Critique : « Yalla ! Le Tajine musical » à la Comédie Saint-Michel

Temps de lecture approx. 4 min.

Yalla ! Le Tajine musical existe depuis bientôt 10 ans, il était temps que Musical Avenue aille goûter ce qu’il propose ! C’est désormais chose faite. À défaut des papilles ouvrez grand les oreilles… C’est par ici !

Une table à laquelle tout le monde est convié

Aujourd’hui plus que jamais, il est bon de s’affranchir des étiquettes identitaires limitantes pour laisser parler la richesse de l’humain. Soutenu par la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), et Beit Haverim, une association veillant à la défense des droits des juifs homosexuels, Yalla ! Le Tajine musical est porteur avant tout d’un esprit d’ouverture et de mixité qu’il partage comme un bon plat, avec générosité.

On y découvre Donna, appelé ainsi grâce (à cause, dirait-il) de la chanson éponyme de Claude François, et renommé par ses bons soins Dany (Samuel Sebban), s’apprêtant à aller au mariage de sa cousine. Fils de Nejma (Noémie Bouskila), une marocaine juive séfarade, il y va en compagnie de sa meilleure amie, Estelle (Maïka Cordier), qui lui sert de +1. En effet, il n’ose pas avouer son homosexualité à sa mère -qui coche joyeusement beaucoup de stéréotypes-, ni lui présenter officiellement son compagnon, Farid. Grâce à Estelle, une tornade extravertie qui refuse de lui servir encore d’alibi, il va finir par se révéler, et, plus important encore, accepter qui il est, malgré tout ce que cela peut engendrer de contradictions identitaires – peut-être bien plus compatibles qu’il ne le pensait.

Yalla ! Le tajine musical ; queer ; juif ; humour
Crédit photo : Riyako Suketo
Yalla ! Le tajine musical ; queer ; juif ; humour
Crédit photo : Riyako Suketo

Yalla !… met sur la table énormément de sujets importants et lourds, dénonçant homophobie, antisémitisme, racisme… sans faire de manière ; c’est parfois beaucoup pour un petit spectacle d’une heure trente, mais cela fonctionne plutôt bien, grâce à l’humour omniprésent – et une pincée d’autodérision. Quelques moments sérieux touchent par leur justesse cependant : le duo entre Dany et sa mère, la manifestation où l’on distribue des pancartes « Je suis…» à tout le monde, tandis qu’Estelle brandit sur scène l’éloquent « Je suis comme toi. »…

Quant à l’extravagance de Nejma, elle fait mouche, et avec Estelle, les deux femmes emportent le public -et Dany- dans leur tourbillon musical et chaleureux.

Un délice musical

Bien que l’on adhère à la nécessité du discours véhiculé par l’histoire, ce qui est le plus marquant, dans ce spectacle -et ça tombe bien !- c’est la musique. Au fil du récit, on va entendre – et sûrement fredonner – douze chansons reprises d’airs populaires, de l’incontournable « Hava Nagila » du mariage, à la chanson « Diva » grâce à laquelle Dana International a remporté l’Eurovision en 1998, en passant par « Les Filles de mon pays » d’Enrico Macias… Ces musiques que l’on pourrait penser un peu éventées prennent soudain une toute autre dimension, grâce à la simplicité du piano (joué par Loann Belly) et aux incroyables voix et harmonies qui nous sont données à entendre. Il suffit de la chanson d’ouverture, une merveilleuse reprise aux trois voix + piano de « Donna Donna » de Claude François, pour plonger dans une émotion musicale que l’on n’attendait pas, et qui renaîtra tout au long du spectacle, par exemple avec le « Alléluia » de Rika Zaraï qui souhaite «transformer les champs de bataille en champs de blé », des paroles qui résonnent étrangement aujourd’hui.

Yalla ! Le tajine musical ; queer ; juif ; humour
Crédit photo : Riyako Suketo
Yalla ! Le tajine musical ; queer ; juif ; humour
Crédit photo : Riyako Suketo

Les voix vibrent, virevoltent, déchirent et emportent (mention spéciale aux femmes, et à Noémie Bouskila, renversante). Peu importe que l’on parle ou non yiddish, hébreu, ou arabe, les limites linguistiques n’existent plus : on prend l’émotion de la musique de plein fouet. Un beau symbole pour comprendre (pour qui ne serait pas déjà convaincu) le message de la pièce.

Yalla ! Le tajine musical ; queer ; juif ; humour
Crédit photo : Riyako Suketo

S’il y a donc beaucoup d’ingrédients dans ce Tajine, un peu trop peut-être pour que tous ressortent comme ils le mériteraient, on ne peut qu’encourager ce type de spectacle. C’est vivant, convivial, et bien que le discours soit nécessaire, Yalla ! Le Tajine musical pourrait se regarder uniquement pour le plaisir des oreilles. Comme dirait Jean-Jacques Goldman : « Quand la musique est bonne »… Et si au passage le spectacle nourrit un peu les consciences… Une chose est sûre, nous reprendrons avec bonheur un part de ce Tajine !

Pour réserver, ça se passe ici : http://www.comediesaintmichel.fr/?q=node/682

Yalla ! Le Tajine musical
Image de Marie Laugaa

Marie Laugaa

Tombée dans la comédie musicale en même temps que le cinéma, avec mes premiers films -Le Magicien d’Oz, Les Demoiselles de Rochefort, et Disney, évidemment-, la révélation se fait lorsqu’à 12 ans je découvre la version scénique du Passe-Muraille mise en musique par Michel Legrand. Puis Notre-Dame de Paris finit de me rendre addict… Quelques années plus tard, c’est Londres, Le Roi Lion, et ses théâtres à perte de vue : un coup de foudre instantané ! Côté français, le Vingtième Théâtre devient mon QG, les événements Diva ma fête nationale, mais le genre reste encore assez confidentiel… Depuis, bonheur !, on ne compte plus les productions, la comédie musicale ayant enfin commencé à débarquer en fanfare si méritée. Allez, on se fait plaisir et on en discute ?
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