Critique : "Mozart, l'opéra rock" au Palais des Sports de Paris

Critique : "Mozart l'Opéra Rock" au Palais des Sports de ParisLe très attendu Mozart est enfin sur scène, au Palais des Sports de Paris depuis le 22 septembre 2009 dans un premier temps, avant d’entamer une tournée dans toute la France.
Comme pour chaque spectacle produit par le tandem Attia/Cohen, cette grosse production était précédée par la sortie des singles presque un an avant la première du spectacle, et un plan de communication sans faille a permis d’assurer une promotion béton. Alors que les tubes que sont devenus "Tatoue-moi" ou "L’Assassymphonie" étaient présents dans tous les esprits, Musical Avenue découvre enfin ce spectacle. Toutes les promesses ont-elles été tenues ?

Opéra Rock


"Opéra rock" est une expression bien galvaudée. Les affiches à l’abord du Palais des Sports ont déjà rebaptisé Mozart "un grand spectacle musical pop rock et baroque" et le flyer qualifie lui le spectacle de "véritable film qui est joué en live sur scène" et de "spectacle musical populaire"
Heureusement, dans le discours de sa promotion, personne ne nous parle de "comédie musicale" ou de "musical" car ce terme fait peur, et ce n’est pas du tout l’ambition affichée de Mozart, l’opéra rock.
Dans la lignée des productions précédentes du binôme Attia/Cohen (Les Dix Commandements et surtout Le Roi Soleil), Mozart se situe donc dans la catégorie des spectacles musicaux, à mi-chemin entre le concert à grand spectacle, le cirque itinérant, l’émission de télévision de variété et le ballet contemporain.

Les différents formats de la musique (dont nous avons déjà parlé ici) nous ont permis de découvrir un aperçu étendu de ce qui nous attendait sur place : une partition forte et bien construite malgré un cruel manque d’unité dramatique et de narration. La vertigineuse liste des compositeurs (ceux de Zazie, Christophe Willem, Nolwenn Leroy ou même Alabina…) n’augure certainement pas d’une œuvre cohérente, même si l’intention de la direction musicale de Dove Attia et Olivier Dahan devait assurer un minimum narratif qui se révèle assez approximatif, voire inexistant, dans les morceaux chantés.
Passant du classique (pour les intros) à la pop, les morceaux musicaux s’enchaînent sans grâce ni logique : un air en chasse un autre avec une rapidité déconcertante. "Tatoue-moi" en est une belle illustration.

Malgré les velléités de Dove Attia, la musique ne semble pas du tout intégrée au spectacle, et les paroles restent en complet décalage avec l’action. Morceaux choisis : "je suis un songe, un ectoplasme", "dors mon ange"
Des efforts sont pourtant visibles, telle l’intégration d’un groupe classique pour les musiques d’ambiance et d’une cantatrice pour certains morceaux du deuxième acte.
Seules quelques trop rares chansons se fondent dans le récit et participent à la narration ("Six Pieds Sous Terre" notamment, qui est un crêpage de chignons dans les règles entre sœurs).
Côté scénario, Dove Attia ne s’est pas attardé sur son final ! Dénouement est ici synonyme de dénuement. Les producteurs, qui souhaitaient aller plus loin dans le travail d’écriture du livret, nous laissent donc devant un spectacle avec un désagréable arrière-goût d’inachevé…

Un grand nom pour une mise en scène décevante

Autre défaut majeur : la mise en scène. Olivier Dahan est peut-être un bon réalisateur de clips et de films (le succès public et critique de La Môme en atteste), il n’a certainement pas été aussi visionnaire pour la mise en scène d’un spectacle musical de cette envergure. Une certaine superficialité transpire de cette mise en espace qui se résume à quelques déplacements à gauche ou à droite, et la direction d’acteur n’a rien de très convainquant.
Outre le problème de rythme beaucoup trop soutenu rencontré du début à la fin, Dahan respecte trop les conventions et manque de profondeur dans son approche. Mozart nous est vendu comme un spectacle audacieux où l’humour et l’émotion sont au rendez-vous : la déception est à la hauteur de ces attentes.

Les chorégraphies de Dan Stewart (crédité pour de nombreux succès à Broadway tels que la production Disney d’Aida) donnent du dynamisme. On continue cependant à regretter la structure trop classique de ce genre de spectacle où un chanteur (voire deux, trop rarement plus) est statique ou dans des poses dramatiques à l’avant-scène, alors que les danseurs s’agitent derrière dans un rôle purement décoratif.
Jouant sur un registre kitsch pas toujours assumé, l’esthétique de la pièce reflète de grands moyens. Les décors (d’Alain Lagarde), plutôt quelconques et sans inventivité dans le premier acte (on se croirait tour à tour dans Le Roi Soleil, Les Misérables, ou même Cindy…), sont un peu plus travaillés après l’entracte mais ne permettent pas de retrouver l’esthétique baroco-sulfureuse qui avait été si intelligemment explorée dans les clips.
L’habillage de la scène donne vite le tournis avec une surenchère d’effets (rideaux, projections, mouvements) qui peuvent lasser plus qu’ils n’impressionnent. Les lumières (Jacques Rouveyrollis) ne sont pas à la hauteur malgré quelques bonnes idées. Les stroboscopes, utilisés à diverses reprises, agacent rapidement et desservent le propos de la pièce : "L’Assassymphonie", un des moments les plus attendus, est ainsi massacré par des flashs rouges projetés sur une scène nue.

Les costumes de Gigi Lepage sont une des réussites de Mozart. On aurait peut-être souhaité une recherche plus poussée dans la noirceur de certains personnages pour insister sur le côté baroque de l’époque, mais la diversité et la richesse de ces tenues flamboyantes est cependant à souligner.

Des interprètes inégaux

La troupe de "Mozart, l'Opéra-rock"

Restent les interprètes. Même si leurs prestations (lorsqu’elles sont réellement en live – playback remarqué quelques fois !) sont assez inégales et peuvent parfois pêcher dans leur intention, la sincérité de leur jeu et leur interprétation des chansons font visiblement passer un très bon moment au public.

Mikelangelo Loconte crée un Mozart au charisme puéril mais attachant, compensant ainsi ses quelques faiblesses vocales sur les notes les plus hautes.
Florent Mothe, dans le rôle de Salieri, tire son épingle du jeu parmi les interprètes masculins. Son rôle n’apparaît qu’à la moitié de la pièce, on regrette de ne le voir arriver plus tôt.
A noter : l’intervention de Yamin Dib, dans un rôle de méchant très clownesque qui semble bien fonctionner auprès du public, une tentative humoristique appréciée.

Le cast féminin est encore un cran au-dessus. Le duo des sœurs Weber, formé par Claire Pérot et Melissa Mars, deux personnalités aux parcours bien différents, fonctionne pourtant à merveille. Certes largement sous-utilisée, Claire Pérot met toute sa fraîcheur au service de Constance, l’épouse de Mozart, alors que Melissa Mars, dans le rôle d’Aloysia, dépeint un personnage ambigu tout en douceur amère.

Un Mozart pas si rock’n’roll que ça…

Si Mozart reste un spectacle de variété honnête et facile d’accès avec de belles compositions et de bons interprètes, cette œuvre hybride est, malheureusement, encore loin de ce qu’un public avec un minimum d’exigence pourrait attendre d’un musical. On regrettera le manque d’audace et d’inventivité, les producteurs choisissant sûrement la voie confortable du succès formaté à celui d’un travail plus cohérent et plus profond autant sur la forme que sur le fond.

Mozart, l’opéra rock – Production : Dove Attia et Albert Cohen
Mise en scène : Olivier Dahan – Chorégraphie : Dan Stewart – Livret : Dove Attia et François Chouquet – Paroles : Dove Attia, Patrice Guirao et Vincent Baguian – Musiques : Rodrigue Janois, William Rousseau, Olivier Schultheis, Jean-Pierre Pilot, Elio, Antoine Essertier, Lilitoy, Nicolas Luciani, Philippe Uminski, Apocalyptica, Socalled, Rémy Lacroix et Dove Attia

Avec : Mikelangelo Loconte (Wolfgang Amadeus Mozart), Claire Pérot (Constance Weber), Florent Mothe (Antonio Salieri), Melissa Mars (Aloysia Weber), Solal (Leopold Mozart), Maeva Méline (Nannerl Mozart)



Au Palais des Sport de Paris (22/09/09 au 27/12/09), Zénith Arena de Lille (04/02/10 au 13/02/10), Zénith Europe de Strasbourg (27/02/10 et 28/02/10), Galaxie à Amneville (06/03/10 et 07/03/10), Zénith de Rouen (12/03/10 au 14/03/10), Zénith de Caen (19/03/10 au 21/03/10), Antarès au Mans (27/03/10 et 28/03/10), Zénith de Nantes ( 02/04/10 au 04/04/10) Patinoire Meriadeck de Bordeaux (10/04/10 et 11/04/10), Zénith de Dijon (08/05/10 et 09/05/10), Halle Tony Garnier de Lyon (14/05/10 au 16/05/10), Zénith de Saint Etienne (22/05/10 et 23/05/10), Zénith sud de Montpellier (28/05/10 au 30/05/10), Palais Nikaia de Nice (05/06/10), Dome de Marseille ( 11/06/10 au 13/06/10), Zénith de Toulouse (19/06/10 et 20/06/09), Zénith de Limoges (26/06/10 et 27/06/10).
Le site internet officiel :
www.mozartloperarock.fr

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