Critique : « Mais quelle Comédie ! » quand Broadway s’installe à la Comédie Française

Depuis le début du mois, la salle Richelieu vibre au son des standards de Broadway. Mais quelle Comédie ! donne l'occasion aux artistes de la Comédie Française de s'essayer à l'art de la comédie musicale. Retour sur ce spectacle que nous avons eu le plaisir de découvrir cet été.

La Comédie Française fait sa rentrée en fanfare. Pour cette reprise pas comme les autres, les interprètes de la célèbre troupe de Molière jonglent entre la verve de Dostoïevski et les plus grands tubes de Broadway. Mais quelle Comédie !, la comédie musicale déjantée et touchante qui a charmé le public l'été dernier, fait son retour à la salle Richelieu.

Une surprenante mise en abyme

Tout est parti d'une commande d'Éric Ruf, administrateur général de la Comédie Française, à deux membres de sa troupe : Serge Bagdassarian (qui avait déjà conçu L'Interlope en 2016) et Marina Hands. La consigne était de faire un spectacle « musical et festif » mais aussi qui soit « Covid-compatible », afin de pouvoir le présenter en remplacement d'une production qui ne pourrait pas se monter à cause des restrictions sanitaires. Le résultat est une comédie musicale drôle et émouvante, mais surtout une véritable déclaration d'amour de la troupe à son institution.

Dans le programme de salle, Serge Bagdassarian décrit Mais quelle Comédie ! comme « un spectacle en abyme, un spectacle de la troupe de la Comédie Française qui parle de la Comédie Française, de la Troupe dans la Troupe », et c'est avant tout ce qui ressort. Jamais l'esprit de troupe n'a été aussi présent sur la scène de la salle Richelieu. On sent les comédien.ne.s en communion les un.e.s avec les autres, heureux.ses de retrouver leur public après de longs mois, mais aussi heureux.ses de se retrouver pour jouer ensemble.

© Comédie Française

Chacun.e a pu participer à l'élaboration de ce spectacle, transmettant son témoignage de son parcours dans cette institution, son rapport à la scène, aux rôles, au public, à la difficulté de jongler entre une vie personnelle épanouie et le rythme infernal de cette grande maison. Les comédien.ne.s se livrent sans fard et artifices, il.elle.s ne jouent plus des personnages et nous permettent de les découvrir sous un autre jour. La superbe Elsa Lepoivre, si impressionnante en Lucrèce Borgia ou dans Les Damnés, fait preuve d'une grande vulnérabilité et nous émeut aux larmes en nous adressant son « Hopelessly Devoted To You ».

Sur un air de Broadway...

Oui, vous avez bien lu, on peut entendre un extrait de Grease sur la scène de la Comédie Française. Mais aussi de Cabaret, Sweet Charity, Spamalot ainsi que des tubes de France Gall, Dalida ou The Kinks. Le spectacle couvre un large répertoire que la troupe se réapproprie avec truculence et intelligence. Leur réécriture du « Cell Block Tango » de Chicago, par exemple, est assez irrésistible.

© Vincent Pontet

Certes, beaucoup ne sont pas de grand.e.s chanteur.euse.s ni de grand.e.s danseur.euse.s, mais tou.te.s compensent leurs lacunes par un enthousiasme et une intensité débordante. On découvre également quelques talents cachés. Serge Bagdassarian chante avec une aisance désinvolte, la jeune Salomé Benchimol semble née pour jouer dans les opérettes de Francis Lopez, Gaël Kamilindi aimante tous les regards quand il danse et on se plaît à imaginer Jennifer Decker (en alternance avec Marina Hands) en Sally Bowles dans une future production de Cabaret.

En résumé, Mais quelle Comédie ! est une bouffée d'air frais, un spectacle sans prétention qui donne envie de retourner à la Comédie Française pour retrouver ces comédien.ne.s plein.e.s de talents et d'humanité. Des retrouvailles réussies entre la troupe et son public.


Mais quelle Comédie ! de Serge Bagdassarian et Marina Hands
Du 1er octobre 2021 au 3 janvier 2022 à la Salle Richelieu
1 Place Colette, 75001 Paris

Conception et mise en scène : Serge Bagdassarian et Marina Hands ; Scénographie : Chloé Bellemère ; Costumes : La Troupe (sous le regard amoureux de Christian Lacroix et Jean-Philippe Pons) ; Lumière : Bertrand Couderc ; Direction musicale et arrangements:Vincent Leterme et Benoît Urbain ; Son : Julien Hulard ; Travail chorégraphique : Glysleïn Lefever ; Assistanat à la mise en scène : Alison Hornus

Avec : Anne Kessler, Sylvia Bergé, Alain Lenglet, Florence Viala, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, Serge Badassarian, Jennifer Decker (en alternance), Noam Morgensztern, Gaël Kamilindi, Yoann Gasiorowski, Clément Bresson, Marina Hands (en alternance), Salomé Benchimol et Nicolas Verdier.

Accompagné.e.s par : Vincent Leterme et Benoît Urbain (piano en alternance), Pierre-Jules Billon (percussions), Philippe Briegh (clarinette, saxophone, violon), Pierrick Hardy (guitare), Olivier Moret (contrebasse), Luce Perret (trompette) et Nicolas Verdier (clarinette).

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