Critique : "Shrek – Le Musical" en français au Casino de Paris

Critique : "Shrek - Le Musical" en français au Casino de ParisLV Show, société de production prolifique qui nous a déjà offert cette saison trois spectacles musicaux (Hairspray, Le Chat Botté et Frankenstein Junior), récidive avec un show ambitieux venu, une fois n’est pas coutume, tout droit de Broadway.
Shrek – Le Musical, c’est bien évidemment l’adaptation théâtrale d’un des films d’animation préféré des petits et des grands, et la question que tout le monde se pose est : l’ogre vert supporte-t-il bien la transposition du grand écran à la scène ?

Dans le pays de Fort-Fort-Lointain, l’odieux Lord Farquaad, ennemi des monstres et créatures de contes de fées, déporte ces sujets fantasques dans le marais de l’immonde ogre Shrek. Importuné par l’invasion de ces personnages hauts en couleurs, le puant héros se met en quête pour récupérer la tranquillité de sa solitude éternelle, sans savoir que son périple croisera le chemin d’un âne volubile, d’une dragonne romantique, et d’une princesse allumée frappée d’une drôle de malédiction.

"Shrek – Le Musical" au Casino de Paris
Photo : Mirco Magliocca

Avec Shrek, la société de production de l’italien Lorenzo Vitali souhaite frapper fort et offrir un spectacle qui surpasse ses précédentes créations. Les choix du producteur, venu à la conquête de la France il y a maintenant quatre ans, déroutent autant qu’ils parviennent parfois à créer de jolis moments de théâtre musical. On se souvient de Fame, œuvre peu passionnante portée en France par une belle distribution, Hair dont l’audace des choix artistiques n’avait d’égal que le scepticisme du public, ou encore Hairspray qui réussissait le pari de retranscrire toute la folie des 60’s dans un spectacle énergisant.
La constante des spectacles made in LV Show : des licences bien connues des Français par le truchement du cinéma, afin de drainer dans les théâtres un grand public encore parfois hermétique au genre du théâtre musical.

Selon les spectacles, la salle se laissait embarquer à toute allure dans le train effréné de comédies musicales séduisantes, ou bien restait à quai… Shrek – Le Musical demeure à mi-chemin entre les deux, fidèle à la marque de fabrique de l’entreprise, dans ses points forts et ses écueils.

"Shrek – Le Musical" au Casino de Paris
Photo : Mirco Magliocca

Shrek est de ces musicals récents s’inscrivant dans la nouvelle tradition pop-rock-variétés qui émerge à Broadway. La musique est servie par un orchestre fourni qui sonne comme là-bas, mais dont on regrette qu’il soit enclos à distance dans les coulisses du théâtre, donnant l’impression d’entendre une bande enregistrée.
Les mélodies sympathiques sont pour la plupart instantanément accrocheuses et offrent une partition légère facilement accessible aux plus petits.
Car le spectacle, bien que destiné a priori à un public familial, est clairement orienté en direction du jeune public : tous les personnages du film, et notamment les héros de contes de fées, prennent vie sur scène dans des tableaux d’ensemble animés. Les apartés et autres métaphores grivoises, auxquelles les enfants ne comprendront rien, ne laisseront pas aux adultes le temps de s’ennuyer.

Pour le reste, l’histoire est celle d’une jolie quête d’amour et de tolérance qui transmettra de belles valeurs aux petites têtes blondes, sur fond d’humour scato douteux (Shrek est bien connu pour ses émanations en tous genres après tout…)

Visuellement, la production a mis de gros moyens pour offrir un spectacle beau et grandiose. Les décors, pourtant astucieusement composé des superbes toiles peintes et d’accessoires en volume réussis, pêchent par leur manque cruel de perspective.
Les lumières, scolaires et fades, n’aident en outre pas à les mettre en valeur et sont d’une immobilité tragique.
On est loin de la grande avenue New-Yorkaise, même si la quantité faramineuse de costumes, masques et perruques constitue l’un des atouts graphiques majeurs de la pièce. On regrettera que le masque de Shrek soit si inexpressif et affublé d’horribles sourcils qui lui donnent l’allure du fils caché d’Emmanuel Chain…

"Shrek – Le Musical" au Casino de Paris
Photo : Mirco Magliocca

Michel Lerousseau (Panique à Bord ; Rabbi Jacob) est pourtant bon dans le rôle de l’ogre verdâtre, et se retrouve entouré d’une troupe fort douée : Nathalie Lhermitte (Starmania ; Piaf) en Fiona nous fait oublier qu’elle a passé l’âge de jouer les princesses en fleur, Julien Plantier (Hairspray) confirme sa place d’artiste montant de la scène parisienne dans le rôle de l’Âne insupportable à la voix d’Eddy Murphy, et Guillaume Beaujolais (Les Nouvelles Aventures de Robin de Bois) est phénoménal et hilarant dans le rôle du minable despote Lord Farquaad.

S’il ne s’agit pas de la meilleure réalisation de LV Show et de son metteur en scène Ned Grujic, il est encourageant de voir la société — souvent décriée pour son manque de moyens — s’orienter peu à peu vers du divertissement plus spectaculaires.
Shrek, dont le succès outre-Atlantique a été très mitigé, n’est certes pas le musical du siècle, mais un spectacle qui fera passer un joli moment à toute la famille et vous en donnera pour votre argent.


Shrek – Le Musical, de David Lindsay-Abaire et Jeanine Tesori

Jusqu’au 4 mars 2012
Au Casino de Paris
16 rue de Clichy – 75009 Paris

Mise en scène : Ned Grujic ; adaptation française : Stéphane Laporte ; chorégraphie : Philippe Bonhommeau ; direction vocale : Jeremy Reynolds ; conception lumières : Antonio De Carvalho.

Avec : Michel Lerousseau (Shrek), Nathalie Lhermitte (Fiona), Julien Plantier (l’Âne), Guillaume Beaujolais (Lord Farquaad), Fred Colas (Roi Harold, petit cochon, garde, manipulateur marionette), Sophie Boucheron (maman ours, maman Shrek), Mathilde Libbrecht (la Féé, habitante de Duloc, souris aveugle, petit rat), Maureen Diot (Petit Biscuit, l’Elfe, Fiona adolescente), Benjamin Conil (Peter Pan), Tess Hédreville (la Dragonne, Vilain Petit cCanard), Gregory Amsis (Grand Méchant Loup, Thélonius, garde), Bastien Jacquemart (le Lapin Blanc, chevalier, joueur de flûte de Hamelin, nain Grincheux), Charlotte Hervieux (Fiona enfant, bébé ours, souri aveugle), Fabrice Pochic (Petit cochon, homme du peuple, homme Duloc, manipulateur marionette, rat homme), Alexandre Bernot (Capitaine de la garde, villageois, chevalier, évêque), David Koenig (papa Shrek, papa Ours, garde, chevalier), Ludovic-Alexandre Vidal (Petit cochon, manipulateur marionettes), Julien Salvia (Pinocchio, garde, chevalier), Lucie Riedinger (la Reine Lillian, la Sorcière).

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