Critique : "Mike – Laisse nous t’aimer" au théâtre Comédia

Voilà déjà plusieurs semaines que le Théâtre Comédia présente son biopic musical, ou plutôt sa comédie musicale basée sur la vie de Mike Brant.

De son adolescence en Israël jusqu’à son suicide à Paris, Thomas le Douarec, le metteur en scène du spectacle, propose une traversée de trois heures dans l’univers du "Showbiz" des années 1970.

Le livret : le point fort du spectacle.

La qualité des livrets des spectacles musicaux en France est généralement très inégale. Par conséquent, le projet de raconter la vie de Mike Brant pouvait laisser perplexe au départ. En transposant sa pièce de théâtre en spectacle musical, Gadi Inbar et son équipe réussissent leur pari et donnent à ce show une allure de véritable comédie musicale. L’enchainement des scènes se fait de manière cohérente et l’intégration des chansons vient en continuité de celles-ci ; nous retiendrons en particulier la scène des clochards qui arrive à donner un côté Broadway à ce spectacle français.


Moshé (futur Mike) Brant (Grégory Benchenafi) en pleine rébellion contre son père (Christian Mulot), sous l’œil fatigué de sa mère (Valérie Vogt).

Thomas le Douarec insiste sur sa volonté de montrer l’opposition entre l’univers glamour du "Showbiz" et le monde cauchemardesque d’Auschwitz, contraste qui constituait le quotidien du chanteur. Certaines scènes sont bouleversantes, mais l’ombre nazie ne plane que par intermittence sur le spectacle, laissant logiquement un peu plus de place aux paillettes…

Cependant, alors que la structure de ce livret est d’excellente qualité, l’écriture n’est parfois pas à la hauteur. Par exemple, les quelques anachronismes, certes volontaires et humoristiques, peuvent déstabiliser certains spectateurs qui ne demandent qu’à adhérer à cet univers. Une autre bonne idée de ce spectacle est d’intégrer à la fois des chansons de Mike Brant, mais aussi quelques tubes de Sylvie Vartan où Dalida, présentes sur scène avec d’autres personnalités de l’époque comme Danielle Gilbert ou Dave. Plus qu’un spectacle sur le personnage, cette pièce se veut aussi témoignage d’une époque.


Sylvia Vartan (Aurore Delplace) et Manuel (Antonio Interlandi) écoutent Mike Brant (Gregory Benchenafi)

Un Mike Brant ressuscité

Thomas le Douarec n’aurait probablement pas pu faire ce spectacle s’il n’avait pas croisé sur sa route Grégory Benchenafi : celui-ci est l’incarnation parfaite du chanteur, dont il arrive même à imiter l’accent. Il propose un Mike Brant juste avec une voix puissante, dans une prestation que l’on peut qualifier d’époustouflante. Le reste de la distribution est globalement à la hauteur, mélangeant acteurs de théâtre traditionnel et comédiens chanteurs expérimentés.


Mike Brant, alias Grégory Benchenafi, en duo avec Dalida, interprétée par Caroline Devismes.

Ainsi, Aurore Delplace (Cendrillon au Mogador, Grease au Comédia) se glisse parfaitement dans la peau de Sylvie Vartan tandis que Caroline Devismes (Les Dix commandements) incarne une Dalida plus vraie que nature. Prisca Demarez (Casting ; Jonas) est touchante dans son rôle de journaliste et forme un très joli duo avec Grégory Benchenafi, tandis qu’Antonio Interlandi, qui incarne Manuel, apporte non sans succès une touche légère au spectacle. Cependant, d’autres personnages sont trop caricaturaux pour être crédibles, en particulier les deux producteurs, qui ne sont pas vraiment en adéquation avec la finesse du livret. Enfin, quelques scènes sont encore un peu surjouées, défaut qui devrait se corriger avec le temps.

Une mise en scène dynamique

La mise en scène imaginée par Thomas le Douarec est extrêmement vivante :  les décors arrivent et repartent rapidement, l’ensemble est parfaitement ficelé et bien rôdé, ce qui permet aux spectateurs d’être captivés en permanence. A titre d’exemple, le première tableau, qui met en scène de façon allégorique les funérailles du chanteur polono-israélien, est sublime et nous permet d’entrer immédiatement dans cette histoire. Seul bémol, cette comédie musicale présente peut-être trop souvent Mike Brant sur scène face au public lors de ses passages dans les différents concerts et émissions de télévision.


Première télé pour Mike

Nous retiendrons comme autre point positif la présence de l’orchestre en fond de scène, utilisé avec intelligence lors de ces séquences. Quoiqu’assez simples, les chorégraphies imaginées par Sophie Tellier (prochainement à l’affiche dans La Nuit d’Elliot Fall au Vingtième Théâtre) fonctionnent bien et s’inscrivent totalement dans ce témoignage historique que représente la pièce.

Alors que les années paillettes se retrouvent totalement dans les magnifiques costumes d’époque, la scénographie de Fréderic Pineau manque peut-être parfois d’ambition. Des murs peints et quelques projecteurs n’arrivent pas toujours à suggérer l’univers exagérément coloré des années 1970. Peut-être l’équipe créative aurait-elle pu aller plus loin dans la retranscription de cette époque si particulière. Cependant, il est possible que ce choix soit dicté par la nécessité ne pas perturber la narration assez sombre du deuxième acte avec une avalanche de couleurs. Notons cependant la présence de scènes à la limite du baroque, dans lesquelles réalité et métaphore s’entremêlent, comme ce tableau
très rock durant lequel Mike Brant signe son contrat avec le producteur mafieux Simon Kaufmann, alias Gilles Nicoleau, et vend littéralement son âme au diable…


Mike (Grégory Benchenafi) avec Manuel (Antonio Interlandi) et Dominique (Prisca Demarez)

Pour conclure, malgré un quelques petites réserves sur la forme de ce spectacle, nous avons passé un excellent moment. Outre la prestation de Gregory Benchenafi qui vaut presque à elle-seule le détour, les chansons de Mike Brant fonctionnent toujours très bien face au public, amateur ou pas du chanteur, qui ressort du théâtre complètement conquis. Il se pourrait que l’on tienne avec Mike – Laisse-nous t’aimer le spectacle musical de la rentrée. Les créations françaises feraient bien de s’inspirer du niveau de qualité de ce spectacle, que ce soit dans sa conception ou dans sa réalisation. Il démontre, s’il en était encore besoin, l’engagement du Théâtre Comédia (Grease ; Fame ; Spamalot) et de son directeur Maurice Molina pour produire du théâtre musical de qualité à Paris.


Mike Brant (Grégory Benchenafi) après sa première tentative de suicide, sous le regard noir de son producteur Simon Kaufmann (Gilles Nicoleau).

Critique corédigée par Guillaume Couture et Samuel Sebban
Crédits photos : Théâtre Comédia


Mike – Laisse nous t’aimer, de Gadi Inbar

Actuellement au Théâtre Comédia (Paris Xe)

Mise en scène de Thomas Le Douarec ; Adaptation française : Laurence Sendrowicz ; Décors et Costumes : Fréderic Pineau ; Lumières : Pascal Noël ; Direction vocale : Jasmine Roy ; Direction Musicale/Arrangements : Karim Medjebeur et Brice Mirionne ; Musiques additionnelles : Reinhardt Wagner ; Bruitages : Eric Chevallier  ; Nouvelles chansons : Michel Jourdan.

Avec Gregory Benchenafi, Eric Boucher, Gilles Nicoleau, Jean-Paul Bazziconi, Christian Mulot , Antonio Interlandi , Prisca Demarez, Aurore Delplace, Alexandra Sarramona , Caroline Devismes , Valérie Vogt , Harold Haven , Roman Bonaton, François Doppia.

Musiciens  : Karim Medjebeur, Philippe Hékimian, Manu Millot , Marco Dardere, Jérôme Buigues.

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