Après In The Heights et Hamilton, changement total d’ambiance avec cette comédie musicale valorisant le spectacle vivant, par une sorte de mise en abyme. Pippin est un TFE original, mettant à l’honneur le cabaret et la comédie musicale.
Pour nos lecteurs qui ne connaitraient pas ce spectacle, les premières représentations datent de 1972. Plaçant son action dans une époque évoquant le Moyen-Age, Pippin raconte l’histoire d’un jeune prince qui, malgré sa condition aisée, se questionne sur le bonheur et le sens de la vie. Commence pour lui une quête périlleuse le confrontant à ses propres incertitudes. Tout cela est raconté à travers une troupe de théâtre, où la frontière entre fiction et réalité disparaît de plus en plus. Une approche délicate que Josua Lebraud réussit à réinventer avec ce TFE.
Quand les artistes font naître la magie
Lors des reprises de ces dernières années, l’accent a été mis sur une mise en scène moderne, évoquant l’univers du cirque. On savait que l’angle d’approche serait différent au Cours Florent. C’est avec élégance et sensualité que l’on entre plutôt dans un univers mêlant théâtre et cabaret. On est séduit instantanément par cette atmosphère, avec des vêtements épurés et des ambiances lumineuses précises.



La disposition des sièges et la configuration de la salle participent à inclure le public. Tout au long du spectacle, les artistes vont interagir avec nous, brisant régulièrement le quatrième mur pour apporter des notes humoristiques et d’actualité à un spectacle créé il y a cinquante ans (nous aurons même droit à l’évocation de la désormais incontournable Reine des Neiges).
Les numéros de danse, exécutés très proches de nous, mélangent élégance et sensualité, ce qui n’est pas forcément habituel dans les comédies musicales. Pippin se prête très bien à cet exercice. On a l’impression d’être tantôt spectateur face aux artistes, tantôt de basculer “côté coulisses” avec eux, donnant vraiment le sentiment de faire partie de la troupe. Comme d’habitude, le talent des élèves du Cours Florent ne se démend pas, qu’il s’agisse du chant ou du jeu sur scène. Maud Lagorsse est irréprochable dans son rôle de “Leading Player” et conduit de main de maître toute l’œuvre. Sous sa direction, Pippin explore des thèmes intemporels : la poursuite du bonheur, l’insatisfaction récurrente, l’amour, sonnent comme un écho à nos sujets de société.
Audace et créativité
Ces deux mots résument le sentiment que nous gardons de ce TFE. L’adaptation proposée par Josua Lebraud fait preuve d’originalité et d’ingéniosité. Il est très agréable de se laisser surprendre par de nouvelles mises en scène. Comme annoncé, les artistes sont toujours occupés et vivent leur personnage sans temps mort. Le public est nourri, diverti et amusé. En un mot, il assiste à un spectacle vivant dans son sens premier. La complexité de certaines scènes est une vraie surprise ; les nombreux artistes se répartissent de toutes parts, en petit groupe, tant et si bien qu’il est impossible de focaliser son attention sur tout le monde. Cette effervescence irrigue tout le spectacle. On imagine l’énergie à déployer pour tenir la cadence de la représentation.
La nouveauté est aussi musicale. Même en connaissant les chansons de Stephen Schwartz (que vous avez pu retrouver dans nos playlists), on en redécouvre le sens. Evidemment, la traduction française facilite la compréhension de l’histoire. La précision apportée à cet exercice difficile se ressent ; les dialogues sont tout aussi importants que les musiques, et tout s’harmonise avec fluidité. Les titres emblématiques sont présents, et nous sommes même invités à participer à un karaoké improvisé sur “No Time At All”.



Même si Pippin semble plutôt éloigné des comédies musicales dont on a l’habitude en France, la version proposée par les élèves du Cours Florent pourrait tout à fait avoir sa place sur la scène parisienne. L’inventivité dont fait preuve Josua Lebraud et son équipe pour présenter une nouvelle version d’un spectacle maintes fois joué nous confirme que les jeunes générations sont prêtes à donner un nouveau souffle à la comédie musicale.

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