Il y a quelques mois de cela, nous étions présents au showcase de La Légende de Monte-Cristo, Le Musical présenté à la Salle Gaveau. Plutôt enthousiastes face à la découverte, nous étions curieux d’assister au format final. Malgré quelques points qui ne font pas notre préférence, nous avons passé un agréable moment, construit autour d’une dynamique collective de grande qualité.
En adaptant de roman d’Alexandre Dumas, la production fait le choix assumé d’un mode scénique digne des grands spectacles, dans un lieu qui a accueilli les plus grands : le Dôme de Paris. Le défi de devoir condenser cette grande fresque de la littérature est dans l’ensemble relevé, en faisant une proposition populaire et épique.
Dès les premières minutes, la densité des volumes et de l’espace impose le style des 2h00 de spectacle. La scénographie (Emmanuelle Roy et Serge Postigo à la mise en scène) s’appuie sur le mouvement constant de l’ensemble des éléments comme les décors mobiles et les projections – peut-être trop nombreuses – sur les écrans qui enveloppent l’entièreté de la scène. L’effet romanesque du roman se traduit aisément dans ce modèle qui ne cesse de jouer avec l’action. L’immersion recherchée joue parfaitement son rôle et certains passages comme les longues années d’enfermement et l’évasion du personnage sont particulièrement bien construits et donc prenants.
On ne peut que remarquer l’énorme travail fait sur la narration qui s’efforce de conter les grandes étapes de la vie d’Edmond Dantès avec justesse et précision, créant néanmoins un petit déséquilibre entre les deux actes. Le premier acte est dense et a tendance à s’arrêter trop longtemps sur les sujets, quand le deuxième acte amène une puissance et un intérêt fort dans le dénouement de l’histoire. Ce sentiment de longueur est heureusement vite dépassé à la reprise du deuxième acte qui en tout point conjugue avec panache l’ensemble des disciplines du spectacle musical.
Nos coups de cœur ? Assurément la recherche dans la création des costumes (Jean-Daniel Vuillermoz) et des chorégraphies (Nicolas Huchard). La garde de robe est d’une grande richesse et s’associe avec les couleurs chatoyantes des lumières. La qualité et la précision des costumes sortent du lot dans la proposition faite et garantissent de superbes images. Il en est de même pour les séquences dansées qui attirent l’œil sans équivoque. Le mélange des cultures et époques fonctionne toujours aussi bien et amènent le petit plus qui empêche l’arrivée d’un ennui tant redouté. Il faut dire que l’ensemble est particulièrement bien choisi. Précision et coordination mènent la danse avec une vitalité non négligeable.
Côté partition, nous avons particulièrement apprécié l’homogénéité de la qualité des titres plutôt pop dont le livret est signé Romann Nakache, Loic-André Lahitte et Bruno Amic. Sans forcément aller vers une recherche tubesque, marquant certains passages plutôt que d’autres, la musique accompagne bien le récit, alternant mélodies rythmées et ballades plus confidentielles. Cela ne veut pas dire qu’aucun titre ne se démarque – bien au contraire -, mais plutôt que la composition se veut de qualité égale et sans rupture. “Humaine” s’impose en tout point musicalement et scéniquement.
Côté artistes, c’est une superbe équipe qui se dévoile au public, proposant un investissement total. Le rôle-titre est exigeant dans toute sa dimension et son interprète , Gjon’s Tears – pour ne pas le citer – remplit sa part du contrat. Son amour de jeunesse, Mercedes, jouée par Philippine Lavrey, nous séduit avec sa voix à la fois claire et profonde. L’énergie du groupe contribue pleinement au plaisir du spectacle et sert comme il se doit les personnages principaux et secondaires. S’ils sont tous formidables, nous avons un faible pour le personnage d’Hermine (Marianne Orlowski), qui joue à la fois sur le grain de folie et celui de la tristesse ; son histoire est particulièrement touchante.
Ce que nous avons moins aimé ? pas grand-chose à vrai dire, si ce n’est la narration via un Alexandre Dumas créé par l’intelligence artificielle. Ce n’est pas tant le choix artistique pris mais plutôt sa réalisation qui manque de finesse et de coordination entre l’image et le dialogue. C’est un détail mais qui a son importance dans la mesure où ce conteur intervient de nombreuses fois.
En optant pour une lecture plutôt héroïque du roman, le spectacle mise avant tout sur l’émotion et l’empathie envers le personnage. Le roman se voulant plus complexe dans les motivations du personnage, la vengeance est ici présentée comme moteur principal de ses actions et simplifie l’ambiguïté morale d’Edmond Dantès. Ce choix répond cependant aux exigences du genre, marquées essentiellement par la dramaturgie et la puissance de la musique.
La Légende de Monte-Cristo crée une belle parenthèse et assure le moment de divertissement que le public vient chercher. C’est un spectacle qui s’assume, en portant des choix artistiques concluants pour l’essentiel.
Le spectacle part en tournée. Prenez vos billets, ça en vaut la peine !
Crédit Photos : Kobayashi
