Critique: "Hair" au Palace

"Hair" au PalaceAprès la version mise en scène par Ned Grujic en 2009, une nouvelle adaptation de Hair mise en scène par Sylvain Meyniac est apparue sur la scène du gymnase  durant 15 jours au Printemps. Cette version, grandement soutenue par Pierre Bergé (président du Sidaction) comme le laisse penser l’affiche, joue les prolongations au Palace jusqu’au 30 juillet. Nous avons assisté aux premières représentations.

On retrouve les ingrédients basiques de Hair : la troupe se mêle au public, le show débute par un "Aquarius" tonitruant entonné par l’excellente Anandha Seethanen (Ginger Circus; Another road) particulièrement remarquable, et la troupe se dénude au milieu du show.
D’un point de vue sonore, Dieu merci, on note la présence de musiciens live, mais le Palace n’a pas la sono qu’il faut : ça résonne, on n’entend pas bien les voix, et la technique semble en être la principale cause.

D’un point de vue esthétique, le parti pris est moins risqué que la production que nous avions vue il y a deux ans : les garçons s’en sortent avec des costumes pertinents avec les origines du spectacle (hippie, dandy façon Orange Mécanique, veste de soldat…). La majorité des demoiselles semble en revanche sortie des pages mode d’un magazine people : c’est franchement étrange, parfois vulgaire et ça rompt assez désagréablement avec le reste de la troupe.



Du célèbre précepte "Faites l’amour, pas la guerre", qui résume bien l’idéologie anti-guerre du Vietnam dans laquelle s’inscrit Hair originellement, la production retient la thématique charnelle et tente donc d’offrir une nouvelle lecture de la pièce à 180°. En effet le fléau du sida est peut-être plus en phase avec les préoccupations d’aujourd’hui et notamment celles du producteur, président du Sidaction au profit duquel se donne cette série de représentations.

Le metteur en scène et adaptateur met donc l’accent sur le sexe, l’affirmation de soi et d’autres thèmes du même acabit. Au passage, une bonne partie des chansons de la pièce sont coupées. L’œuvre y gagne en rythme et en concision mais malheureusement le sens se perd : la structure même de Hair, en version originale (musical concept sans livret au sens traditionnel du terme) présente déjà un défi délicat pour saisir l’intérêt du public et l’entraîner dans la narration. Malheureusement, cette réécriture ne prend pas vraiment et la mise en scène peine à créer un lien entre les différentes saynètes… même en connaissant l’œuvre on a franchement du mal à comprendre ce qui se passe sur scène et les tableaux, qui s’enchaînent sans répit, donnent parfois plus l’impression d’un concert hommage que d’une comédie musicale qui essaie de faire passer un message…

Le parti pris d’effacer la thématique anti-guerre de la pièce n’est même pas assumée jusqu’au bout, puisqu’on retrouve par exemple la chanson du matricule ("Trois-cinq-zéro-zéro")… Pire, comme dans de nombreuses comédies musicales adaptées en France ces dernières années, l’adaptateur n’a pas pris de parti assumé quant aux paroles des chansons : on découvre certains passages traduits en français et d’autres conservés en version originale…

La faiblesse majeure de cette nouvelle version de Hair réside dans le personnage de Claude : lui qui doit partir faire la guerre dans la version originale se retrouve ici contraint d’aller en école militaire, et y apprend qu’il est porteur du virus du sida. Mais est-ce vraiment le cas ? En voulant rester trop subtile, le texte et la mise en scène taisent le mal qui ronge le personnage (misogyne et déplaisant au passage). Alors même que la lutte contre le sida est annoncée comme le pivot de cette réinvention de la pièce, on ne nous le montre jamais vraiment (et ce n’est pas une projection vidéo maladroite du virus qui rattrape ce loupage) et la mort de Claude, à la fin de la pièce, est totalement obscure.
On passera sur la scène de partouze qui est kitsch et vulgaire à souhait dans son approche et son esthétisme, parce qu’elle se clôt sur une jolie image plus authentique et émouvante lorsque les comédiens s’alignent nus à contre jour avant de faire face au public.



Du côté de la distribution, Laurent Ban entraîne une troupe énergique et prometteuse parmi laquelle quelques jeunes interprètes tels que Régis Olivier (L’éveil du printemps), Philippe d’Avilla (Roméo et Juliette; Encore un tour de pédalos), et Lola Aumont sortent du lot. On ne sait en revanche pas ce qu’est devenu Fabian Richard, pourtant annoncé sur les flyers disponibles à l’entrée de la salle.

Même si ce Hair cru 2011 ne nous a pas franchement fait vibrer, on ne peut que vous encourager à aller le découvrir par vous-même et soutenir la lutte contre le sida : 30% des bénéfices sont reversés au Sidaction.


Hair, de Gérôme Ragni, James Rado  et Galt MacDermot

du 17 juin au 30 juillet 2011

Théâtre Le Palace
8 rue du Faubourg Montmartre
75009 Paris

Mise en scène : Sylvain Meyniac ; Musique Galt : Mac Dermot ; Adaptation française : Sylvain Meyniac ; Direction musicale : Alexandre Finkin ; Costumes : Victoria Vignaux ; Décors : Anne Wannier ; Scénographie : Stéphane Baquet ; chorégraphie: Jean-Claude Marignale.

Avec Laurent Bàn, Laurent Marion, Lucie Bernardoni, Lorène Devienne, Corentine Planckaert, Candice Parise, Anandha Seethanen, Camille Turlot, Régis Olivier, Lola Aumont, Jua Amir, Alexander Donesch, Noémie Alazard, Anne Mano, Philippe d’Avilla, Dominique Magloire, Sebastien Lete, Xavier Combs, Alex Finkin, François-Charles Delacoudre et Héloïse Adam.

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