Critique : “Fantasio” au Théâtre du Châtelet

Avant sa fermeture pour travaux, le Théâtre du Châtelet accueille la première production de l’Opéra Comique, qui n’a pas pu rouvrir à temps depuis la fin de ses travaux. Fantasio, opérette de Jacques Offenbach, est donc la première production de l’Opéra Comique de la saison.

Une oeuvre rare du maître français de l’opérette

L’opérette de Jacques Offenbach est inspirée de la pièce de théâtre éponyme écrite par Alfred de Musset. Deux rois de deux pays voisins s’affrontent, mais le mariage du fils de l’un avec la fille de l’autre pourrait bien être l’occasion d’apporter la paix dans les deux royaumes. Pour être certain de ne pas être aimé que pour son statut, le jeune prince décide d’aller séduire sa princesse en se faisant passer pour son propre serviteur. Mais la princesse avait déjà été séduite par un roturier nommé Fantasio. Lorsque le prince mène son stratagème de séduction auprès de la princesse, Fantasio va lui, prendre la place du défunt fou du roi pour faire entendre raison à la princesse. On retrouve donc dans l’intrigue l’ingrédient classique de l’amant qui se déguise pour connaître la vraie nature des sentiments de l’être convoité.

Une situation qui amène ce qu’il faut de quiproquos et de comique de situation à cette comédie. Cependant, par rapport à d’autres opérettes de Jacques Offenbach, le livret de Fantasio garde tout du long un certain degré de tristesse et de nostalgie, de réflexion plus profonde sur le sentiment amoureux, qui donne son charme à l’oeuvre qui s’en retrouve moins dynamique qu’un bon nombre d’opérettes. Peut-être est-ce là la raison du fiasco qu’a été la première production de l’œuvre en 1872 qui n’a joué qu’une dizaine de représentations à l'Opéra Comique. Certaines parties de la partition servirent à l'écriture des Contes d'Hoffmann, et le restant fut détruit lors de l'incendie de l'Opéra Comique. Depuis, l’œuvre avait été quasiment oubliée.

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Une mise en scène originale qui donne un accent de modernité au conte

Le livret de Fantasio, avec ce qu’il a de nostalgie et de morale, se rapproche presque du conte. La mise en scène signée Thomas Jolly accentue cette dimension entre jardins de tulipes bleues et fumée omniprésente. Au centre de la scène, un habile jeu constitué d’un iris mécanique permet de faire figurer tous les décors nécessaires par effets de silhouettes.

Si la mise en scène sert bien l’action de l’intrigue et utilise parfaitement l’espace scénique, on regrette cependant que l’éclairage ne soit pas au rendez-vous. Pendant la totalité des deux actes, la scène est plongée dans la pénombre, si bien qu’il est parfois difficile d’apprécier les visages des chanteurs. C’est particulièrement le cas pour les scènes d’ensemble où l’on se demande s’il y a vraiment un éclairage frontal. C’est parfois d’autant plus dommage qu’on aimerait apercevoir mieux les traits des chanteurs pour apprécier leurs qualités vocales qui elles, nous ont épatés.

On relève notamment les excellentes prestations de Marianne Crebassa interprétant Fantasio (comme c’était souvent le cas, les jeunes hommes sont interprétés par des mezzo), ainsi que Marie-Eve Munger dans le rôle de la princesse Elsbeth. On passe un bon et un beau moment d’opérette à la française, avec de très beaux duos, notamment entre la soprano et la mezzo, mais aussi de très beaux numéros d’ensemble entraînants, comme savaient les écrire Offenbach.

C’est donc en beauté que l’Opéra Comique ouvre sa saison, avec une perle d’opérette qui a trouvé logeur au Théâtre du Châtelet : l’autre maison mère de l’opérette à Paris.


FANTASIOFantasio , de Jacques Offenbach

Du 14 au 27 février 2017
Au Théâtre du Châtelet
1, place du Châtelet - 75001 Paris

Musique : Jacques Offenbach ; Livret : Paul de Musset, basé sur la pièce d'Alfred de Musset ; Direction musicale : Laurent Campellone ; Mise en scène : Thomas Jolly

Avec : Marianne Crebassa, Fanck Leguérinel, Marie-Eve Munger, Jean-Sébastien Bou, Loïc Félix, Alix Le Saux, Philippe Estèphe

 

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