Présentation de fin d’atelier 2026 au Cours Florent : « Wonderland » et « Nine »

Temps de lecture approx. 8 min.

Cela fait maintenant six ans que nous avons le plaisir de franchir les portes de la salle Ophuls pour assister aux spectacles de fin de cycle du Cours Florent. Un rendez-vous qui, saison après saison, nous confirme la vitalité et l’implication constante de ces jeunes artistes. Cette année, le défi artistique proposé par Alexandre Faitrouni — nous passerons sous silence ses louanges habituelles pour ne pas le faire rougir, notamment pour sa mise en scène toujours soignée  — s’est articulé autour de deux œuvres qui semblent aux antipodes à première vue, mais portées par une même ambition : offrir un spectacle total.

Une fin de cycle audacieuse proposant une immersion totale

Le Cours Florent a choisi cette année d’explorer deux univers radicalement différents, mais réunis par une thématique commune : la quête de soi et le passage à l’âge adulte. D’une part, Wonderland (2009), revisite le mythe d’Alice. Si nous connaissons tous l’histoire, le livret ici proposé prend ses distances avec la version Disney — qui, précisons-le pour ceux qui n’auraient pas vu le spectacle, n’a pas accordé ses droits ! — pour se concentrer sur les enjeux profonds de la créativité et de la maturité. D’autre part, Nine, œuvre plus datée (1982) mais qui a également connu un regain par son adaptation cinématographique de 2009, nous plonge dans l’esprit de Guido, un réalisateur italien en panne sèche d’inspiration. Le fil rouge est limpide : écrivaine en manque de mots, cinéaste en panne d’idées, le vertige de la création semble être le moteur de cette promotion.

Pour servir ces œuvres, la mise en scène a fait un choix radical : un plateau central, entouré par un public disséminé tout autour, garantissant une immersion totale. Mais ce dispositif est surtout le terrain d’une performance hors normes. Malgré la chaleur écrasante qui a transformé la salle Ophuls en une sorte de sauna, les élèves ont dû relever un défi physique colossal : danser, apparaître et disparaître aux quatre coins du plateau, et manœuvrer les praticables pour créer tous les effets de mouvements constants, de rotation et de déplacement.

De mémoire de Musical Avenue, il s’agit certainement de l’année la plus exigeante en terme de manipulations et déplacements, mais aussi au niveau des costumes et des changements rapides (bravo à tous les élèves qui ont contribué à créer eux-mêmes leurs costumes). Le plateau est vivant, changeant sans cesse de forme et de niveau, rappelant par certains moments la frénésie scénique de Guys and Dolls à Londres, lors du spectacle de ces dernières années. Si le rythme effréné a pu par moments perdre le spectateur, il a surtout permis de créer un dynamisme spatial bluffant, projetant le public dans un Wonderland sans limite et sans frontière, où on a le sentiment d’explorer et découvrir ce monde en même temps que les personnages, du château de la Reine de Coeur à la Tea Party.

Deux visages de la comédie musicale : entre introspection et fantaisie

Nine s’impose comme une œuvre intense et puissante, exigeante pour les élèves. La mise en scène moderne sert les élèves et leur fraicheur dans l’appropriation de ces personnages très marqués, passionnés, torturés, traversés par de multiples émotions. De quoi donner à chacun la possibilité d’explorer la palette de ses talents d’interprète. S’ajoute à cela une captation en direct, retransmise sur des écrans au plafond en noir et blanc, plaçant Guido dans une position de spectateur de sa propre vie. Les pauses bienvenues par moment sont semblables à des images que l’on chercherait à fixer sur la pellicule, et tous les élèves tiennent parfaitement leur rôle. La dimension dramatique imprègne les tableaux dansés et revisités avec une grande habileté. La partition alterne entre des moments théâtraux poignants et des numéros d’ensemble vifs, colorés, qui nous invitent à partager la complexité des femmes gravitant autour du héros. C’est un spectacle exigeant vocalement, propice aux harmonies complexes et aux émotions brutes.

À l’inverse, Wonderland privilégie le divertissement et l’extravagance. Soulignons ici l’immense travail de traduction et d’adaptation signé Roxane Lopez et Noah Nicogossian, deux anciens du Cours Florent : une étape souvent oubliée mais cruciale pour la réussite de ces projets. Si l’œuvre laisse moins de place à la profondeur psychologique que Nine, elle offre un terrain de jeu inespéré pour l’excentricité. Les élèves y explorent une part de folie audacieuse, bien loin des sentiers battus par le film d’animation. Les personnages loufoques et excentriques sont appréhendés par chaque élève avec un travail total du corps, de la voix, des attitudes, et des costumes qui viennent parfaire ce sentiment d’immersion totale.

Avec des œuvres aussi denses, le défi pour les élèves est de réussir à se démarquer. Vous le savez maintenant, afin de permettre à tous d’avoir la chance de briller et de s’adonner à l’exercice d’un grand rôle, le Cours Florent met en place un système de « cast multiple » (3 par spectacle cette année), avec les mêmes élèves mais à la distribution différente pour les rôles, et avec un changement d’interprète pour le rôle principal à la moitié du spectacle. Un bon moyen aussi de ressentir immédiatement les énergies et les choix d’interprétation, les appropriations particulières des personnages. Tout peut donc dépendre de la distribution à laquelle vous aurez droit lors de la présentation à laquelle vous assisterez. Nous avons eu quelques coups de cœur, que nous garderons pour nous ; nul doute que, quelle que soit la date à laquelle vous irez applaudir ces jeunes artistes, vous serez convaincus par leur professionnalisme.

Venir assister aux présentations de fin de 3ème cycle reste un moment toujours aussi réjouissant. En permettant à ces artistes d’expérimenter l’authenticité d’un spectacle vivant et la confrontation directe du public, on sent toute la maturité acquise au cours de leur cursus de formation. Rien ne perturbe les artistes, ni la chaleur, ni les lumières, ni les quelques problèmes de son parfois, et l’on passe un très bon moment avec cette nouvelle promotion. N’oubliez pas notre conseil : pour les dernières dates, préparez votre éventail et votre enthousiasme, car vous serez aux premières loges d’une performance d’une grande générosité !

Crédit photo : Musical Avenue

Wonderland & Nine
Image de Fabrice Felez

Fabrice Felez

Après une enfance où mes loisirs sont centrés autour de la musique et de la danse, c’est tout naturellement que la comédie musicale se présente à moi. En parallèle de mes études de droit, je m’initie aux spectacles, tant modernes que plus traditionnels, qui font naître en moi une véritable passion. Cet élan me pousse à intégrer l’équipe de Musical Avenue pour partager mes découvertes et vous donner envie d’apprécier les trésors de la scène parisienne et française.
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