Présenté en générale de presse aux Folies Bergère de Paris le 12 février dernier, Monte-Cristo, le spectacle musical a réuni la crème du milieu de la comédie musicale française pour proposer au public une épopée au cœur du monument littéraire de Dumas. On embarque ?
Monte-Cristo a décidément le vent en poupe ! Certes, l’image est facile. Mais c’est un fait : toute polémique mise à part, il n’est pas monnaie courante d’avoir à l’affiche deux spectacles musicaux mettant à l’honneur le héros de d’Alexandre Dumas en même temps… ou presque, puisque si La Légende de Monte-Cristo a d’ores et déjà emprunté les routes de France et de Navarre après une petite semaine seulement au Dôme de Paris, Monte-Cristo, le spectacle musical vient pour sa part tout juste de lever le rideau sur sa générale de presse ce jeudi 12 février aux Folies Bergère, avant un départ en tournée à la fin de l’exploitation parisienne prévue le 19 avril prochain. A l’occasion de cette dernière, artistes, journalistes, blogueurs et public en tous genres se bousculaient pour découvrir sur scène ce projet qui réunit actuellement le haut du panier des artistes de la comédie musicale française.
Dans cette adaptation musicale des aventures d’Edmond Dantès, alias le Comte de Monte-Cristo, on retrouve à la mise en scène un habitué des comédies musicales françaises en la personne d’Alexandre Faitrouni (Nos années parallèles ; Les Producteurs). Il s’est entouré notamment de Benoît Poher (du groupe Kyo) et Franklin Ferrand pour la partition, Stéphane Laporte et Yann Guillon pour le livret, ou encore de Julien Mairesse pour la scénographie.
Un récit dense… mais limpide
Adapter le roman-feuilleton de Dumas relevait du défi tant sa densité narrative est grande. Il en va de même pour la complexité des personnages, évoluant et changeant de nom au gré de l’histoire, sans parler des nombreuses transformations d’Edmond Dantès. Un jeu de masques et de dupes plutôt complexe à mettre en scène. Le pari est pourtant tenu : si l’ensemble gagnerait peut-être à être légèrement resserré, l’histoire demeure en tout cas très lisible. Ici, nul besoin de narrateur extérieur ni de surtitrage explicatif ; les dialogues, bien écrits, suffisent à guider le spectateur dans les méandres de la vengeance d’Edmond Dantès. Une clarté qui mérite d’être saluée.
Du côté de la distribution, que nous vous avions révélée en partie au printemps dernier, c’est donc Stanley Kassa (Le Roi Lion ; Les Misérables) qui a la lourde tâche d’endosser le chapeau haut-de-forme du comte de Monte-Cristo, et toutes les autres déclinaisons de son personnage. Il campe un Edmond Dantès charismatique et habité, tour à tour lumineux et torturé. Il est accompagné par Océane Demontis (Le Roi Lion ; Les Misérables) qui incarne Mercédès, le premier amour d’Edmond Dantès, Jade Gaumet (Starmania) dans le rôle d’Haydée, Tatiana Matre (Chat botté, le musical ; Émilie Jolie) pour celui d’Hermine, ou encore Nathan Desnyder (Chat Botté, le Musical ; Rebecca) en Cavalcanti. Le trio d’ennemis jurés d’Edmond est pour sa part interprété par Loïc Suberville (Come From Away ; Company) en Fernand de Morcerf, Cyril Romoli (1789 les Amants de la Bastille ; Colorature, Mrs Jenkins et son pianiste) en Danglars, et Maxime de Toledo (Les Misérables) en Gérard de Villefort. Pour endosser les rôles d’Albert de Morcerf et d’Eugénie Danglars, on retrouve respectivement Antoine Le Provost (Gypsy ; Cher Evan Hansen) et Lila Touchard. De manière globale, la vingtaine d’artistes présents sur scène offre une interprétation maîtrisée, tant au niveau du chant que de la comédie. On retient plus particulièrement le jeu et les moments d’ensemble des 3 « méchants » de l’histoire, ainsi que les envolées vocales habitées de Tatiana Matre. Jade Gaumet, que l’on avait pu découvrir en tant que danseuse sur Starmania, tire également son épingle du jeu côté chant et comédie et mêle d’ailleurs habilement les 3 arts sur l’un des tableaux les plus marquants du spectacle, « L’Orpheline ».
Une scénographie ingénieuse au service de l’histoire
Dans l’espace pourtant contraint des Folies Bergère, la scénographie de Julien Mairesse se révèle particulièrement astucieuse. Certes, encore une fois et comme dans la plupart des productions actuelles, le mapping est omniprésent. Mais là où beaucoup de spectacles musicaux se heurtent au côté « kitch » et artificiel que peut induire l’utilisation excessive de projections vidéos, force est de constater que cela fonctionne ici plutôt très bien. Loin du simple décor animé, elles offrent notamment une belle profondeur de champ. La scène se scinde et se recompose en autant d’unités de temps et de lieux que l’intrigue l’exige, permettant de passer d’un cachot du château d’If à un salon mondain, d’un pont de navire à un décor de fiançailles provençal, avec une fluidité remarquable. Seuls quelques éléments matériels habillent le plateau, à l’image d’un grand escalier amovible ou d’un module rectangulaire qui se transforme tour à tour en table de banquet ou en proue de bateau. Seule ombre au tableau, les noirs scène et certaines transitions parfois un peu trop abruptes.
Partition en demi-teinte
Les costumes de Sylvain Rigault sont plutôt bien travaillés et plongent directement le spectateur au cœur du 19e siècle. Concernant la partition soft/pop-rock du spectacle signée Benoît Poher et Franklin Ferrand, elle se montre efficace et bien intégrée au livret, même si peu de morceaux restent finalement en mémoire. Face à une œuvre aussi ample et passionnée, on aurait néanmoins aimé un souffle un peu plus épique sur certains titres… De même, il nous a manqué un orchestre live ; un mal dont souffre malheureusement la plupart des spectacles musicaux qui partent actuellement en tournée ! Dernier bémol : quelques chansons interrompues puis reprises plus tard dans le spectacle ; un procédé pouvant créer de la frustration à certains moments.
Malgré ces quelques défauts, Monte-Cristo le spectacle musical propose donc une adaptation solide et lisible d’un monument littéraire bien connu du grand public, portée par des artistes dont le talent n’est plus à démontrer dans le milieu du spectacle musical français. Un pari ambitieux, largement relevé, qui devrait facilement trouver son public. Moment rare et suffisamment notable pour être souligné : lors des saluts, l’équipe technique est mise à l’honneur au même titre que les artistes. Une reconnaissance bienvenue pour ces artisans de l’ombre dont le travail se révèle ici tout particulièrement essentiel…
Si vous souhaitez mettre le cap sur les Folies Bergère pour découvrir le spectacle, c’est jusqu’au 19 avril prochain, avant un départ en tournée dans toute la France !
