Critique : « Hello Dolly! » au Théâtre de l’Odéon de Marseille

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Le temps d’un week-end, l’Odéon de Marseille a accueilli une nouvelle production de Hello, Dolly! qui a su séduire un public venu en nombre. Présenté pour la première fois dans cette salle et entièrement interprété en français — chansons comprises — le spectacle assume à la fois l’héritage du grand classique de Broadway et une relecture pleine d’énergie. Entre humour, élégance visuelle et sens du rythme, cette version marseillaise rappelle combien l’œuvre demeure un incontournable du théâtre musical.

Une mise en scène fidèle à l’esprit du musical

Après avoir pu apprécier Hello, Dolly! lors de sa précédente exploitation au Lido de Paris, retrouver aujourd’hui le spectacle dans une nouvelle production constitue un plaisir particulier. La comparaison n’a d’ailleurs pas lieu d’être : cette version présentée à l’Odéon de Marseille affirme sa propre identité, tout en respectant l’esprit originel de l’œuvre.

Le spectacle est proposé intégralement en français, dans une traduction fluide qui conserve l’élégance et la vivacité des dialogues comme des chansons. Ce choix permet au public (pas nécessairement bilingue) d’entrer immédiatement dans l’histoire tout en appréciant les nuances d’humour et les clins d’œil contemporains glissés çà et là. Quelques décalages culturels et temporels apportent une modernité bienvenue sans jamais trahir l’époque dans laquelle se déroule l’action.

Crédit photo : Christian DRESS

La direction musicale contribue largement à cette atmosphère. L’orchestre propose une partition aux sonorités plus cuivrées, volontairement un peu plus « datées » que celles entendues dans d’autres productions récentes. Ce choix s’avère particulièrement pertinent : il restitue le parfum musical de l’époque et s’accorde parfaitement avec l’univers du spectacle ressenti pour cette production.

Parmi les grands moments du spectacle, on retrouve l’ouverture du deuxième acte dans le restaurant, mais aussi la scène finale du premier (« la parade »), d’une grande dramaturgie. La scène débute dans une atmosphère presque intime, lorsque Dolly s’adresse à son défunt mari dans un aparté empreint d’émotion. On découvre alors une héroïne plus fragile, traversée de doutes, magnifiquement interprétée par Laurence Janot, qui offre à cet instant un contraste touchant avec la personnalité flamboyante qu’elle affiche jusqu’alors. Progressivement, toute la troupe rejoint la scène dans une mise en espace immersive, donnant l’impression que la salle entière se retrouve plongée au cœur de la parade. Un final généreux qui rassemble tout ce que l’on aime dans la comédie musicale : émotion, spectacle et énergie collective.

Une distribution de premier plan et un univers visuel élégant

La réussite du spectacle repose aussi sur une distribution particulièrement investie. La voix claire de Julie Morgane (Miss Molloy) impressionne, tandis que l’irrésistible duo formé par Fabrice Todaro et Rémi Cotta (Cornelius et Horace) apporte une dimension comique. Complices et spontanés, les deux interprètes maîtrisent parfaitement l’art du rebond et de l’improvisation. Rien ne semble pouvoir les déstabiliser : un chapeau qui tombe, un tablier récalcitrant lors d’un changement rapide… autant d’imprévus transformés en ressorts comiques qui déclenchent les rires du public. La scène dans la boutique de la modiste constitue à ce titre un moment particulièrement savoureux.

Visuellement, la production fait le choix d’une scénographie qui ne fait pas dans la demi-mesure, malgré les 2 seules représentations programmées. Une grande structure fixe sert de base au décor, tandis que quelques accessoires bien choisis permettent de passer avec fluidité du magasin de graines d’Horace à la gare, de la boutique de la modiste au Harmonia Gardens, le restaurant qui sert de décor à la chanson-titre du spectacle. Des projections en fond de scène — évoquant des photographies anciennes aux teintes sépia — apportent une atmosphère élégante et immersive, créant un contraste intéressant entre esthétique classique et dispositifs scéniques contemporains.

Les costumes non plus n’ont pas été négligés, et comme pour les toutes les productions de l’Odéon, la qualité est au rendez-vous. Robes féminines élégantes, costumes masculins d’époque, touches de violet emblématiques : tout contribue à restituer le charme de cette Amérique de la fin du XIXe siècle. Le célèbre numéro « Put On Your Sunday Clothes » reste, comme toujours, un moment de pur spectacle, pendant lequel les clins d’œil aux chorégraphies du film alternent avec une vision originale, où tous les personnages et les ensembles se rejoignent et occupent toute la scène.

Au-delà de la simple reconstitution d’époque, la mise en scène joue habilement avec les stéréotypes du livret. Les personnages féminins y prennent volontiers l’ascendant, menant les hommes par le bout du nez dans une mécanique comique assumée ; les éléments qui font la signature divertissante de Hello, Dolly! sont présents, et le public y est réceptif par ses nombreux rires.

Avec une salle comble pour ses deux représentations marseillaises, cette production confirme la vitalité intacte de ce classique du théâtre musical, et l’engouement évident du public pour ce genre de spectacles de grande qualité. L’orchestre de l’Opéra de Marseille a enjoué la salle avec sa vivacité, et le public est reparti – comme très souvent à l’Odéon – en chantant l’air iconique de Hello Dolly! entonné lors des rappels et des applaudissements nourris du final. Comme à chaque fois, on regrette un peu qu’il n’y ait que deux dates pour ce spectacle, sentiment partagé par l’ensemble de la salle en écoutant les réactions et discussions des chanceux qui ont pu être présents ce premier week-end de mars.

Ensemble des crédits photos : Christian DRESS

HELLO DOLLY !
Image de Fabrice Felez

Fabrice Felez

Après une enfance où mes loisirs sont centrés autour de la musique et de la danse, c’est tout naturellement que la comédie musicale se présente à moi. En parallèle de mes études de droit, je m’initie aux spectacles, tant modernes que plus traditionnels, qui font naître en moi une véritable passion. Cet élan me pousse à intégrer l’équipe de Musical Avenue pour partager mes découvertes et vous donner envie d’apprécier les trésors de la scène parisienne et française.
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