Rencontre : Prisca Demarez interprète Nancy dans “Oliver Twist”

Rencontre : Prisca Demarez interprète Nancy dans "Oliver Twist"S'il y a bien une artiste dont nous suivons le parcours avec attention et enthousiasme depuis plusieurs années, c'est Prisca Demarez ! Dresser ici la liste des spectacles dans lesquels on l'a appréciée, reviendrait à dérouler son curriculum vitae en intégralité. Actuellement Grizabella en alternance avec Chimène Badi dans Cats à Mogador, elle rejoint la distribution d'Oliver Twist, à l'affiche de la Salle Gaveau à partir du 23 septembre prochain. A cette occasion, elle s'exprime sur Musical Avenue pour la première fois, mais surtout pour notre plus grand plaisir.

Musical Avenue : Que se passe t-il dans la tête d'une psychomotricienne le jour où elle se dit qu'elle va tout arrêter et devenir chanteuse ? 
Prisca Demarez : Ce n'est pas dans ce sens là que cela c'est passé. Je voulais être chanteuse-comédienne-danseuse à l'âge de six ans. La question est plutôt : que se passe t-il dans la tête d'une petit fille de six ans à qui l'on dit "non, il faut que tu fasses un vrai métier" ? J'ai donc choisi un métier où j'avais tout ce que j'aimais puisque je m'occupais d'enfants, de personnes en difficulté. J'étais dans le soin, dans la thérapie. J'ai mis onze mille kilomètres entre mes parents et moi puisque je suis partie à La Réunion. Là-bas, comme il n'y avait pas trop de boulot, j'ai commencé à chanter dans les bars. Je tiens à dire que depuis, mes parents ont compris que comédienne, chanteuse était un "vrai" métier. Ils le voient bien en ce moment puisque je travaille quatorze heures par jour.
M.A. Et comment s'est passé le retour à Paris ? 
Prisca Demarez : Froidement ! J'ai galéré pendant un an et demi. Je suis resté trois ans et demi à La Réunion pendant lesquels j'ai fait les deux plus grosses comédies musicales. J'ai aussi fait partie de l'émission de radio locale Les grosses têtes. Là-bas, le travail me tombait dessus tout les jours. Quand je suis arrivée à Paris, personne ne m'attendait. Je reprenais des études de théâtre et de chant. Je n'avais aucun repère, pas d'amis, alors que j'avais un énorme groupe d'amis à La Réunion. Je me retrouve donc toute seule à Paris qui est si grand. Perdue dans cette grande ville, perdue dans les castings… Et encore, à l'époque - en 2000 -, quand on se présentait à un casting, on était 500. Aujourd'hui, on est 3000 ! Je ne voudrais pas commencer le métier aujourd'hui.
M.A. Quelles sont tes influences musicales ? As-tu eu des spectacles musicaux t'ayant marqué, étant petite ? 
Prisca Demarez : Oui. Le premier, je le découvre à la télévision. C'était West Side Story. Comme disent les québécois, je suis "tombée en amour" avec cette comédie musicale. Depuis ce jour là, tous les matins au réveil, je me dirigeais vers la salle de télé sans faire de bruit, pour regarder West Side Story… Jusqu'à ce que mes parents se rendent compte que je regardais tous les jours la même cassette depuis des mois !
Puis à treize ans, je suis en échange scolaire en Angleterre chez ma correspondante. Pour mon anniversaire, j'ai eu le cadeau de ma vie puisqu'on m'a offert une place pour Les Misérables. Il n'y a pas longtemps, j'ai eu la chance de diner avec Trevor Nunn (metteur en scène emblématique de Cats et ex-directeur de la Royal Shakespeare Company) et je lui ai raconté cette histoire. Il m'a répondu que j'avais sans doutes assisté aux premières représentations des Misérables à Londres. J'ai pleuré de la première à la dernière note. Quand je suis sortie, je tremblais de la tête aux pieds. J'ai eu la confirmation : "c'est ça que je veux faire !".
M.A. Penses-tu que depuis Cats, ta carrière a pris un autre tournant ? Reçois-tu plus de propositions ? 
Prisca Demarez : Une carrière prend un tournant quand par exemple, tu fais La môme et que tu as un César ou un Oscarcomme Marion Cotillard… Pas dans le cas d'un grand rôle dans une comédie musicale en France. Mais j'ai eu de la chance. J'ai un manager qui s'est arrangé pour qu'on parle beaucoup de moi. Et je sens que "ça grouille par en dessous", notamment quand je parle d'un projet solo. Je vois que les gens s'y intéressent. Ils me suivent sur internet, m'envoient des messages, me posent beaucoup de questions. Je sens que c'est maintenant que cela va être possible. Par contre, à mon niveau, le personnage de Grizabella m'apporte des choses énormes... Le spectacle aussi, dans ma façon de travailler.
M.A. Qu'est ce qui t'a fait dire oui à Oliver Twist
Prisca Demarez : Je suis le projet depuis le début. Avec Shay Alon, le compositeur, on se connait depuis Avenue Q. Il m'a invité chez lui car il voulait me faire écouter quelque chose. Il m'a demandé si je voulais m'asseoir. Je lui ai dit non. Il m'a fait écouter une minute d'extrait. Je lui ai dit : "Finalement, je vais m'asseoir" ! Ça a été un coup de foudre. J'ai créé le rôle pour deux lectures. J'ai quand même repassé un casting devant Ladislas Chollat (le metteur en scène, ndlr) qui voulait choisir chaque comédien et pouvoir nous assurer de notre légitimité à jouer le rôle.
Prisca Demarez avec Nicolas Motet pendant les répétitions d'Oliver Twist
M.A. As-tu tenté d'entamer une carrière solo ? 
Prisca Demarez : C'est en prévision. J'ai cherché pendant un moment ce que je voulais faire : un album ? Une scène ? Puis je me suis dit que ma force était en scène. Ma force est dans mes monstres. J'aime bien dire que j'ai pleins de monstres à l'intérieur. Pouvoir changer ma voix, de style, d'énergie, de physique, de personnage, j'ai besoin de ça. C'est donc vers cela que je me tourne. Je suis en pleine écriture.
M.A. Ce serait donc un seul en scène musical ? 
Prisca Demarez : Seule, je serais trop triste car je suis vraiment trop sociale. J'aurais peur de ça. J'ai besoin de l'interaction. Je vais donc avoir un partenaire. Mais tout cela est en écriture.
M.A. De quel rôle de comédie musicale rêves-tu ? 
Prisca Demarez : Frustration terrible quand on m'a dit que Mary Poppins devait avoir vingt ans ! Pour moi, Mary Poppins n'a pas d'âge. On s'en fiche. C'était vraiment un rôle dont je rêvais. Beaucoup plus jeune, je rêvais aussi de faire Christine dans Le fantôme de l'opéra. Je suis impatiente de savoir qui va le faire maintenant et je lui souhaite tout le bonheur possible. Sinon le "Modern Musical Theater" m'intéresse également. Mais maintenant, je veux aller exprimer mes monstres à moi.
M.A. Enfin, aurais-tu envie d'une carrière de comédienne de théâtre ou cinéma ?
 
Prisca Demarez : Rien n'est radical ni définitif, chez moi. Mais si on me proposait un beau rôle, j'adorerais, oui. Je suis une passionnée des rôles. C'est là que je retrouve la psychomotricité, mon premier métier : je suis une boulimique de décortiquer et de découvrir qui est ce personnage que je viens donner aux gens. 
Photos : Julien Vachon Pour Musical Avenue

Oliver Twist, le musical, de Christopher Delarue et Shay Alon
D'après le roman de Charles Dickens
 
A partir du 23 septembre 2015 à la Salle Gaveau
45 rue de la Boétie 
75008 Paris
 
Livret et musique : Shay Alon et Christopher Delarue ; mise en scène : Ladislas Chollat
Assistant à la mise en scène : Eric Supply ; Chorégraphies : Avichai Hacham ; Scénographe Emmanuelle Roy ; Créateur lumières : Alban Sauvé ; Créateur costumes : Jean-Daniel Vuillermoz ; Créateur vidéos : Nathalie Cabrol
 
Avec : Nicolas Motet, Prisca Demarez, Benoît Cauden, David Alexis, Arnaud Leonard, Jeff Broussoux, Catherine Arondel, Gilles Vajou, Hervé Lewandowski, Marina Pangos, Sébastien Valter, Christopher Delarue, Jennifer Barre, Juliette Behar, Théa Anceau et Xavier Ecary
 
Réservations dans les points de vente habituels

 

0 réponses

  1. […] et de souffrance dans son interprétation. Pourra-t-elle redresser la barre et nous émouvoir comme Prisca Desmarez ou Chimène Badi ont pu le faire à Mogador pendant un an ? Réponse au printemps prochain avec les […]

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