Critique : “On the Town” au Regent’s Park Open Air Theatre

On The Town est un exemple rare de musical basé non pas sur une pièce de théâtre, un roman ou un film mais sur un ballet créé par Jérôme Robbins qui raconte l'histoire de 3 marins en escale pour 24 heures à New York à la recherche de 3 filles.

L'urgence de profiter de chaque moment au maximum avant le départ du bateau reflète parfaitement l'angoisse que pouvaient ressentir les jeunes appelés en ce temps de guerre, contexte donnant au livret (en apparence très léger) de Betty Comden et Adolph Green une profondeur sous jacente que traduit bien le mélancolique air final "Some Other Time". Le problème de cette oeuvre a toujours été le contraste entre la minceur du livret, faisant penser parfois à une série de sketches (Comden et Green avaient jusque-là essentiellement écrit des revues), et le sérieux de la musique quasi symphonique de Léonard Bernstein (West Side Story).

 

Au cinéma avec Gene Kelly et Frank Sinatra après sa création en 1944

Le film de Gene Kelly et Stanley Donen a résolu ce problème en ne gardant que deux chansons de la partition de Bernstein dont l'hymne à la grande ville "New York - New York, a helluva town !" (à ne pas confondre avec une chanson que Kander et Ebb écriront 30 ans plus tard pour Liza Minnelli dans le film du même titre !), les remplaçant par des chansons sans grand intérêt mais plus accessibles au grand public. La partition de Bernstein, bourré de joyaux comme le jazzy "I can cook too" et les romantiques "Lucky to be me" et "Lonely town" constituent pourtant le point fort de On The Town tout comme l'est la danse, rendant ce musical parfois plus proche d'un ballet avec chansons. 

Une nouvelle production à l'Open Air Theatre jusqu'au 1er juillet

On ne peut que se réjouir de revoir la danse reprendre le devant de la scène dans le West end avec 42nd street, Un américain à Paris (lui aussi prenant des allures parfois de ballet avec chansons) et maintenant On the Town au théâtre en plein air à Regent's Park mis en scène par le chorégraphe le plus en vue actuellement de la scène londonienne : Drew McOnie, déjà encensé par la critique pour son travail sur Jesus Christ Super Star (qui sera d'aileurs repris le mois prochain dans ce même théâtre en plein-air).

Même si nos goûts personnels nous font préférer la chorégraphie originale de Jerome Robbins, celle de Stephen Mear (pour la production de l'English National Opera de 2006, qui a ensuite été transférée au Théâtre Châtelet) ou encore celle de  Joshua Bergasse pour l'éblouissante reprise à Broadway en 2014, Drew McOnie a le mérite d'intégrer des éléments de danse contemporaine au style Jazz Ballet et de ne jamais reculer devant la provocation, comme en témoigne le baiser inattendu dans le pas de deux entre deux hommes. 
Danny Mac en tête d'affiche du spectacle 
Bien que minimalistes, les décors métalliques de Peter McKintosh suggèrent bien New York et mettent toujours en valeur les costumes très colorés des filles et ceux blancs des garçons.  Difficile de succéder à Gene Kelly dans le rôle de Gabriel, mais Danny Mac, déjà célèbre grâce à 
au show télévisé "Strictly Come Dancing" au Royaume-Uni, tire parfaitement son épingle du jeu même s'il semble encore manquer un peu de confiance en lui. Quand au remplacement de dernière minute, Jacob Maynard, succédant au pied levé à un acteur blessé, il est tout simplement sensationnel dans le rôle de Chips. 
Toutes les deux débutantes dans le West end, Sienna Kelly (dans le rôle de Miss Turnstile) et Myriam-Teak Lee (dans celui de l'anthropologiste Claire de Loone) sont d'excellentes danseuses comédiennes et Lizzy Connolly, en Esther la dévoreuse d'hommes, est comme à son habitude hilarante. La distribution des rôles secondaires comme Mark Heeman dans le rôle du juge masochiste et Maggie Steed dans celui de la professeur de chant alcoolique est également impeccable, tout comme l'est l'ensemble impressionnant des danseurs et danseuses dans les - parfois un peu trop longues - scènes de ballet.
Sans être là meilleure version de cette œuvre, la production d'On The Town à l'Open Air Theatre mérite d'être vue, ne serait-ce que pour réécouter la musique immortelle de Léonard Bernstein mise en danse par un chorégraphe de la nouvelle génération dans le cadre magique d'un théâtre en plein air, à l'affiche seulement jusqu'au 1er juillet.
Découvrez la bande-annonce de "On The Town" : 

On The Town

À l'Open Air Theatre à Regent's Park, Londres
Du 19 mai au 1er juillet 2017

Musiques : Leonard Berstein ; Livret et paroles : Betty Comden et Adolph Green ; Auteur : Jerome Robbins

Avec : Danny Mac, Jacob Maynard, Samuel Edwards, Siena Kelly, Lizzy Connolly, Naoko Mori, Miriam Teak Lee, Mark Heenehan, Maggie Steed, Rodney Earl Clarke

0 réponses

  1. […] (actuellement à l'affiche de An American in Paris) dans le rôle de Jud Fry, Lizzy Connoly (On The Town) dans le rôle d'Ado Annie et Marcus Brigstocke (Spamalot) dans le rôle d'Ali […]

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