête à avoir un bébé malgré lui) aurait mérité un traitement plus léger, posé et progressif que des "moments à un instant T", photographiés dans le temps sous prétexte du passage d'une saison à l'autre (le spectacle s'appelle Seasons, rappelons-le). Cela donne toutefois lieu à quelques jolis moments de complicité entre les artistes, parfois gâchés par des choix étonnants de mise en scène (pourquoi interrompre le meilleur solo du spectacle avec un envoi de feuilles mortes sur la scène en plein coeur de la chanson et ensuite tout balayer pour les envoyer sur le premier rang de spectateurs ?).

Notre autre regret ? Les deux histoires principales se déroulent en parallèle et donnent donc lieu à des changements souvent longs de décors mais aussi et surtout à des alternances de scènes parfois étranges (La mère atteinte de cancer s'écroule sous le regard horrifié de sa fille, la scène s'arrête alors qu'on est au summum de l'émotion... Mais, non, on repasse en fait à l'autre histoire du couple qui a un intérêt alors limité pour le spectateur).

Ce qui est d'autant plus dommage, c'est que le spectacle n'a du coup pas de final à la hauteur puisque nous n'avons pas eu droit à une scène partagée avec les quatre artistes principaux (Lisandro Nesis, Mathilde Libbrecht, Sarah Tullamore et Lily Kerhoas, la vraie révélation du soir !). Il aura donc dû fallu attendre les saluts pour - enfin - tous les revoir mains dans la mains sur la même scène, près d'1h15 après le début du spectacle.

En soi, Seasons est un musical qui reste agréable à suivre mais qui souffre de trop d'inconstances pour former un ensemble cohérent et enthousiasmant. A l'heure où l'offre de comédies musicales à Paris ne cesse de grandir et de gagner en qualité, il restera sans aucun doute au rang des spectacles "sympas à voir" mais qu'on risque malheureusement d'oublier tout aussi vite.

>> Découvrez un teaser du spectacle


Seasons, the musical, écrit et composé par Elaine Pechacek et Katie Hammond

Une co-production du Squeaky Wheel Theatre Project d'Orlando et de Broadway au Carré

Au Théâtre des Feux de la Rampe
Le 25 et 26 mai 2016 lors du Festival Paris Fringe

Direction musicale : Elaine Pechacek ; Mise en scène : Julia Ledl ; Assistante à la mise en scène : Marie-Eve Fehlbaum ; Création lumières : Yann Toullec ; Scénographie : Robin Coudray & Julia Ledl

Avec : Lisandro Nesis, Sarah Tullamore, Lily Kerhoas, Mathilde Libbrecht et, au piano, John Florencio

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