20 ans après sa création à Broadway, la comédie musicale de Phil Collins a traversé le monde avec de nombreuses productions, mais un pays a particulièrement apprécié les aventures de cet homme de la jungle : l’Allemagne. Avec plus de 5 millions de spectateurs et plus de 5000 représentations entre Hambourg, Stuttgart et Oberhausen, Tarzan a prouvé qu’un échec aux Etats-Unis pouvait devenir un succès culte de l’autre côté de l’Atlantique. Retour sur une soirée immersive au coeur du théâtre Neue Flora d’Hambourg.
DE LA JUNGLE A LA SCENE
59e long-métrage d’animation Disney et 37e « classique », Tarzan est arrivé après l’âge d’or des dessins animés cultes des studios, juste après Mulan, Hercules et Pocahontas. La musique du film a été saluée par un Golden Globe et un Oscar de la meilleure chanson originale en 2000 pour « You’ll Be in My Heart ». Contre toute attente, une série télévisée fut créée entre 2001 et 2003, ainsi qu’une suite au premier film, intitulée sobrement Tarzan 2, en 2005. Seulement une année plus tard, la comédie musicale arriva à Broadway après deux années de workshops. L’histoire du dessin animé fut globalement préservée, mais avec un côté plus adulte, notamment en supprimant des personnages comme Tantor, l’éléphant, et en étirant un peu la dramaturgie pour faire tenir le show sur plus de deux heures. Même si la comédie musicale ne connut pas le triomphe escompté aux États-Unis, l’Allemagne adopta très rapidement Tarzan et en fit un succès surprise à Hambourg en 2008. C’est au Théâtre Neue Flora, près de 20 ans plus tard, que nous nous retrouvons, là où la magie a fait son œuvre, pour découvrir la comédie musicale qui baissera une nouvelle fois le rideau fin octobre 2026.
Ce qui impressionne le plus dès que nous rentrons dans la salle de près de 2 000 places, c’est son côté extrêmement immersif et pentu. Presque comme dans une salle de cinéma, chaque rangée est vraiment surélevée par rapport à la précédente, ce qui assure une vue impeccable sur cette scénographie impressionnante qui déborde de tous les côtés de la scène jusque dans la salle. Des bruits de la jungle viennent compléter ce tableau qui nous transporte ailleurs avant même que le spectacle commence. Tarzan ne ressemble d’ailleurs en rien à ce que l’on peut voir actuellement dans le paysage des spectacles musicaux. À mi-chemin entre le Cirque du Soleil et la comédie musicale, cette production ne lésine pas sur les moyens pour nous offrir un moment visuellement spectaculaire sur les musiques de l’unique Phil Collins. Dès le départ, on est époustouflé par les moyens techniques déployés, notamment lors de la scène dramatique d’ouverture, avec la noyade des parents de Tarzan, qui restera l’une des plus impactantes du spectacle de par son ingéniosité et sa dramaturgie. Une bonne partie du show se passera ensuite entre ciel et terre, avec de nombreux moments aériens sur scène et dans la salle, au-dessus de nos têtes. Même si le livret et la partition ne marquent pas par leur profondeur, il y a toujours quelque chose pour nous surprendre et l’on se demande à chaque fois ce qui va pouvoir arriver ensuite. Le spectacle aurait gagné en dynamisme avec 30 minutes de moins, car l’on sent que le fait d’avoir étiré l’histoire du film pour faire tenir le show en deux actes n’a pas forcément permis aux auteurs de raconter plus de choses. Au-delà de ces petits défauts, Tarzan brille notamment par la qualité de sa distribution.
"TWO WORLS ONE FAMILY"
Habitué aux comédies musicales Disney après avoir tenu les rôles-titres dans Aladdin et Hercules, Phipp Büttner incarne avec brio l’un des rôles les plus physiques de sa carrière : Tarzan. Entre cascades et émotions, il arrive à tenir le spectacle du début à la fin face à Abla Alaoui dans le rôle de Jane, qui avait quant à elle été remarquée plus récemment dans West Side Story. Même si l’on ne peut pas citer tout le monde, notamment cet ensemble de super-héros qui passent leur temps à courir et à sauter partout en nous faisant croire que cela est aussi facile que d’avoir un « summer body », nous avons particulièrement apprécié la performance d’Elindo Avastia dans le rôle du singe Terk, qui ouvre le second acte avec le tubesque « Trashin’ the Camp », qui vous restera en tête toute la nuit, autant que « It’s a Small World » à Disneyland Paris ! (Désolé pour cela, oui, vous l’aurez en tête toute la journée maintenant.)
Musicalement parlant, peu de chansons se démarquent autant que celles du dessin animé original. « Two Worlds », « You’ll Be in My Heart » et « Son of Man » restent les tubes du spectacle, en plus de la chanson de Terk ainsi que du solo dramatique de Tarzan, intitulé « Everything That I Am ». Il reste peu de place aux autres personnages pour briller, mais, paradoxalement, ils n’ont pas vraiment l’occasion de le faire lors de leurs solos, s’ils en ont un ! La comédie musicale ne s’appelle pas Tarzan pour rien, même si l’on aurait aimé avoir un peu plus de Jane afin d’apporter une part de douceur au spectacle, qui est parfois plus adulte qu’il n’y paraît, notamment avec ses méchants. La beauté de ce spectacle est surtout d’offrir un moment visuellement époustouflant et à l’opposé des précédentes productions Disney – ce qui a pu dérouter le public américain, mais a complètement séduit le public germanique. Même si vous ne parlez pas allemand, vous pourrez quand même profiter de ce voyage en Afrique en plein cœur de l’Allemagne.
Il ne vous reste plus que quelques semaines pour aller à Hambourg et applaudir cette reprise de Tarzan, qui enchante le public depuis bientôt 20 ans en Allemagne. Avec de nombreuses comédies musicales à l’affiche en même temps, vous pourrez visiter la ville tout en profitant de votre passion pour le spectacle vivant. Alors, n’hésitez plus !
Crédit Photos : Johan Persson
