Rencontre avec Lee Blakeley, metteur en scène de la comédie musicale “Kiss Me Kate”

Pour cette saison 2015-2016, le metteur en scène britannique Lee Blakeley revient au Théâtre du Châtelet pour Kiss Me Kate, à l'affiche au mois de février. Nous l'avons découvert en France pour la première comédie musicale de Stephen Sondheim au Théâtre du Châtelet : A Litte Night Music en 2011.

Par la suite, il a conservé ce lien avec le théâtre du Châtelet en mettant en scène les comédies musicales de Sondheim devenues "tradition annuelle" au Châtelet : Sweeney Todd en 2012, Sunday in the Park with George en 2013, Into the woods en 2014. Il a également mis en scène The King and I en 2014, de Rodgers et Hammerstein.
Pour autant, le Théâtre du Châtelet n'a pas dérogé à la règle et propose également une comédie musicale de Sondheim cette année : Passion qui sera mise en scène par Fanny Ardent.

Cette année, Lee Blakeley s'attaque à un nouveau répertoire avec Kiss Me Kate, dont la musique est signée Cole Porter et le livret, inspiré de la pièce de Shakespeare La mégère apprivoisée, écrit par le couple Samuel et Bella Spewack.
A l'occasion de cette nouvelle production au Théâtre du Châtelet, Lee Blakeley a accepté de rencontrer Musical Avenue.

MA : Avez-vous commencé votre carrière de metteur en scène avec l'opéra ?

LB : J'ai étudié les arts dramatiques à l'Université de Glasgow et à la Royal Scottish Academy of Drama and Music. Les premières œuvres sur lesquelles j'ai travaillé en tant que metteur en scène étaient Don Giovanni de Mozart en 1999, et une œuvre de Haendel qui n'avait jamais été mise en scène, intituilée Clori, Tirsi e Fileno, créée au Covent Garden. Je me suis ainsi fait connaître dans le monde de l'opéra.

MA : Quel a été votre premier travail en France ?

LB : A little night music a été ma première mise en scène en France. Jean-Luc Choplin, directeur du théâtre du Châtelet, a souhaité me rencontrer pour me parler spécifiquement de cette oeuvre qu'il souhaitait produire à Paris, où aucune comédie musicale de Stephen Sondheim n'avait jamais été donnée.

MA : Laquelle de vos réalisations Jean-Luc Choplin avait vu auparavant ?

LB : Honnêtement, je n'en sais rien. J'ai d'ailleurs été étonné car avant A little Night music, j'avais essentiellement travaillé sur des opéras et des opérettes. Mais cette demande n'est pas si surprenante : A little night music est structurellement et musicalement très proche d'un opéra.

MA : La transition de l'opéra à la comédie musicale a-t-elle demandé un travail particulier ?

LB : Pour moi il n'y a aucune différence. En mettant en scène un opéra je vais me concentrer sur l'histoire pour que celle-ci soit bien intégrée à la musique et compréhensible. Pour une comédie musicale, il sera encore plus important de se concentrer sur l'histoire, car il y a en général plus d'action que dans les opéras, et cela doit être fluide. La différence réside probablement dans le fait que la mise en scène des dialogues dans les comédies musicales est plus rigide que dans l'opéra, où les dialogues sont chantés.

MA : La comédie musicale étant moins développée en France, aviez-vous peur en venant ici d'obtenir moins de moyens pour produire une comédie musicale que pour produire un opéra ?

LB : J'ai été très chanceux que Jean-Luc Choplin m'accorde une grande confiance et ait cette volonté de créer des comédies musicales comme on crée des opéras, avec une mise à contribution de tout l'espace scénique d'une grande salle comme le Châtelet. Et c'est une différence importante entre les comédies musicales que nous faisons ici, et les comédies musicales plus commerciales qui ne sont pas produites de la même façon, ni dans le même but.

MA : Quelle est la particularité de Kiss me Kate, par rapport aux oeuvres que vous avez déjà mises en scène au Théâtre du Châtelet ?

LB : C'est une oeuvre assez différente de ce que nous avons déjà produit ici. Kiss me Kate est un "book musical", basé sur une pièce de théâtre de Shakespeare La mégère apprivoisée et qui a la particularité d'être une mise en abyme du théâtre : c'est du théâtre dans le théâtre. Kiss me Kate a été créée en 1948 et nous nous sommes attachés à analyser comment le théâtre était produit et mis en scène à cette époque pour pouvoir redonner sur scène cette mise en abyme. Pour aider à la compréhension de l'histoire, il faut s'appliquer à créer une différence de style entre les scènes jouées dans le théâtre et à l'extérieur du théâtre, ce qui est très amusant.

MA : Aviez-vous déjà travaillé sur d’autres œuvres de Sondheim avant les productions du Châtelet ?

LB : J’ai travaillé sur des comédies musicales juste après la sortie de mon école de théâtre puis je me suis très vite dirigé vers l’opéra. J’ai eu cependant l’occasion de travailler sur une toute petite production de Into The Woods en Ecosse avec des étudiants en musique et théâtre. C’était évidemment très différent de la manière dont Into The Woods a été réalisé au Châtelet mais ça a été très enrichissant de jouer avec et une très bonne chose de déjà bien connaitre les personnages !

MA : Quelles sont les différentes étapes créatives pour créer un spectacle aussi important que Kiss Me Kate ?

LB : Il faut tout d’abord décider quel genre d’histoire on souhaite raconter, les personnages au centre de l’histoire et définir quelle est cette histoire. Ensuite seulement, on construit le spectacle. Pour Kiss Me Kate, parce que c’est une comédie musicale à propos de personnages qui font une comédie musicale, il y a l’opportunité d’intégrer beaucoup d’histoires que j’ai moi-même vécues en faisant des spectacles. Ça m’a aussi permis de laisser les artistes proposer leurs propres anecdotes.

C’est passionnant car finalement, chacun connait le côté glamour des shows mais "backstage", il en va tout autrement ! C’est beaucoup de travail et de concurrence entre les artistes. Il faut donc commencer par y intégrer cette réalité et laisser ensuite la comédie s’en dégager.

MA : Pensez-vous que Kiss Me Kate puisse aussi s’exporter à l’étranger ?

LB : Oui bien sûr, je pense que c’est tout à fait faisable. Nous arrivons à rentabiliser nos spectacles car certains d'entre eux sont repris par d'autres maisons d'opéra : notre version de Sweeney Todd au Châtelet a été exportée à l'opéra de Houston et à San Francisco et The King and I sera à Chicago en avril.

La qualité des shows que l’on nous permet de produire au Châtelet est telle que d’autres théâtres nous les envient. C’est une belle satisfaction en tant que metteur en scène de savoir que d’autres admirent votre travail. Jean-Luc Choplin a cette grande ouverture d’esprit et cette vision large qui permet de créer ces spectacles dont la durée de vie se prolonge hors de nos frontières.
C’est un immense crédit pour le Châtelet de voir que ses spectacles sont si prisés à l’étranger !

Interview réalisée par Gabrielle Carayon et Marc Deren


Kiss Me, Kate, de Cole Porter, Bella et Samuel Spewack



Au Théâtre du Châtelet
1 place du Châtelet, 75001

Les 3, 4, 5, 9, 10, 11 et 12 février 2016 à 20h 
Le 6 février 2016 à 15h et 20h
 
Le 7 février à 16h

Paroles et musique de Cole Porter, livret de Bella et Samuel Speawack

Direction musicale : David Charles Abell ; Mise en scène : Lee Blakeley ; Décors : Charles Edwards ; Costumes : Brigitte Reiffenstuel ; Chorégraphie : Nick Winston ; Lumières : Emma Chapman ; Soud design : Stéphane Oskeritzian.

Avec : Christine Buffle, David Pttsinger, Francesca Jackson, Alan Burkitt
 Et : Jasmine Roy, Fela Lufadeju, Martyn Ellis, Daniel Robinson, Jack harrison-Cooper, Thierry Picaut, Joe Sherridan, Damian Thantrey, Franck Vincent, Thomas Boutilier, Ryan-Lee Seager, Sean Lopeman, John Paval
 Ensemble : Lydie Alberto, Emily Apps, Catherine Aarondel, Fiona Bitmead, Elisa Doughty, Wayne Fitzsimmons, Grégory Garrel, Rebecca Jayne-Davies, Franck Lopez, Anjali Mehra, Molly McGuire, Eddie Myles, Lucy Page, Charlotte Anne Steen, Lauren Van Kepen, Leah West, Jack Wilcox



Avec l'Orchestre de Chambre de Paris 



0 réponses

  1. […] au Watermill Theatre, bien que beaucoup intimiste que celle du Théâtre du Châtelet mis en scène par le regretté Lee Blakeley, n'est à manquer sous aucun prétexte, jusqu'au 16 septembre […]

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