Critique : "Dracula – l'Amour plus fort que la mort" au Palais des Sports puis en tournée

Critique : "Dracula – l'Amour plus fort que la mort" au Palais des Sports puis en tournéeChaque rentrée, le nouveau spectacle du Palais des Sports est un événement. Ravivant la passion du grand public, et provoquant souvent des réactions plus ou moins mesurées de la part des critiques, ces grands spectacles musicaux sont pour le moins attendus. Cette année, Kamel Ouali nous présente son interprétation de Dracula.
Au menu : danse, magie et… musique. Un résultat pas inintéressant qui, malgré ses lacunes, témoigne d’une volonté assumée de présenter du spectaculaire au public hexagonal.

Kamel Ouali fait du Kamel Ouali, et on ne pourrait certainement pas le lui reprocher. Décors imposants, nombreux danseurs et danseuses, mélange d’influences,etc. Et en contre-partie malheureusement, quasi-absence de livret, manque de cohérence dramaturgique et même artistique…

Visuellement réussi

Force est de constater que le paquet a été mis au niveau visuel, comme les répétitions le laissaient entendre. Le bon goût est même parfois au rendez-vous lors de certains tableaux qui peuvent facilement impressionner, voire séduire, même si l’on pourrait reprocher à Kamel Ouali de parfois tirer un peu trop facilement sur les mêmes ficelles. Trapèzes, danseurs suspendus, accessoires incongrus, costumes délirants : à tout ceci s’ajoute l’impression de fouillis créée par le trop grand nombre de personnages sur scène, nuisant à la lisibilité du spectacle.
L’intérieur du château du vampire des Carpates exprime pourtant une esthétique qui fonctionne bien, créant des tableaux gothiques dignes de la Famille Addams ou d’un concert de Mylène Farmer.
Cependant, on retrouve par-ci par-là des inspirations qui relèvent plus du plagiat que du simple clin d’œil hommage. On pense notamment au clip "Thriller" de Michael Jackson (l’inévitable danse de morts-vivants), au musical de Broadway Spider-Man Turn Off the Dark (des personnages surnaturels survolent le public) ou à certains spectacles de Franco Dragone (le chandelier humain géant) ou du Cirque du Soleil.

Côté innovation, la 3D fait une incursion attendue dans le spectacle. Sur des beats électroniques efficaces, une séquence sur écran est prolongée par un ballet radicalement innovant interprété par les deux personnages principaux Dracula (Golan Yosef) et Mina (Nathalie Fauquette), tous les deux visiblement dans leur élément.

De grosses lacunes

On ne parlera pas ici de la direction musicale qui, à l’instar du Roi Soleil ou de Mozart l’Opéra Rock, est le fruit de la collaboration des écuries de maisons de disques françaises, délivrant un savant patchwork de variété aux accents pop-rock édulcorés. En partant du postulat que ce divertissement n’est pas une "comédie musicale" dans le sens où on l’entend mais plutôt un "spectacle musical de variétés", le cahier des charges semble rempli, à quelques détails près. Mais pas des moindres…

La musique, élément pourtant central du spectacle, n’est pas interprétée par un orchestre et c’est malheureusement une bande enregistrée que l’on nous sert. Un comble, limite doublé d’un scandale, pour un spectacle musical de cette envergure. Faudra-t-il attendre le retour éventuel de Dracula au Palais des Sports pour découvrir une version avec orchestre, comme pour les spectacles précédents ?
Une violoniste vient juste agrémenter quelques scènes, sans doute pour apporter une dimension d’authenticité romantique, qui retombe à plat.
Même constat pour les chœurs préenregistrés qui installent une distance et une froideur contrariantes. La trentaine de danseurs sur scène ne peut-elle pas également faire office de chœur ? Cette séparation des talents qui exige qu’un artiste sur scène ne puisse  s’exprimer que dans une seule discipline (chant, danse, ou comédie, au choix) est regrettable et est la contradiction même de l’essence du théâtre musical.

Le second défaut majeur de Dracula, dans la lignée du premier, est l’absence flagrante de talent de comédien de la plupart des artistes sur scène. Les séquences jouées sont un supplice tant le ton, le jeu, et les rares tentatives humoristiques sonnent faux chez certains interprètes. Heureusement, Lola Cès ou Gregory Deck s’en sortent beaucoup mieux.
On préfère donc les chansons, dans lesquelles les interprètes s’expriment plus librement, Julien Loko, Ginie Line ou Florent Torres en tête. Ce dernier, avec la chanson "L’amour plus fort que la mort", a d’ailleurs le privilège d’interpréter la seule séquence émouvante du spectacle. En Dr. Van Helsing, Aymeric Ribot reste trop faible.

Personnalisant un style de plus en plus maîtrisé malgré des influences parfois un peu trop flagrantes, Kamel Ouali semble avec Dracula, l’Amour plus fort que la mort, s’orienter vers une forme plus évoluée de grand spectacle à la française. En dépit des aspects perfectibles du spectacle (dont le public ne lui tient pas toujours rigueur), le chorégraphe metteur en scène distille une nouvelle définition du spectacle populaire qui, nous l’espérons, saura continuer à se renouveler et se métamorphoser.


Dracula – L’Amour plus fort que la mort, de Kamel Ouali.

Au Palais des Sports de Paris
1 place de la Porte de Versailles
75015 Paris

Du 30 septembre au 4 décembre 2011, les mardi, jeudi et vendredi à 20h, le samedi à 14h30 et 20h00, le dimanche à 15h.
Avec : Lola Ces, Gregory Deck, Anaïs Delva, Nathalie Fauquette, Julien Loko, Ginie Line, Aymeric Ribot, Florent Torres et Golan Yosef.

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