Critique : “Le Royaume des Chansons” au Théâtre Edgar de Paris

Nous avions laissé Adam et Célia, nos chroniqueurs en herbe de 6 et 4 ans, émerveillés devant Petit Ours Brun il y a deux ans. Profitant du premier dimanche pluvieux de l’automne, ils ont découvert le 7 octobre dernier Le Royaume des Chansons de Fonzie Kohane au Théâtre Edgar de Paris, en compagnie de leur petite sœur Lisa (20 mois) pour sa première expérience de spectatrice.

Une production à petit budget

L'intrigue démarre au Royaume des Chansons, dont la force vitale est générée grâce aux rires et aux chants des enfants du monde réel. Seulement voilà : certains d’entre eux ont cessé de croire en la magie, mettant le Royaume en péril. La Princesse décide d’envoyer son meilleur homme Patanouk, accompagné de son ami Wiggle, dans le monde réel pour recruter des enfants et les ramener au Royaume. Le prétexte est tout trouvé, et les enfants ravis d'être mis à contribution !

Il s’agit ensuite assez classiquement d’une succession de rencontres avec des personnages qui servent de prétexte à lancer des chansons, ce qui n’est pas sans rappeler la construction d’Emile Jolie. Il est important de préciser que nous avons affaire à une production modeste : avec pour seul décor un écran sur lequel sont projetés les lieux de pérégrination des trois aventuriers, le reste de la mise en scène repose sur trois comédiens avec leurs costumes et accessoires, et les jeux de lumière. 

Un moment magique pour les enfants, moins pour les adultes

La grande force du spectacle est d’avoir su réjouir tous les enfants, des plus petits au plus grands. Le fait de réussir cette synthèse est à mettre au crédit de cette troupe attachante et aux créateurs du spectacle. Très simple, la mise en scène d’Oscar Sisto est suffisante pour transporter les enfants dans cet univers très sympathique, l’utilisation de lumières aux couleurs vives permettant de créer un climat chaleureux et convivial. Annoncé plutôt à partir de 2 ans dans notre dossier jeune public, nous étions dubitatifs sur la capacité de notre petite dernière à supporter les 55 minutes de spectacle, cela aura été une agréable surprise.

Le livret est plutôt bien écrit, et laisse la part belle à l’improvisation et à l’interaction avec les enfants. Cela dit, les fils de l’intrigue sont très gros, et si cela fonctionne pour les enfants, les parents sont naturellement réduits au rôle d’accompagnateur, malgré quelques traits d’humour parfois bien sentis à leur attention. Le personnage de Wiggle – interprété par Fonzie Kohane, le créateur du spectacle – a été plébiscité par Adam et Célia qui l’ont trouvé "trop rigolo". C’est d’ailleurs les parties non chantées qu'ont le plus apprécié nos deux chroniqueurs en herbe.

D’après la bande-annonce, cette comédie musicale a vraisemblablement été créée pour quatre comédiens, mais il fonctionne tout autant avec trois. Mention spéciale pour Andréa Truffault, ancienne de l’AICOM, qui assure tous les autres rôles que ceux des deux héros avec brio. Dans le rôle de Patanouk, nous découvrons un autre élève de l’AICOM en la personne de Vincent Vasseur, qui est pétri de qualités, et qui officiera prochainement comme doublure du rôle-titre dans Peter Pan, au Théâtre Bobino de Paris jusqu’au 7 janvier 2019. 

Des chansons en manque de souffle malgré des chorégraphies très réussies

La partie chantée est moins convaincante. Tout d’abord, les comédiens ont semblé gênés par leurs micro-casques qu’ils avaient besoin de réajuster en permanence, occasionnant des problèmes de sons fréquents, mais toutefois excusables au vu de la taille modeste de la production. Dans l'idéal, la configuration intimiste du Théâtre aurait été idéalement exploitée par une version acoustique accompagnée au piano.

Pour leur comédie musicale, les créateurs ont choisi des comptines enfantines célèbres, avec des orchestrations originales entre swing ou Broadway, en passant par du hip-hop. Même si elles tombent souvent un peu comme un cheveu sur la soupe dans le fil narratif, l'idée d'appréhender ces chansons différemment est séduisante. Seulement, cela modifie fortement la scansion des chansons, ce qui ne permet pas aux enfants de chanter autant que les personnages le demandent. La qualité remarquable des chorégraphies, tant dans la conception que dans l'exécution, est toutefois à souligner, car il s'agit réellement d'un des points forts du spectacle.

Plus ennuyeux, la tonalité trop basse de certaines chansons n'était pas adaptée aux voix des artistes. En a résulté bien malgré eux un sentiment de sous-énergie sur certains titres, leurs voix manquant un peu de tessiture dans les graves. Enfants et parents ont tout de même eu l'occasion de s'époumoner joyeusement, par exemple sur la reprise de "Le loup, le renard et la belette", très appréciée par le public.

Le spectacle se termine en apothéose sur un final mémorable, durant lequel la troupe a accueilli tous les enfants sur scène pour chanter et danser sur "Savez-vous planter des choux", avec chorégraphie adaptée pour les petits, s’il-vous-plait. Sans parler de la surprise de Lisa en découvrant son frère et sa sœur sur scène…

Malgré quelques défauts techniques tout à fait pardonnables, le spectacle a totalement fonctionné pour nos enfants, et pour tous les autres jeunes spectateurs, à en juger par les cris de joie pendant toute la représentation. C’est beaucoup moins le cas pour les adultes, mais après tout, quoi de plus beau que d’entendre en sortant "papa, est-ce qu’on pourra voir d’autres pestacles comme ça parce que c’était trop bien ?". Merci au Royaume des Chansons de faire aimer le spectacle vivant aux enfants, mission accomplie !

Retrouvez la bande-annonce du Royaume des Chansons :

 


Le Royaume des ChansonsLe Royaume des Chansons, d'Adam Taieb et Fonzie Kohane

Jusqu'au 6 janvier 2019
les samedis et dimanches à 14h, et du mardi au vendredi à 17h pendant les vacances scolaires.
Au Théâtre Edgar

58 boulevard Edgar Quinet - 75014 Paris

Mise en scène : Oscar Sisto ; Chorégraphies : Fonzie Kohane

Avec (en alternance) : Fonzie Kohane, Solenn Vidal, Stéphane Duré, Andréa Truffault, Alice Tall, Jesse Gicquiaux, Vincent Vasseur.

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