Critique : “Spamalot” d’Eric Idle, au Théâtre Comédia

Critique : "Spamalot" d'Eric Idle, au Théâtre ComédiaSpamalot
Depuis le 5 février 2010 au Théâtre Comédia.
Du mardi au vendredi à 20h30, le samedi à 17h et 21h et le dimanche à 17h. De 17 à 67€.

Oyez, oyez, braves gens ! Le Roi Arthur et toute sa clique d'illuminés viennent d'établir leur campement dans nos contrées. S'il est l'ambassadeur des Monthy Python et donc, de ce que l'humour a de meilleur à offrir, alors c'est décidé : nous ne bouterons plus jamais les Anglais hors de France !

Spamalot, de la presse à la télévision vous en entendez parler : c'est la comédie musicale à voir en ce début d'année.
À mille lieux du battage médiatique auquel les grandes spectacles musicaux franco-français nous ont habitués, ce transfuge de Broadway se crée une réputation à la force du poignet, et le bouche-à-oreille ne ment pas.
Spamalot est avant tout un musical créé à Broadway en 2005 par Éric Idle, membre des Monthy Python, qui un beau jour a eu l'idée de décliner en comédie musicale Sacré Graal (Monthy Python and the Holy Grail), le film le plus culte de la troupe comique britannique. Succès transposé à Londres et sur les scènes de diverses capitales européennes, la pièce est enfin arrivée chez nous et défend avec talent l'idée du musical à la française.

Une adaptation tordante du classique des Monthy Python

À l'origine d'un projet aussi farfelu, Pierre-François Martin-Laval, alias Pef, membre fondateur des Robins des Bois. Comme beaucoup, j'étais à la fois enthousiasmé qu'un humoriste de renom s'intéresse à cette pièce, et extrêmement inquiet que le résultat tienne davantage du sketch des Robins que de leurs illustres maîtres anglais.

Que nenni, mes bons amis : Pef signe ici un texte français d'une qualité phénoménale, d'une drôlerie à toute épreuve. Son humour à lui fonctionne à merveille avec l'histoire des Monthy Python, et les éclats de rire s'enchaînent sans tant mort.
À peine ai-je regretté certaines blagues répétitives qui à la longue finissent par s'user.
La discipline dans laquelle Pef se révèle, c'est l'adaptation en français des chansons de la pièce. Savoir trouver les mots justes et provoquer le rire en musique est une tâche ardue qu'il a su relever avec brio.

La pièce ne manque pas non plus d'égratigner les comédies musicales à succès actuellement à l'affiche, du Roi Lion à Zorro en passant par Roméo & Juliette !

Pour le reste, on se montrera indulgent avec le livret de la pièce, dont l'histoire ne mène nulle part et parfois même nous égare au détour d'une forêt, puisqu'au fond, c'est rire qui nous importe !

Des moyens éblouissants et des artistes brillants

Parodier l'histoire des chevaliers de la Table Ronde aurait pu rapidement tourner au spectacle pour enfant. Heureusement, les décors, les costumes et les lumières de cette production jouent la carte du spectaculaire et les moyens mis en œuvre pour donner vie à ce délire mettent la barre très haut.
À la mise en scène, Pef apporte une touche surréaliste et déjantée qui fait monter en puissance la pièce. À la scène (tout court), on le retrouve avec bonheur dans le registre qui a fait sa renommée aux côtés de Marina Foïs, Jean-Paul Rouve et Maurice Barthélémy.
Si le comédien n'est pas fondamentalement un chanteur, sa gaucherie apporte un plus indéniable au personnage du Roi Arthur qu'il incarne.

Autour de lui, une troupe hétéroclite mais excellente donne vie au spectacle.
Parti pris audacieux, ce sont des comédiens de théâtre (non musical) et de télévision qui constituent la majeure partie de la distribution. Arnaud Ducret et Philippe Vieux, qu'on a découverts dans la nouvelle version de Caméra Café sur M6, sont hilarants et surprennent par leur capacité à chanter, notamment aux côtés d'un artiste confirmé de la scène musicale parisienne en la personne d'Andy Cocq (Starmania; Dothy et le Magicien d'Oz; Les Nouvelles Aventures de Robin des Bois), exquis en prince gay qui s'extasie devant les rideaux du château.

Si l'on retrouve dans l'ensemble des têtes bien connues des amateurs de comédies musicales comme Arnaud Denissel (Le Soldat Rose; Les Nouvelles Aventures de Robin des Bois) et Édouard Thiebaut (Chance !; Les Demoiselles de Rochefort), Spamalot offre le rôle de la révélation à Gaëlle Piheiro, la Dame du Lac qui fait fondre le cœur d'Arhur.
On l'avait adorée dans Casting et Silenzio! la saison dernière, et c'est un plaisir sans pareil de voir la jeune comédienne exploser et remporter l'adhésion inconditionnelle du public dans ce rôle qui lui va comme un gant (ou une robe de fée en patins à roulettes si l'on préfère).
Rôle vocal par excellence, la Dame du Lac permet à Gaëlle Pinheiro de se montrer autant à l'aise dans un registre variétés-Broadway que dans les genres lyrique ou comique, même si l'on regrette que son personnage ne lui donne pas plus l'occasion de jouer la comédie.

La troupe est soutenue par un orchestre live qui inaugure la fosse d'orchestre toute neuve créée à ces fins au Théâtre Comédia. Une initiative que les amateurs de comédie musicale sauront apprécier à sa juste valeur.

Un spectacle pour enfants… réservé aux adultes !

Ces histoires de chevaliers qui chevauchent des noix de cocos, de lapins tueurs, et de princes maniérés pourraient faire penser à un conte pour les marmots, mais ne vous y trompez pas : l'humour y est définitivement "pour les grands" et les répliques ne sont pas avares de gros mots désopilants ou de références osées.
Ce sera le prix à payer si vous voulez voir Spamalot en famille, mais les enfants ne bouderont pas leur plaisir et eux aussi riront de bon cœur.

C'est le tour de force qu'a réussi Pierre-François Martin-Laval : créer en France une comédie musicale familiale (ou presque) et à mourir de rire.
Longue vie au Roi !


Monthy Python's Spamalot, d'Eric Idle.
À partir du 5 février 2010 au Théâtre Comédia.
Adaptation et mise en scène : Pierre-François Martin-Laval; assisté de Julien Allary; direction musicale : Mathieu Gonet; chorégraphie : Stéphane Jarny; décors : Franck Schwarz; costumes : Olivier Beriot; lumière : Régis Vigneron; son : Philippe Parmentier.

Avec : Pierre-François Martin-Laval, Gaelle Pinheiro, Olivier Denizet, Philippe Vieux, Grégoire Bonnet, Arnaud Ducret, Andy Cocq, Laurent Paolini, Edouard Thiebaut, Tiffany Jamesse, Arnaud Denissel, Sophie Gemin.

2 réponses

  1. Louis
    J'ai vraiment beaucoup aimé ce spectacle que j'ai eu l'occasion de voir lors de sa première. J'ai passé la soirée à côté de rabat-joies qui malmenaient quelques peu les choix artistiques de Pef. M'enfin, je n'allais tout de même pas bouder mon plaisir. Le casting est incroyable, les décors à la hauteur de mes espérance et la musique absolument magique. Si une bonne partie du livret et des traductions des chansons nous font facilement sourire voire même rire, l'autre laisse un gout amère. Pef a volontairement versé dans la grossièreté, ce que la production originale s'était refusée de faire ("Not days but knights" devient "On n'est pas couille mais cool"). L'humour des Monthy Python se voulait scabreux mais pas particulièrement grossier, ce qui constitue le seul point noir de cette comédie musicale. Mention spéciale à Gaëlle Pinheiro, la Dame du Lac, qui n'a pas seulement une voix phénoménale mais en plus est une comédienne de talent. Je la verrai bien en Glinda dans Wicked à Paris d'ici quelques années...(allo Stage Enterteinement!). Ma chanson préférée , "Whatever Happened to my Part" originellement chantée par l'exquise Sara Ramirez, devient "Qu'est-il arrive à mon Rôle" et a été un peu, selon moi, "tronçonnée" et sacrifiée sur l'autel de la blague pourrave ("Now we're half way through act 2 and I've had nothing yet to do" devient "Nous sommes au milieu de l'act' deux et y en a que pour les autres merdeux/ou les autres, merdeeeeee", suivi d'un blague sur un sachet de réglisse...). Passé ces petits désagrément le spectacle est un régale, Lancelot est un gay pinçon, le Roi Arthur chevauche des cheveux inexistants au rythme de noix de coco, la Dame du Lac fait du roller sur la scène en déclamant son texte sur un ton mielleux et fondant. Courrez-y! Les places ne sont pas excessivement chères et vous passerez une très bonne soirée!
  2. Si on retrouve bien une poignée de gags du film d'origine qui marchent, même en français, l'adaptation est a des années lumières de l'original. Des scènes pourtant capitales sautent, d'autres, remaniées, tournent au ridicule, sans parler de la fin, totalement anéantie, tandis que le personnage de la Dame du Lac ajouté n'apporte strictement rien en dehors d'une poignée de mauvaises chansons. C'était faire bien peu d'honneur aux Monty Python que de confier leur oeuvre à l'un des Robin des Bois...

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