Critique : "Adam et Ève – La Seconde Chance" au Palais des Sports de Paris et en tournée

Critique : "Adam et Ève - La Seconde Chance" au Palais des Sports de Paris et en tournéeDans l’étincelante cité d’Eden, le jeune Adam est confronté à un dilemme. Entre "avoir" (l’argent, le pouvoir, le mariage avec la jolie blonde) et "être" (avec Ève), quel choix fera t-il ?
Adam et Ève, le nouveau spectacle musical de variétés de Pascal Obispo, occupe le Palais des Sports de Paris depuis le 31 janvier. Bien que la découverte des coulisses des répétitions nous promettait un spectacle d’envergure, force est de constater que le résultat est affligeant, si ce n’est catastrophique.

Même Cindy 2000 faisait mieux

Régulièrement, on me reproche d’être très bon public et de donner trop de crédit aux "comédies musicales à la française" telles que Le Roi Soleil, Roméo & Juliette ou encore Les 10 Commandements. Alors certes, ce n’est pas non plus ma tasse de thé mais je sais reconnaître pourquoi certains apprécient le genre. Malgré ses défauts, on y retrouve régulièrement de beaux tableaux, des histoires plutôt simples mais cohérentes et des chansons de variétés qui se réécoutent facilement.

C’est certes facile de critiquer, surtout quand on a l’habitude de voir des "musicals" de Broadway et du West End ou du théâtre musical français, essayons ici d’être constructifs. L’intention n’est pas de détruire gratuitement le spectacle, loin de là, mais soyons honnêtes : Adam et Ève – La Seconde Chance est d’une qualité tellement médiocre que certaines scènes en deviennent risibles (l’ouverture ressemble à un mélange entre Tron et Starwars, puis on se croirait dans l’antre de Scar du Roi Lion avec des combats à la Matrix lors de l’affrontement final du dernier acte… et encore, c’est sans mentionner le "haka" guerrier !).

Et pourtant, les artistes font de leur mieux….

D’emblée, la pauvreté du livret est mise en évidence par des dialogues particulièrement creux. Cela se répercute sur la personnalité, ou plutôt devrait-on dire l’absence de personnalité, des personnages : Adam passe en une scène d’un jeune homme raide comme un piquet à un homme libéré vraisembablement amoureux ("vraisembablement", parce qu’il nous est impossible de le ressentir) après un seul regard échangé avec Ève, une métisse protestataire qui vit de l’autre côté de la rigide cité d’Eden.

Si le clin d’oeil à West Side Story fait sourire, l’alchimie entre Thierry Amiel (Adam) et Cylia (Eve) laisse de marbre : ils partagent finalement peu de chansons et leur relation se noue instantanément, presque robotiquement et sans quelconque accro. C’est fort préjudiciable car tous deux sont plutôt bons chanteurs et se débrouillent comme il le faut en danse (ah, la scène déjà mythique d’inspiration Bollywood !). Au bout du compte, on retient malheureusement surtout l’inintérêt total de leurs personnages.

À leurs côtés, l’ensemble des personnages secondaires se débrouille correctement avec des chansons et des dialogues pourtant loin d’être à la hauteur de ce que l’on peut attendre d’un Monsieur comme Pascal Obispo. Soulignons en particulier la performance de Nuno Resende dans le rôle de Snake le révolté, qui donne goût et énergie au spectacle. La pauvre Liza Pastor (Zorro ; Hair) n’a, elle, vraiment pas grand chose de qualité à défendre dans le rôle de la méchante de service. Solal fait du Solal et Noémie Garcia, qui joue Strawberry, la meilleure amie d’Ève, interprète une chanson qui n’est pas sans rappeler le style de Mélissa Mars, mais que l’on oublie vite. Enfin, on regrette que Sam Stoner (le conteur) ait à répéter le thème "Adam et Ève" à toutes les sauces et à tous moments. Ça en devient vite lassant et agaçant.

Un air de déjà-vu malgré des moyens colossaux

Pour le reste, Adam et Ève, c’est vite vu : l’écran géant sur scène (120 mètres carrés !) diffuse des vidéos qui, couplées à la création lumière, distraient facilement le spectateur et font oublier un décor pourtant grandiose. Les transitions sont molles et l’enlèvement d’Adam, qui aurait pu constituer l’une des scènes les plus intéressantes, se réduit finalement à une ellipse.
L’histoire est basique et les chansons sont monotones, lancinantes…
aucune n’a d’ailleurs véritablement retenu notre attention ; si ce n’est l’une des dernières du spectacle, confrontant Ève à Lilith, pour ses paroles consternantes ("Alors c’est toi la conne / qui m’a piqué mon homme").

En outre et à plusieurs reprises, on ne peut s’empêcher de penser qu’Adam et Ève lorgne franchement du côté de Starmania, ni se demander si Pascal Obispo s’est inspiré du musical We Will Rock You à Londres pour appliquer le principe des hippies révoltés qui souhaitent renverser le système par le chant. Pour terminer, il n’y a pas un seul tableau dans ce spectacle qui ne voie se balancer quelqu’un ou quelque chose au bout d’un filin à 3 mètres du sol… par pitié, innovez un peu, s’il vous plaît !

En tout cas, voilà un ensemble de défauts qui est bien regrettable au vu des moyens, de l’équipe créative et des artistes qui se sont engagés avec la production d’Adam et Ève. Le spectacle ne présente rien de mémorable et pourtant il y avait largement matière à créer un beau divertissement musical. Un gâchis monumental.

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Adam et Eve, la seconde chance, de Pascal Obispo

Du 31 janvier au 6 mars 2012
Au Palais des Sports de Paris
1 Place Porte de Versalles, 75015 Paris

Et en tournée en France à partir de septembre 2012.

Composition : Pascal Obispo ; Chorégraphies : Tokyo ; Scénographie : Mark Fisher ; Co-écriture du livret : Jean-Marie Duprez ; Assistance à la mise en scène : Elisabeth Rapp ; Création des costumes : Christine Jacquin ; Création vidéo : Gilles Papain ; Conception lumières : Dimitri Vassiliu ; Co-réalisation musicale : Mathieu Daquin ; Brice Davoli : A
rrangements orchestre ; Chorégraphie aérienne : Florence Delahaye et Gabriel Dehu ; Coaching vocal : Jua Amir ; Direction d’acteurs : Raymond Acquaviva ; Direction du casting : Bruno Berberes

Avec : Thierry Amiel (Adam), Cylia (Eve), Solal (Solus), Liza Pastor (Lilith), Nuno Resende (Snake), Noemie Garcia (Strawberry), Stam Stoner (Mint, le conteur)

Stephany Kong

Stephany Kong

Parisienne de naissance et de cœur (ici c'est Paris !), fan de Disneyland et de cinéma américain, j'ai grandi au Japon et à Singapour puis découvert la comédie musicale au cours de mes études en Angleterre avec "Wicked". Devenue une fervente supportrice du genre, j'ai rejoint MusicalAvenue à mon retour en France, en parallèle de mon activité professionnelle de chef de projet chez EDF.
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