Critique : « Le Petit Faust » à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet

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Et si l’opérette était une émission télévisée ? ou une émission télévisée une opérette ? c’est le défi que s’est lancé le Palazzetto Bru Zane pour son adaptation du Petit Faust d’Hervé.

Télévision et opérette

Ne vous méprenez pas : il ne s’agit pas d’une reprise du célèbre opéra de Gounod, du même nom, mais d’une version volontairement parodique composée par Hervé quelques années plus tard pour populariser davantage le mythe de Goethe. Reprenant les codes de l’opéra de Gounod, il les détourne pour attirer un public est toujours plus large.

Crédit Photo : Christophe Raynaud de Lage

L’Athénée devient le studio Alexandre, où sont enregistrés certaines des émissions les plus cocasses des années 1980. Accueilli par un chauffeur de salle survolté, le public découvre une ambiance bien différente que celle à laquelle il aurait pu dans ce théâtre lyrique. Cette fois-ci, l’ouverture devient le jingle d’entrée d’une émission populaire : La classe de Faust. S’enchaîne alors des parodies d’émissions des années 1980 et 1990 (la Roue de la Fortune, Tournez Manège…) pour raconter le mythe de Faust. Même l’orchestre des Frivolités, dirigé par Sammy El Ghadab, s’inscrit dans l’atmosphère de l’époque en délaissant la traditionnelle tenue sombre des musiciens pour un camaïeux de pantalons jean, pulls flashy et vestes en cuir.

Le mythe de Faust parodié

L’opérette raconte de manière simple et non moralisatrice l’histoire de Faust qui tombe amoureux de la jeune Marguerite, beaucoup plus jeune que lui. Signant un pacte avec Méphisto, il redevient un jeune homme riche et célèbre. Il tente de séduire la jeune Marguerite. Mais son frère, un militaire protecteur, ne l’entend pas de cette oreille. Sur la scène de l’Athénée, Marguerite (Anaïs Merlin) n’a rien d’une naïve ingénue, mais est une jeune fille séduisante et provocatrice qui se rebelle face à l’autorité de son frère et ne serait pas contre épouser un millionnaire. Faust (Charles Mesrine), quant à lui, est un vieux professeur moqué par ses élèves. Manipulé par le diable, cet intellectuel se révèle surpris de tomber amoureux de Marguerite et devient un jeune transis obsédé à l’idée de la retrouver. Méphisto est une figure démoniaque et sulfureuse incarnée par Mathilde Ortscheidt. Elle offre une riche palette de jeu, pleine de sensualité et de manigances, qui rappelle au public qu’elle n’a rien d’une bienfaitrice et que son interférence dans la vie de Faust suit avant tout son propre agenda.

Crédit Photo : Christophe Raynaud de Lage

L’influence de la comédie musicale est particulièrement présente dans cette œuvre où tous les chanteurs dansent également avec des numéros parfois véritablement physique. Une belle performance saluée par le public.

Une mise en scène qui joue à brouiller les pistes

La mise en scène est signée Sol Espèche qui a recréé sur scène le plateau d’une émission télévisée ; elle apporte une dimension plus moderne au propos d’une opérette défraichie. La distinction claire entre « tournage » et « pause du tournage » s’estompe peu à peu au fil du spectacle alors que les émissions se succèdent, reflétant également l’évolution de l’univers télévisuel français depuis les jeux télévisés jusqu’aux débuts de la téléréalité.

La réception positive des spectateurs n’avait rien d’évidente : le public avait de quoi s’inquiéter quand, pendant les dix premières minutes, il se retrouve face à des acteurs surjouant de manière grotesque des personnages. Heureusement, l’entrée en scène du frère de Marguerite (Igor Bouin) se révèle salvatrice. Comme il le dit si bien, personne ne souhaite rester deux heures devant des artistes jouant volontairement aussi mal. Interrompant la lourdissime interprétation des comédiens, il se lance dans une longue et hilarante tirade et propose quelques traits d’humour sur le milieu de la culture qui en dérideront plus d’un. A partir de là, le spectacle enchaine dans une atmosphère joyeuse. Le ton est donné, rien ne doit être pris trop au sérieux.

Si la transposition dans l’univers télévisuel des années 1980 est globalement réussie, certaines chansons ont quand même été bien tordues pour entrer dans la narration et les paroles d’Hervé conservent un côté daté – voire rétrograde – en décalage avec la narration qui se veut plus moderne.

Malgré cela, le public rit et se laisse emporter dans cette fantaisie délurée où l’opérette, la télévision et le burlesque se réunissent en un joyeux spectacle. La réception enthousiaste des plus jeunes dans la salle souligne à quel point le rire peut être puissant pour amener de nouveaux publics à l’art lyrique.

Le Petit Faust
Image de Segolene Boulai

Segolene Boulai

Après une enfance bercée par les claquettes de Fred Astaire et la voix de Marnie Nixon, mon amour de la comédie musicale nait lors d'un inoubliable passage à Broadway pour voir "Matilda". Dès la fin du voyage, je me mets à grappiller toutes les informations possibles sur ce genre idéal pour moi qui ne veux pas choisir entre la danse, le théâtre, la musique et le cinéma. L'arrivée à Paris est l’occasion de découvrir la place croissante du spectacle musical en France, au-delà de tout ce que je soupçonnais. Et here I am ! ayant à cœur de partager toujours davantage cette passion, je rejoins l’équipe de Musical Avenue en 2021.
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