Interview : Pierre-Yves Duchesne et ses différentes casquettes

Pierre-Yves Duchesne est bien occupé pendant ce trimestre, en effet, il démontre une fois de plus qu'il a un multitude cordes à son arc. Il se confie sur la direction de l'AICOM, le spectacle Madiba dont il est le metteur en scène, et enfin sur le spectacle Cats dans lequel il interprètre le rôle du vieux Deutéronome.

Pierre-Yves Duchesne, Directeur de l'AICOM

Musical Avenue : Avec le recul, que pensez-vous du travail accompli ces dernières années avec l’école ? Quel regard portez-vous sur les résultats ?

Pierre-Yves Duchesne : Force est de constater que, si tu regardes tous les spectacles musicaux maintenant, en France, à Paris et même à l’étranger, il y a des "aicomiens" partout. On a fait un super boulot de formation, mais au-delà de ça, on a aussi su faire un super boulot de placement. On a su faire que les gamins se fassent voir, se fassent repérer par les bonnes personnes. On a su faire des ateliers, des master class avec des producteurs, des metteurs en scène, qui les ont vus en action. Donc, il est très important de bien former les jeunes gens, mais il est aussi très de faire le relai après et de faire en sorte qu’il y ait du travail, parce que c’est un métier qu’on leur apprend. Ce n’est pas un passe-temps, pas un hobbie. On met tout en œuvre pour que le relai se fasse entre les professionnels du métier qui vont les engager et l’école. Se créer un tissu relationnel, ça prend des années. Là on y aarive, les gens savent que les artistes à l’AICOM sont bien formés. Maintenant, tous les castings se font en interne d’abord, les pré-sélections. Je suis ravi !
 
Que faut-il encore améliorer, que demande le marché aujourd’hui ?
 
P.Y.D. Tous mes collaborateurs sont souvent obligés de me freiner. J’ai trois mille idées à la minute, de développement, de nouveaux produits, de nouvelles disciplines, de nouvelles intéractions avec des théâtres, des écoles à l’étranger avec qui je veux faire du jumelage… Je n'arrête pas. Il y a plein de choses à améliorer.
Déjà cette année, il y a pas mal de nouveautés : les troisièmes années créent leur spectacle, Grease, début décembre dans un grand theatre parisien. On a mis en place les cours professionnels du soir, et les week-ends pour que les gens qui bossent puissent se former.
Il y a aussi la deuxième année de la classe Elite, qui est un casting qu’on fait dans toute la francophonie. On est tout le temps à la recherche de nouveaux produits, de développement. On pourrait s’arrêter là au niveau du développement, mais je trouve qu’il y a plein de gens qui ne sont pas encore touchés par ce qu’on peut faire et que ne demanderaient que ça. A nous d’aller vers eux !
 
Qu’est-ce qui vous démarque des autres écoles de comédie musicale ?
 
P.Y.D. Rien ! Au départ c’est l’envie de former des jeunes gens et l’envie de faire du bon travail. Après, dans le concret, ce qui nous démarque ce sont les douze années de recul, ce sont les plus grands spécialistes qui sont professeurs chez nous et qui sont dans le métier, donc un réseau hallucinant ! Même les plus expérimentés veulent faire des master class chez nous et la porte leur est grande ouverte. Alors, la différence elle est peut-être là, mais au départ il n’y pas de différence. On veut bien former les gamins à faire le plus beau métier du monde, le chant, la danse et le théâtre connectés, c’est ce qu’il y a de mieux. 
 

Pierre-Yves Duchesne, Metteur en scène de Madiba 

Quel public visez-vous avec le spectacle Madiba ?
 
P.Y.D. Le plus large possible ! Les gens qui ont envie, en venant nous soutenir, de continuer à véhiculer un message de tolérance, d’acceptation de l’autre. En venant nous voir ils mettront une pierre à l’édifice de ce message universel de Nelson Mandela. La première raison c’est ça : Venez tous pour vous prendre la main et continuer cette chaine de message universel à passer.
 
Où en est le casting ?
 
P.Y.D. En ce moment il y a le dernier tour, ce qu’on appelle le dernier callback, le dernier rappel. Donc à cette issue, je pense que prochainement on pourra annoncer la distribution des vingt quatre protagonistes, sur des centaines d’auditions.
 
Y a-t-il des gens de l’AICOM ?
 
P.Y.D. On ne sait pas encore. Mais il y a des "aicomiens" qui sont dans la phase finale, 10-15%. Sur la cinquantaine de personnes qu’il reste, ils sont sept ou huit de l’AICOM. A qualité égale, il y aura peut-être une préférence, mais en tout cas, s’il y a meilleur, ce ne seront pas les "aicomiens" qui seront choisis parce que c’est moi qui met en scène le spectacle, et Stéphane Métro quoi est le directeur musical du spectacle. Surement pas !
 

Pierre-Yves Duchesne, interprète du vieux Deutréronome dans Cats


Que diriez-vous à quelqu’un qui ne connait pas Cats pour qu’il vienne à Mogador ?
 
P.Y.D. Que c’est un truc d’extraterrestre ! Que si on aime la différence, si on aime la poésie, si on aime les voix, si on aime le génie de la prise de risque, si on aime le génie d’Andrew Llyod Webber et de Gillian Lynne et de Trevor Nunn. Si on aime tout ça, il faut venir voir le show, et rentrer dans cette magie là. Il ne faut pas s’attendre à un truc explicatif, narratif. Non, c’est tout sauf une explication et une narration, c’est rentrer dans un univers. C’est une expérience musicale et scénique.
 
L’avez-vous vu en France ou à l’étranger ?
 
P.Y.D. Je l’avais vu à Paris en 1989, parce que mon meilleur ami de l’époque était dans le spectacle. Et je l’ai vu deux-trois fois en Allemagne, et une demi-douzaine de fois ailleurs. J’ai eu la chance de beaucoup voyager et à chaque fois, il y avait Cats quelque part,donc j’y allais ! Parce que tu rentres là dedans et tu ne sors pas indemne au bout de deux heures et demi. Tu as toujours un truc à choper, la caractère d’un chat à suivre plutôt qu’un autre. Tu as ces musiques qui te transportent. Tu as ces voix… c’est un spectacle qui utilise des grandes voix. Ce n'est pas un spectacle avec des petites voix. Il faut chanter, les harmonies sont terriblement belles à chanter ! J’ai toujours été transporté ! Si j’étais pas dedans et bien j’y retournerai ! D’ailleurs, j’attends qu’on me donne un "show watch", pour pouvoir voir le spectacle et pouvoir voir ma doublure qui est Fabrice Todaro, qui est quelqu’un que j’ai formé. C’est fou, mes deux doublures sont deux artistes que j’ai formé : Nicolas Turconi et Fabrice Todaro. C’est le hasard le plus absolu, puisque ce sont les anglais qui ont choisi. Je suis tellement content !
 
Gillian Lynne, la chorégraphe, nous a confié qu’il était difficile de trouver de bons artistes en France. Est-ce que cela vous choque de voir autant d’artistes étrangers dans Cats ?
 
P.Y.D. Non, ça ne me choque pas. Ça veut dire qu’on a encore un peu de travail. Je vous fais une promesse que l’AICOM se hissera à la hauteur des plus grandes écoles du monde et j’espère deviendra un jour la meilleure école de comédie musicale du monde. Parce que je ne cesserai d’essayer d’apprendre pour moi-même et pour les gens à qui je transmettrai ce savoir qui est infini. On n’est jamais un Barychnikov, doublé d’un Pavarotti, doublé d’un Louis Jouvet, mais on a toujours des disciplines plus fortes que d’autres, mais il faut tendre vers. Du haut de mes cinquante balais, je l’ai fait avec tous les petits chatons ! Je me suis mis à tous les cours de danse puisque les vingt premières minutes du spectacle, je suis en collant derrière et je fais l’ensemble. Et j’ai dansé toute l’entrée. Il a fallu que je me remette à niveau, il a fallu que je comprenne que mon corps pouvait encore faire ça, et que petit à petit je lui redonne la nourriture qu’il fallait. J’ai perdu presque dix-huit kilos en deux mois. Je suis la preuve vivante qu’il n’est jamais trop tard pour se remettre en question et améliorer des choses qui sont un peu plus faiblardes. C’est une évidence que la danse pour moi est plus faiblarde que le théâtre et le chant. Et bien, je fais quand même les vingt premières minutes avec tout le monde en dansant en collant, et en ayant la trouille de ma vie de me mettre en collant lycra, la première fois ! Et puis après, comme nous sommes des chats, l’esthétisme d’un chat est différent de l’esthétisme d’un humain, les rondeurs sont acceptées, les petits bourrelets sont acceptés. C’est fabuleux de le faire, je suis ravi ! Tous les soirs, je ne vais pas travailler, je vais me prendre une petite piqure de rappel. C’est-a-dire, je me fais piquer en disant " voilà, tu as eu raison d’avoir ce virus-là à une époque, et charge toi de tout ce virus là, encore et encore. Et tu transmettras avec encore plus de feu et de passion". Je pense que d’être tous les soirs sur scène et de revenir le lendemain et d’enseigner à partir de midi ici (à l’AICOM, ndlr) ce que j’ai fraichement réacquis me rend encore plus passionnel et passionné.

 
Madiba, le musical, de Jean-Pierre Hadida et Alicia Sebrien

A partir du 21 janvier 2016
Au théâtre Comédia
Réservations au théâtre et points de vente habituels
Mise en scène : Pierre-Yves Duchesne ; Direction vocale : Stéphane Métro ; Chorégraphies : Johan Nus ; Direction musicale : Kevin Jubert : Livret : Alicia Sebrien et Jean-Pierre Hadida

Cats, d'Andrew Lloyd Webber

Au théâtre Mogador
25 rue Mogador
75009 Paris

Réservations au théâtre et dans les points de vente habituels.

Mise en scène : Trevor Nunn ; Chorégraphie et assistant à la mise en scène : Gillian Lynne ; Scénographie : John Napier ; Adaptation : Ludovic-Alexandre Vidal et Nicolas Nebot

Avec : Prisca Demarez, Vanessa Cailhol, Pierre-Yves Duchesne, Golan Yosef, Emmanuelle N'Zuzi, Léonie Thoms, Axel Alvarez, Sylvain Mathis, Emmanuelle Guélin, Stoyan Zmarzlik, Oonagh Jacobs, Cédric Chupin, Katharina Lochman, Yoan Grojean, Nicolas Turconi, Alexandra Girard, Lucas Radziejewski, Wim Van Den Driessche, Grégory Gonel, William Da Silva Pedro, Rachel Ward, Fedérica Capra, Alessandro Ripamonti, Charlyne Ribul Conte, Denise Ayzin, Els Smekens, Pascale Bruderer, Vinginie Perrier, Fabrice Todaro, Yanis Si Ahmed

AICOM : Académie Internationale de Comédie Musicale

Direction Pierre-Yves Duchesne

3 Cité Bergère,
75009 Paris

 

 

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